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La Izquierda Diario
5 de mai de 2020 Twitter Faceboock

Masques. Face à la flambée des prix : réquisition immédiate et distribution gratuite !
Elsa Méry

Depuis lundi dernier, les pharmacies et les bureaux de tabac sont autorisés à vendre des masques en tissu. Côté grande distribution c’est à partir d’hier que les masques ont été mis en vente, après de longues semaines de pénurie. Entre temps, les prix se sont envolés : plafonnés à 95 centimes pour un masque chirurgical, ils peuvent atteindre 15 euros pour les masques en tissu. Avant la pandémie, les masques chirurgicaux coutaient autour de 8 centimes pièce, c’est à dire plus de dix fois moins chers.

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Une rétention des stocks organisée au profit de la flambée des prix : « toute guerre a ses profiteurs »

Pour une famille nombreuse composée de travailleurs obligés de prendre les transports en commun le calcul est terrifiant. Dans la mesure où il faut changer de masque toutes les 4h minimum, le budget mensuel pour se protéger peut atteindre 200 euros, dans un contexte de précarité grandissante pour une partie importante de la population. Comble du cynisme, certaines grandes surfaces comme Intermarché sont allées jusqu’à « réserver » l’achat de masques aux détenteurs d’une carte de fidélité. Le « plafonnement » proposé par le gouvernement est purement cosmétique et ne limite entre rien les immenses bénéfices générés pour la grande distribution sur le dos de ceux qui peinent aujourd’hui parfois à se nourrir. On peut même trouver de simples bouts de tissus qui ne sont pas aux normes. Associé d’une pénalité de 135 euros en cas de non-port de masque dans les transports, cette politique prend à la gorge les travailleurs, les jeunes et les précaires.

Plus encore, l’immense quantité de masques aujourd’hui disponible à la vente après de longues semaines de pénurie pour les soignants pousse à mettre en question l’organisation d’une véritable rétention de ces denrées de première nécessité pour en faire flamber les prix. A titre d’exemple, le groupe Carrefour annonce disposer de quelques « 225 millions de masques » quand « jusqu’à la semaine dernière, nous avions des masques périmés » s’indigne Hugues Videlier, président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens d’Auvergne Rhône Alpes. Il poursuit : « Il est inacceptable d’envoyer des gens au casse-pipe pendant que d’autres font des stocks pour des raisons mercantiles ». En effet, depuis des semaines, les pharmaciens distribuent avec parcimonie le stock que l’Etat leur fournit : au rythme de dix-huit par semaine pour les médecins, cette quantité très insuffisante a contribué à exposer les soignants et leur proches aux risques de contamination du virus.

Dans un texte intitulé « Les masques tombent », les Ordres des professions de santé se sont offusqués du nombre « sidérant » de masques annoncés à la vente par la grande distribution. « Toute guerre a ses profiteurs. C’est malheureusement une loi intangible de nos conflits. Comment s’expliquer que nos soignants n’aient pas pu être dotés de masques quand on annonce à grand renfort de communication tapageuse des chiffres sidérants de masques vendus au public par certains circuits de distribution ». Cette colère est aussi celle du collectif de soignants « Bas les masques » qui pleure le décès de nombre de leurs collègues et déplore que faute de masques en quantité suffisante, certains d’entre eux aient pu contribuer à contaminer des patients.

Ainsi, si le chiffre d’affaire des enseignes de la grande distribution bondit depuis le début de la pandémie, c’est bien au prix de dizaines de milliers de morts.

Un scandale d’Etat : le gouvernement a du sang sur les mains

Interrogé sur BFMTV, le docteur Marty dénonce un véritable « scandale d’Etat » en rappelant que le gouvernement a commencé par masquer la pénurie jusqu’à mi-mars. On se souvient alors des nombreuses pharmacies affichant « en rupture de stock jusqu’à nouvel ordre » sur leur devanture. Des masques commandés en trop faible quantité, pour limiter une fois de plus, les « dépenses publiques ». Plus encore, le gouvernement était allé jusqu’à interdire le port du masque alors présenté comme « inutile »

Pourtant, dans le même temps, les grandes industries parvenaient à s’approvisionner, tout en gardant le secret le plus total sur l’état de leurs stocks comme l’avait révélé une enquête de Médiapart. Les géants de l’industrie, de Michelin à PSA en passant par Airbus et Dassault fournissent plus de masques FPP2 à leurs salariés que l’Etat n’en donne aux soignants pour pousser à la reprise dans des secteurs non essentiels de la production. Nombreuses étaient alors les organisations syndicales qui dénonçaient la contradiction et exigeaient que les masques soient réquisitionnés pour être donnés aux soignants qui sont les plus exposés au virus.

Le choix du gouvernement est tout autre : « Cela fait 5 semaines qu’avec l’aide de Bercy, qui a permis de lever certaines barrières, la GMS est en négociation avec l’Asie pour se procurer des millions de masques… La coopération avec Bercy a été réalisée par call quotidien…  », a ainsi expliqué Thierry Cotillard, président du groupe Intermarché sur RTL le 30 avril. Main dans la main avec le patronat, le gouvernement a préféré soutenir les achats des grands groupes sur le marché international que de se procurer les stocks nécessaires à la protection de ceux qui affrontent l’épidémie.

Prendre nos affaires en mains : exiger des masques gratuits et le contrôle de la production

Ce lundi 4 mai, Bruno Lemaire a réagi sur France inter en dénonçant une « fausse polémique » assurant que « Depuis le début de cette crise sanitaire, la grande distribution a parfaitement joué le jeu pour garantir la sécurité d’approvisionnement des Français ». Il s’agit d’une réponse à l’offensive de Renaud Muselier, président LR de la région Paca et de l’association Régions de France, qui menace de porter plainte s’il n’a pas accès aux bons de commandes d’ici trois jours pour savoir si ces grandes enseignes ont stocké des masques pendant la pénurie. Derrière ces déclarations, aucune trace d’exigence sérieuse pour obtenir la redistribution gratuite des masques à la population. Si LR cherche à profiter du scandale pour se positionner comme principale opposition au gouvernement, force est de constater qu’ils ont toujours été complice des politiques de casse du service public hospitalier responsables de la crise sanitaire. La formation politique a également voté tous les plans de financement des grandes entreprises qui visent à renflouer les caisses du patronat sur le dos des travailleurs qui subissent aujourd’hui la flambée des prix.

De son côté, le maire de Grenoble EELV Eric Piolle a exigé que « l’Etat joue son rôle de stratège pour nous coordonner sinon ce sera un sauve-qui-peut. (…) Et rien ne serait pire en pleine crise alors qu’il faut conserver l’unité nationale ».

Mais comment en appeler à la bonne volonté du gouvernement après des semaines de mensonges pour endiguer la contestation chaque jour plus visible ? Faut-il le croire sur parole lorsqu’il prétend, par la voix de la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher « s’assurer qu’il n’y ait pas de dérive des marges » ? Ces déclarations de bonne intention ne permettent même pas d’empêcher que les supermarchés arnaquent leurs clients en vendant des bouts de tissu qui ne sont pas aux normes.

Face à la perspective d’une seconde vague, la mesure d’urgence à imposer est celle de la réquisition immédiate par l’Etat et de la distribution gratuite des masques dont disposent les grandes surfaces. Celui-ci doit mettre l’ensemble des stocks existants à disposition des soignants, les seuls en mesure de contrôler la qualité des produits en fonction des besoins sanitaires et sociaux et non pas du profit des grands groupes. C’est la seule manière de s’assurer que tout le personnel de santé dispose dorénavant de masques en quantité suffisante pour se protéger et limiter la contamination des patients. Ensuite, des masques conformes aux normes sanitaires doivent être distribués gratuitement dans tous les quartiers et à partir d’infrastructures accessibles facilement : écoles, maisons de quartiers, hôpitaux, pharmacie, tout cela sous le contrôle des soignants en lien avec la population.

Par ailleurs, l’ensemble de l’industrie et des services essentiels à la vie doit être contrôlés par les travailleurs eux-mêmes pour garantir la production de ces équipements indispensables à la lutte contre la pandémie en nombre suffisant pour répondre aux besoins sociaux. Toutes les ressources technologiques de l’industrie doivent pouvoir être reconvertie en direction de la production de respirateurs artificiels et de masques au service de la lutte contre la pandémie, loin de l’avidité capitaliste.

Jusqu’à aujourd’hui, les soignants se sont battus de façon héroïque contre le virus, allant jusqu’à confectionner eux-mêmes leur masques face à la pénurie. Mais tous ces sacrifices démontrent une chose : que c’est à ceux qui se battent chaque jour pour les besoins de la population qu’il revient d’avoir la main sur le système de santé. Un système de santé nationalisé et centralisé, librement accessible par la population, et sous le contrôle de ceux qui le font tourner.

 
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