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La Izquierda Diario
28 de avril de 2020 Twitter Faceboock

"Union nationale" fragile
Allemagne. Déconfinement et rebond épidémique : relancer l’économie à tout prix ?
Nathan Erderof

Alors que depuis le 20 avril, l’Allemagne a entamé son déconfinement, les premiers signes d’aggravation de l’épidémie apparaissent sur fond de tensions politiques, à l’heure où le patronat et une partie de la classe politique tentent par tous les moyens de relancer la production.

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 Crédits photo : Michael Kappeler / POOL / AFP 

L’Allemagne a lancé son déconfinement la semaine passée. Selon les dernières observations, le pays doit actuellement faire face à une recrudescence de l’épidémie, alors que le rythme des contaminations est légèrement reparti à la hausse. Si, scientifiquement, il semble trop tôt pour tirer des bilans définitifs et affirmer le lien entre déconfinement et nouvelle progression du virus tant que les deux semaines d’incubation ne sont pas passées, de nombreux spécialistes commencent déjà à exprimer leur inquiétude.

Vers une deuxième vague ?

Jusqu’ici, l’Allemagne faisait figure de bon élève de la zone euro dans sa gestion de la crise, en ayant mis en place une politique de prévention et de test massifs qui semble avoir porté ses fruits, puisque le pays comptabilise quatre fois moins de morts que la France par exemple.

Mais depuis quelques jours, de nombreux scientifiques tirent la sonnette d’alarme, s’inquiétant d’une seconde vague potentiellement bien plus dévastatrice. Le virologue Christan Drosten de l’hôpital de la Charité à Berlin affirmait la semaine dernière à la télévision que « le virus [allait] continuer à se répandre en Allemagne au cours des prochaines semaines ou mois et jusqu’à cet été » craignant un nouveau pic de contagion « partout en même temps » et une seconde vague « d’une tout autre violence », ajoutant que l’Allemagne risquait de perdre son avance sur la maladie.

Les nouvelles de ces derniers jours semblent aller dans ce sens. Le taux d’infection a de nouveau atteint le seuil de 1,0 selon l’Institut Robert Koch, en charge de la surveillance de la progression de la pandémie dans le pays. Ainsi, chaque malade contamine actuellement une autre personne, quand depuis mi-avril la dynamique était à la baisse, le taux étant descendu à 0,7 avant le déconfinement. Or, les virologues soulignent depuis le début de l’épidémie l’importance d’avoir un taux inférieur à 1 pour contenir la progression du virus. Par ailleurs, le taux de létalité ne cesse d’augmenter et s’établit selon les derniers chiffres de l’institut à 3,8 %.

Un déconfinement prématuré ?

La semaine dernière, Angela Merkel et son gouvernement décidaient de relancer partiellement l’économie, en permettant la réouverture notamment des commerces de détail. Profitant d’une stagnation dans la progression du virus, le gouvernement fédéral, en accord avec les différents Länder (régions), décidait de mettre en place un premier assouplissement pour les entreprises. Ainsi, les magasins d’une superficie inférieure à 800 mètres carrés étaient autorisés à rouvrir, quand les concessionnaires automobiles ou les librairies n’étaient même pas sujets à cette contrainte. Dans le même temps, de grands groupes industriels relançaient la production comme Volkswagen qui depuis le 6 avril rouvre ses usines une par une, et donc celle de Zwickau le 20 avril, suite aux annonces du gouvernement fédéral.

Une décision qui a interpelé dans le milieu médical, puisque des scientifiques de la Helmholtz-Gemeinschaft ont averti dans une tribune publiée dans le Tagesspiegel la dangerosité de ces mesures. Ils préconisaient le maintien des restrictions liées à l’épidémie pour encore trois semaines au moins, expliquant que le taux d’infection n’avait pas suffisamment baissé pour que « l’épidémie puisse être maîtrisée en permanence ».

Parallèlement, les élèves devant passer leur bac ou leur MSA (équivalent du brevet) reprenaient les cours dès le lundi 20 avril dans quelques Länder. De nouvelles régions suivaient la démarche le 27 avril et la quasi-totalité des écoles seront ouvertes le 4 mai. Une annonce qui a fait débat et qui frise le ridicule lorsque certains lycées ont déjà dû refermer leurs portes alors qu’ils étaient devenus de nouveaux foyers épidémiologiques. C’est le cas du Dormagener Norbert-Gymnasium Knechtsteden qui après quelques jours a de nouveau verrouillé ses portes après qu’un cas de coronavirus ait été détecté parmi ses étudiants.

Face à cela, l’exécutif a tenté de réagir en imposant le port du masque obligatoire dans les transports et ce dans quasiment tous les Länder. Mais la crainte d’une deuxième vague est de plus en plus partagée. Une crise politique semble émerger et réalise la fin de l’illusion de l’ « union nationale » jusqu’alors très effective en Allemagne, quand de nombreux politiciens et groupes industriels affichent leur volonté de relancer l’économie à tout prix.

Tensions politiques et affaiblissement de l’ « union nationale »

Le climat s’est profondément altéré en Allemagne. Les partisans d’une relance économique rapide s’affrontent à ceux qui défendent le maintien des restrictions. Un groupe de personnes, de plus en plus nombreuses, sous l’égide des bons résultats allemands, demandent la levée des mesures de confinement, et de fermeture de la production.

Ils se sont exprimés dans une tribune publiée dans Spiegel, le 24 avril, pour réclamer la fin d’un confinement « conduisant à la ruine de notre vie sociale, culturelle et économique ». Le président du Bundestag (parlement allemand) Wolfgang Schäuble expliquait – non sans cynisme – le 26 avril dans un entretien au Spiegel être opposé à l’idée selon laquelle « tout doit s’effacer selon le principe de la vie » ajoutant que le principe du respect de la dignité de la vie humaine « intangible » selon la Constitution allemande « n’enlève rien au fait que nous devons mourir », affirmant ainsi qu’à ses yeux, la santé économique du pays n’était pas moins importante que celle des travailleurs et que le déconfinement ne devrait pas, selon lui, être motivé seulement par des raisons sanitaires, par la volonté de sauver des vies, mais par celle de relancer l’économie.

De nombreux médecins et personnels de la santé ont réagi. L’Institut de santé publique Robert-Koch a estimé qu’il existait « un danger fondamental » dans la « suppression précoce des mesures restrictives », quand la chancelière Angela Merkel, qui hésitait il y a un mois pourtant à mettre en place des mesures restrictives, prône la prudence et rappelle qu’un déconfinement prématuré coûterait de nombreuses vies.

Mais l’exécutif du gouvernement fédéral est de plus en plus remis en cause, et Angela Merkel est contestée par son propre camp. Ainsi, Ralph Brinkhaus, président du groupe parlementaire CDU au Bundestag, n’a pas hésité à contester la position de la chancelière. Dans le même temps, dans de nombreux Länder, plusieurs chefs exécutifs régionaux ont affirmé qu’ils agiraient à leur guise. Une véritable crise politique semble émerger à l’heure où les mesures de déconfinement s’annoncent de plus en plus hétérogènes en fonctions des Länder.

Nos vies valent plus que leurs profits !

Les derniers évènements en Allemagne révèlent avec brutalité le leurre qu’est l’« union nationale » pour les travailleurs. Celle-ci est toujours à leur désavantage. Le patronat et la bourgeoisie tentent par tous les moyens d’instaurer un déconfinement au détriment de leurs vies. Pour les capitalistes, lorsqu’il s’agit de relancer l’économie – essentielle ou non – nos vies ne pèsent pas grand-chose au regard de leurs profits.

La situation en Allemagne semble moins urgente qu’en France ou en Italie. Nous l’avons dit, les chiffres pré-déconfinement faisaient de l’Allemagne le bon élève de la zone euro. Pour autant, en dehors du confinement, L’Allemagne a mené une politique au service du patronat et de ses profits. Stefan, militant de Klasse Gegen Klasse et membre de notre réseau international La Izquierda Diario, nous le rappelle : « le gouvernement fédéral a prioritairement mis en place le sauvetage des profits des entreprises. Cette semaine, un plan d’aide massif a été annoncé, qui comprend la somme gigantesque de 600 milliards d’euros, dont 156 milliards sont des nouvelles dettes. Pour compléter cela, le Fond Allemand pour la Reconstruction engage 449 milliards d’euros pour soutenir les mesures de l’Etat fédéral. En tout, il s’agit de la somme invraisemblable de 1,2 milliards d’euros qui serait consacrée au sauvetage des profits capitalistes. En effet, ces chiffres donnent la nausée, surtout quand on sait qu’il s’agit d’argent public et qu’en comparaison, seulement 3 milliards sont censés financer les besoins sanitaires dans les hôpitaux. » 

À l’heure où l’ « union nationale » s’effrite, où le quatrième mandat d’Angela Merkel est instable, où les contestations se font vivaces jusque chez ses alliés politiques et que la bourgeoisie a montré son incapacité à diriger correctement la crise et ce même en Allemagne ; où le patronat utilise les ouvriers comme de la chair à canon au service de ses bénéfices, où la bourgeoisie lui fait don de milliards, la possibilité pour le mouvement ouvrier de ressurgir dans la lutte est réelle.

L’auto-organisation des travailleurs et le contrôle ouvrier sur les entreprises paraissent plus urgents que jamais pour garantir le maintien des conditions de travail et le respect des mesures de sécurité et d’hygiène. L’arrêt de la production non essentielle et sa reconversion au service des besoins sanitaires sont aussi urgents. En Allemagne aussi, les soignants comme l’ensemble de travailleurs continuent à manquer de masques et de moyens de protection. Ces revendications, que l’exécutif fédéral et régional continuent de rejeter au nom des intérêts du patronat, ne peuvent qu’être imposées par la classe ouvrière, qui joue sa vie dans cette pandémie. Ainsi les travailleurs de l’éducation, du commerce, et des usines doivent s’organiser, en Allemagne et ailleurs, pour empêcher la réouverture des magasins, des écoles et le redémarrage de la production tant que les conditions sanitaires ne sont pas remplies.

C’est dans cette perspective que Révolution Permanente vous invitent à participer au meeting internationaliste du 1er mai afin de partager une analyse de la situation et de proposer une issue à cette crise, une issue qui soit celle de notre classe : celle des travailleurs, travailleuses et des classes populaires !

 
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