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La Izquierda Diario
19 de janvier de 2022 Twitter Faceboock

Crise sanitaire
« J’ai vu 30 ans de casse de l’hôpital, le gouvernement nous a coulés » : une aide-soignante aux urgences témoigne

Nous relayons le témoignage Corinne, aide-soignante aux urgences et représentante du Collectif Inter-Urgences : " Ils sont en train de nous tirer une balle dans le pied. Il ne faut pas céder à la division entre vaccinés et non-vaccinés que cherche le gouvernement, quand on voit que le vrai problème c’est le manque de moyens"

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© Crédit photo : AFP FRED DUFOUR

En ce moment, on doit laisser les gens attendre dans les box de consultation parce qu’il n’y a pas de place d’hospitalisation. Ça devient n’importe quoi, on est tous en train de péter un câble.

Aujourd’hui, on manque cruellement d’effectifs, et sans effectifs, pas d’ouverture de lit, donc on peut pas prendre correctement en charge les patients. Actuellement, les patients peuvent attendre 10 à 15h pour avoir un lit. Vous vous rendez compte ? Jusqu’à 15 heures d’attente sur un brancard ! C’est aberrant, on est dans le sixième puissance mondiale ! Et en même temps, le gouvernement a quand même réussi à fermer plus de 5 700 lits en 2020. 5 700 lits ! Pendant une crise sanitaire ! Alors que l’hôpital public manque déjà de moyens ! C’est un truc de fou.

Au niveau des conditions de travail, on n’a pas eu de renfort d’effectifs, si ce n’est la première année du Covid. Mais certains collègues ont démissionné, d’autres sont partis en dispo, et on n’a pas pu les remplacer… Ça devient compliqué, vraiment, on est en vraiment en galère.

En plus, de plus en plus de soignants tombent malade ! Mais bon ce n’est pas étonnant, sachant qu’on les fait travailler avec le Covid… Après les applaudissements, l’obligation de se faire vacciner, on nous a montré du doigt, reportant la faute sur nous. Et voilà qu’on devrait reprendre le travail en étant positif au Covid mais asymptomatique ! Y a aucune logique, on marche sur la tête.

Il y a aussi certains collègues autour de moi qui tombent en burn-out. Moi je suis une passionnée, j’y vais, mais je vous avoue qu’en ce moment, j’y vais à reculons. J’aime ce métier et je ne regrette pas mon choix de carrière, mais je me pose la question : si demain je tombe malade, comment va-t-on me soigner, qui va me prendre en charge, et en combien de temps je pourrais avoir un lit ?

Ce que j’aime, c’est le contact avec les gens. Leur parler, leur tenir la main… J’adore faire du "public relation". C’est aussi un médicament, c’est ça le métier de soignant. Mais aujourd’hui, cela devient compliqué. Depuis le Covid, il faut désinfecter chaque box après un Covid avéré, donc c’est un double travail, et c’est très fatigant car on n’a plus les renforts qu’on avait pour la première vague, et on n’a plus le temps… Notre motivation c’est d’être là pour les patients, pas de travailler dans ces conditions.

Puis, soi-disant qu’ils ont fait des efforts au niveau des salaires, appliquant le « quoiqu’il en coûte », mais vous savez combien j’ai gagné avec le Ségur ? 25 euros ! Je fais quoi avec 25 euros, sérieusement ? Sachant que j’ai plus de 33 ans de maison et 22 ans d’urgences !

Sur Paris, on manque d’aides-soignantes, d’infirmières, et tous les autres corps de métier de l’hôpital. Donc au lieu de fidéliser les jeunes et de les loger par exemple (car sur Paris c’est l’enfer, il faut compter entre 800 et 1000€ pour un studio), l’ARS vient de monter les salaires des infirmières à 4000€ pendant 6 mois pour rendre le poste attractif. Mais moi avec mes 33 ans d’expérience, mes 18 ans de diplôme, je suis même pas à 2000€ par mois ! Cela devient écœurant. En tout cas, je ne pense plus que mes jeunes collègues (AS, IDE) puissent faire carrière au sein de l’hôpital public car entre le coût du logement qui ne fait qu’augmenter et les conditions de travail qui se détériorent…

Pour conclure sur tout ça, avec plus de 30 ans d’expérience, j’ai vu les 30 ans de casse de l’hôpital public par tous les gouvernements successifs. Ce gouvernement a juste fini de nous couler, mais dans la continuité des autres. Alors on essaye de faire au mieux nous les soignants, moi j’essaye de sourire derrière mon masque… Mais je suis franchement peinée qu’on en soit arrivés là. Puis c’était déjà compliqué avant le Covid, le Collectif inter-urgences alerte de la situation depuis 2019. Mais là, ils sont en train de nous tirer une balle dans le pied. Une fois pour toute, il ne faut pas céder à la division entre vaccinés et non-vaccinés que cherche le gouvernement, quand on voit que le vrai problème c’est le manque de moyens. Et qu’en est-il de la levée des brevets sur les vaccins ?

Actuellement, il y a pleins de mobilisations que ce soit dans l’hôpital public, l’éducation… On se pose vraiment la question : ne veulent-ils pas couler le service public ? Aujourd’hui, il est nécessaire de continuer la lutte et de l’étendre, parce que si on se bat pas, on aura rien : ne lâchons rien !

 
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