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10 de décembre de 2021 Twitter Faceboock

Aviation
Grève chez Dassault. Après le « contrat du siècle » toujours pas d’augmentation salariale
Mara Elias

L’entreprise Dassault Aviation vient de signer, avec les Emirats Arabes Unis, un contrat mortifère qui s’élève à un total de 14 milliards d’euros. De quoi alimenter la colère des employés de l’entreprise, qui se mobilisent pour réclamer une augmentation de leurs salaires.

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Crédit photo : AFP

Un accord « historique » pour Dassault

Vendredi 3 décembre dernier, la France confirmait son statut de « grand marchand de mort » se félicitait de la signature d’un contrat « historique » de 14 milliards d’euros, portant sur la vente de 80 avions de combat Rafales aux Emirats Arabes Unis. Un contrat qualifié par le directeur-général de Dassault, Eric Trappier, de « succès français ». Emmanuel Macron a quant à lui évoqué « un aboutissement majeur du partenariat stratégique entre les deux pays », mais n’a cependant pas jugé utile de s’exprimer sur les politiques autoritaires de son « partenaire », le criminel de guerre Mohammed Ben Zayed. Cette commande de Rafales vient donc s’ajouter à celles réalisées par la Grèce, la Croatie et l’Egypte, et va permettre aux ventes d’armes de la France d’atteindre les 30 milliards d’euros pour l’année 2021. Une « bonne nouvelle », donc, pour le " marchand de mort" Dassault, qui s’est empressé d’affirmer que ce contrat aurait des retombées économiques inédites et permettrait la création « de centaines, voire de milliers d’emplois supplémentaires » . Une affirmation qui passe mal chez les employés de l’entreprise, qui se mobilisent depuis près de huit mois pour réclamer une augmentation de leurs salaires, sans réponse de la direction.

Des profits, mais pour qui ?

En chantre de Dassault et de l’industrie mortifère, en accordant la vente de Rafales, la France finance et arme un régime qui met cet armement au service de ses intérêts réactionnaires. Si la macronie espère l’absolution en nous racontant que, grâce à ce coup de maître, une bouffée d’oxygène va venir ranimer les emplois de l’industrie aéronautique française, la signature d’un accord avec le régime totalitaire du Golfe ne présage rien de nouveau pour les salariés. Comme l’écrivait Nathan Erderof dans nos colonnes après l’annonce de la signature d’un accord entre les EAU et la France :« Mais à qui profite le crime ? Il y aura sûrement des retombées mais les bénéficiaires n’en seront certainement pas les travailleurs. Pas plus ceux qui vont être mobilisés sur les chaînes des usines Dassault pour sortir avec le moins d’effectif possible et dans les délais requis – la livraison devra être réalisée en 2027-, tant on sait déjà qu’ils vont être soumis à la loi des gains de productivité et à une énorme surexploitation. Ce n’est ni une hypothétique sauvegarde de l’emploi ni l’utilité qui dirigent ce genre de décisions, mais bien la continuation d’une situation internationale au service des profits patronaux et des intérêts impérialistes. Le grand gagnant, c’est d’abord Dassault et les profits qu’il va récupérer. »

Les neuf sites de Dassault aviation sont aujourd’hui mobilisés, et sept d’entre eux étaient hier, jeudi 9 décembre, complètement bloqués. Dans l’usine d’Argenteuil, où est fabriquée une partie du fuselage des avions Rafales, 200 ouvriers sont actuellement en grève, bloquant entièrement la production. La CGT est mobilisée depuis maintenant 8 mois, pour réclamer une augmentation des salaires de tous les employés, qui pour beaucoup touchent le revenu minimal garanti, 1 700 euros par mois. « C’est un salaire qui quand vous allez à la banque on vous dit vous gagnez pas assez pour avoir un prêt, et quand vous voulez des aides, on vous dit vous gagnez trop » nous explique, Anthony de Castro, un délégué de la CGT Argenteuil que nous avons contacté. Aujourd’hui alors que les salaires continuent de stagner, la signature du contrat avec les Emirats Arabes Unis constitue une énième preuve du mépris de la direction envers ses salariés. D’après Christophe Brisé, représentant de la CGT, « en 2020, on a eu 0 % d’augmentation, en 2021, on a eu 0,5 %, et aujourd’hui, on nous propose 1,6, alors qu’on sait que l’inflation actuelle est au moins à 2,8 %. Donc on demande 200 euros de rattrapage, et des augmentations de salaires à hauteur de 5 % ».

Continuer à construire le rapport de force

Les travailleurs ont ce jeudi réussi à monter des piquets de grève, et s’organisent pour ralentir, voire stopper la production en arrêtant de travailler un quart d’heure toutes les heures. Face à la mauvaise volonté de la Direction, ils comptent bien tirer profit du rapport de force qu’ils ont construit jusqu’ici. Comme l’explique Antony Castro, « la grève on sent qu’elle va tenir dans la durée ! La colère est vraiment là, aux vues des contrats, des carnets de commande qui sont blindés. Avant le contrat Emirats, on avait déjà 15 ans de commandes. Aujourd’hui on a un contrat à 14 milliards et on nous donne 36 euros, ça compense même pas l’inflation ! ».

En parallèle, pourtant, les cadres obtiennent des augmentations de 200 euros chaque année, des inégalités salariales qui se creusent donc, et qui viennent nourrir la colère des travailleurs. Pour couronner le tout, le partenaire privilégié de la Direction, la CGC, aurait signé hier l’accord NAO sur les salaires. Les travailleurs comptent donc renforcer la grève : « si c’est la CGC qui a signé l’accord, qu’ils fassent les avions ! Nous on a ramené nos caisses à outils près des bureaux de la direction, ils n’ont qu’à prendre les outils pour faire les avions ! » affirme Antony Castro.

Si une nouvelle fois, il apparaît que les travailleurs n’ont rien à gagner des accords mortifères et réactionnaires conclus par Dassault, le combat reste à poursuivre pour imposer au patronat du groupe l’augmentation des salaires. Les travailleurs de Dassault Aviation peuvent en ce s’inspirer de ceux de Leroy Merlin qui ont obtenu par la grève une victoire qui, dans un contexte où la question des salaires est devenue la priorité absolue d’une majorité d’entre nous, devient un exemple pour tous les travailleurs et travailleuses.

Alors que des grèves inédites se sont multipliées ces dernières semaines, non seulement à Leroy Merlin, mais aussi dans des entreprises peu habituées à ces conflits comme Décathlon, Sephora, Labeyrie, Arrivé Maitre-Coq, ou encore dans l’aéronautique comme à Daher ou aux Ateliers de Haute-Garonne, la colère existe et doit être coordonnée et étendue. Une colère avec laquelle il faudra par ailleurs dialoguer avec des revendications radicales sur le terrain du pouvoir, à l’image de celles que défend Anasse Kazib et Révolution Permanente dans la campagne présidentielle : 300€ d’augmentation pour l’ensemble des salaires et minimas sociaux, SMIC à 1800€ net, indexation des salaires sur les prix. Des mesures essentielles pour refuser que les travailleurs ne continuent à payer la crise, et pour s’attaquer enfin aux profits faramineux des grandes entreprises.

 
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