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La Izquierda Diario
23 de juillet de 2020 Twitter Faceboock

Masques gratuits
“L’État n’a pas vocation à payer des masques” selon Macron, qui enchaine les cadeaux au patronat
Inès Rossi

Lors d’une interview au 20h de TF1, le président de la République a coupé court à toute revendication pour la gratuité des masques, mesure pourtant essentielle compte tenu de l’évolution de l’épidémie, et ce malgré l’obligation du port du masque dans les lieux publics clos depuis ce lundi.

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Crédits photo : STR/AFP

Alors que le port du masque est obligatoire dans les lieux publics clos depuis cette semaine, Emmanuel Macron a, lors de son interview au journal de 20h de TF1, tranché la question de la gratuité des masques en restant campé sur ses positions : “L’État, et le contribuable français, n’a pas vocation à payer des masques gratuitement pour tout le monde tout le temps”.

Le masque représente un budget non négligeable

Le virus circule toujours en France, et on dénombre entre 400 et 500 clusters de coronavirus, notamment dans l’Ouest – Bretagne, Mayenne – mais aussi dans le Grand Est. Face à cette reprise épidémique, la généralisation du port du masque est un enjeu de santé publique.

Or les masques, correctement portés, c’est-à dire changés toutes les quatre heures, et bien lavés (dans le cas des masques lavables), finissent par revenir chers. Dans le cas des masques chirurgicaux, dont le prix est plafonné jusqu’au 10 janvier 2021 à 0,95 d’euro l’unité, on peut estimer qu’une seule personne utilisant deux à trois masques par jour doit dépenser “1,5 à 2,5 euros quotidiennement, soit 45 à 75 euros par mois”, selon Le FigaroPour une famille composée d’un couple et de deux enfants, cela représente donc 180 à 300 euros mensuels.

Ensuite, l’amende pour non-port du masque, qui est de 135 euros, peut mettre en grande difficulté financière la personne qui la reçoit – la double peine pour les précaires. Mais, pour Macron, la généralisation du port de masque ne se fera pas par la gratuité mais par la répression. En cas de récidive, sous 15 jours, l’amende sera de 1500 euros. En cas de plus de trois récidives en un mois, la condamnation peut aller jusqu’à 6 mois de prison fermes ! Autrement dit, pour non-port du masque, on peut passer plus de temps en prison que Balkany ou que le policier qui a tué Amine Bentounsi d’une balle dans le dos !

De plus, comme on l’a vu pendant le confinement puis dans les transports en commun où les masques étaient déjà obligatoires, les mesures qui ont été imposées pour tenter de gérer l’épidémie l’ont été de manière répressive, autoritaire et ciblée. Ce notamment contre les quartiers populaires, où les violences policières racistes sont venues s’ajouter à la difficulté de respecter le confinement et les gestes barrière pour les travailleurs pauvres, chômeurs et tous les précaires.

En plus de mettre notre vie en danger, c’est bien les plus précaires d’entre nous, qui ne pourront pas se fournir en masques, à qui s’adressent ces mesures répressives. En Seine-Saint-Denis, par exemple, les habitants ont reçu en moyenne trois fois plus d’amendes que dans les autres départements. Le plan sanitaire de la bourgeoisie compte plus sur les flics que sur les soignants pour sortir de la crise…

La question des dépistages est elle aussi problématique et les réponses apportées par Macron et ses ministres sont largement insuffisantes. Loin de 700.000 tests promis par le gouvernement, certains médias évoquent des chiffres deux fois moindres. Selon LCI, « à ce jour, entre 300.000 et 350.000 [tests] sont effectués chaque semaine. » De plus, « les délais pour se faire tester au coronavirus ne cessent d’augmenter ».

De l’argent pour le patronat, mais rien pour les masques

Pour tenter d’esquiver une nouvelle polémique à l’égard des masques, Véran a mis en avant la gratuité de ces protections pour certains foyers dits "vulnérables". Une réponse à la revendication de gratuité pour toutes et tous, qui avait fait fureur à la veille du déconfinement lorsque la grande distribution s’était accaparée plusieurs centaines de millions de masques.

Nous allons envoyer 40 millions de masques grand public lavables, utilisables 30 fois, de manière à fournir 7 millions de Français qui sont au niveau du seuil de pauvreté – bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire -, de manière à ne leur demander aucune démarche.” a détaillé Olivier Véran, le ministre de la Santé. “Par ailleurs, précise-t-il, l’assurance maladie remboursera à 100 % les masques chirurgicaux pour 2 millions de Français qui sont porteurs de vulnérabilité”.

Mais derrière cette annonce qui se veut prévoyante se cache en réalité une mesure aux critères extrêmement restreints, qui ne va même pas bénéficier entièrement aux plus démunis. En effet, les personnes concernées par les conditions rigoureuses de Véran sont uniquement celles vivant sous le seuil de pauvreté, soit moins de 1 000 euros par mois. Autrement dit, un SMIC est considéré pour le gouvernement comme un revenu suffisant pour se permettre une centaine d’euros de masques pourvu que le foyer soit composé d’enfants à charge. De plus, au-delà des 7 millions de personnes concernées par la gratuité des masques, environ 2 millions de plus y seraient éligibles mais ne sont pas inscrites à la complémentaire santé solidaire (CSS). Enfin, les étrangers sans-papiers n’ont pas non plus le droit à cette aide, alors même qu’ils font partie des plus vulnérables.

Il s’agit donc d’une mesure superficielle et temporaire, qui vise à faire croire à un gouvernement à l’écoute des personnes les plus pauvres, quand ces dernières ont souvent été en première ligne lors du confinement et continuent d’être les premières touchées par la crise économique. Le financement des masques pour toutes et tous doit être pris en charge par les grandes entreprises capitalistes, et non par nos impôts !

Car si l’État n’a pas vocation à garantir un accès aux masques pour toutes et tous, il semble en revanche avoir vocation à aider le patronat. Lors de son discours de politique générale, Jean Castex a annoncé pas moins de 100 milliards d’euros de nouvelles mesures pro-patronales, à travers des baisses d’impôts et des exonérations de charges. Ces généreux cadeaux se font sans engagement de la part du patronat, puisque “les milliards d’euros d’aides et de prêts garantis pour les entreprises du transport aérien (Air France), de l’aéronautique (Airbus, Daher) ou de l’automobile (Renault) ont été versés sans conditions et suivis de plans de licenciements. De même, le dispositif de chômage-partiel de longue durée autorise les licenciements à condition que ceux-ci soient votés dans le cadre d’un accord majoritaire avec les syndicats.”. Macron demande aux travailleurs d’accepter des baisses de salaires et de payer leurs masques de leurs poches, pendant que les grandes entreprises voient leurs impôts baisser

Après une gestion de crise guidée par le souci du profit des grandes entreprises capitalistes, et par le niveau des stocks de masques, et face à la perspective d’un rebond épidémique, la mesure d’urgence à imposer est celle de la réquisition immédiate par l’État et de la distribution gratuite des masques dont disposent les grandes surfaces. Ces stocks de masques doivent être distribués gratuitement à toutes et tous, dans des lieux accessibles facilement : écoles, maisons de quartiers, hôpitaux, pharmacie, tout cela sous le contrôle des soignants en lien avec la population.

Ce gouvernement met nos vies en danger, imposons lui notre programme pour que ce ne soit pas aux travailleurs, aux franges populaires, et à la jeunesse précaire de payer la crise !

 
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