Entretien

Le mouvement LGBT face à Bolsonaro

Virgínia Guitzel

Le mouvement LGBT face à Bolsonaro

Virgínia Guitzel

Virginia Guitzel est militante trans et rédactrice pour Esquerda Diario, journal du Mouvement des Travailleurs Révolutionnaires (organisation sœur de Révolution Permanente). Elle est aussi étudiante à l’université fédérale de l’ABC dans la région de San Paolo au Brésil. Elle a récemment contribué au livre collectif Transgender Marxism, publié chez Pluto Press. Dans le cadre de notre invitation à discuter de la lutte des LGBTI face à Bolsonaro, elle a accepté de répondre à quelques questions sur la situation brésilienne, le rôle de la gauche et de l’extrême-gauche dans cette dernière ainsi que les perspectives pour les luttes.

Est-ce que tu peux revenir sur la situation au Brésil et de ton engagement militant ?

Je voudrais commencer par dire que je suis les débats en France et ici, au Brésil, on parle beaucoup de vous en raison des récentes tensions dan la lutte des classes. Il existe même ici une page de memes très célèbre sur Facebook qui s’appelle « J’adore les Français parce qu’ils brûlent des voitures à la moindre occasion ». Mais au-delà des voitures brûlées, je suis très heureuse d’accompagner les processus de lutte des classes de ces dernières années qui ont formé une nouvelle génération de travailleurs et d’étudiants contre les bureaucraties, qui sont la base pour la construction d’une nouvelle organisation révolutionnaire qui nous permettra de porter la lutte pour la libération sexuelle et de genre sous la bannière du socialisme international. Parler de la situation au Brésil est une tâche difficile tant elle est difficile à comprendre, même pour ceux qui y vivent. Il est courant de dire qu’il faut s’accrocher pour comprendre la vie politique brésilienne, car les différents bouleversements politiques ont rendu la situation très complexe. D’où la nécessité, à mon avis, d’avoir un regard marxiste afin d’avoir une compréhension globale.

Le 29 mai dernier, des milliers de personnes sont descendues dans la rue en pleine pandémie dans plus de 150 villes contre le gouvernement Bolsonaro. Ça a été la plus grande manifestation depuis le début de la pandémie, et ça a permis de remettre à jour la question de la lutte contre l’extrême-droite dans la rue. La manifestation était une réponse à de nouvelles coupes budgétaires dans l’éducation et dans l’enseignement supérieur, qui pourraient entraîner la fermeture de plusieurs universités. Mais la remise en question du régime est de plus en plus forte, à cause des 460 000 morts dûs au coronavirus et d’un chômage qui a atteint 14 % de la population.

Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut comprendre que le gouvernement de Bolsonaro n’est pas le fruit du hasard. Il représente la dernière étape d’un processus très profond que vit le Brésil depuis 2016, quand environ 500 parlementaires ont approuvé la destitution de l’ancienne présidente Dilma Rousseff du Parti des Travailleurs (le principal parti de la gauche institutionnelle au Brésil) dans le cadre d’une prétendue lutte contre la corruption. Il s’agissait en réalité d’un coup d’État institutionnel où une poignée de membres du Congrès, soutenus par le principal média Brésilien (rede Globo), les militaires, les secteurs évangéliques et la Cour suprême, ont imposé une décision à des millions de personnes. Le but était de répondre aux exigences du marché international et d’accélérer les attaques contre les travailleurs, que le Parti des Travailleurs, qui a gouverné le pays pendant 14 ans, avait déjà commencé à mener. La Cour suprême mais aussi des instances non élues, comme le principal média brésilien, rede Globo, ou encore l’Église, l’armée et la justice ont été des agents décisifs du coup d’État de 2016, et ont continué à remplir un rôle de plus en plus autoritaire et arbitraire pour faire avancer ce programme néolibéral. 

Dans tout ça, quelle a été la réaction des forces politiques de la gauche brésilienne ?

Après 3 ans de bolsonarisme, il est maintenant absurde de penser qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’État réactionnaire, qui a ensuite permis à l’extrême droite d’accéder au pouvoir. Mais en 2016, cette question a polarisé les débats à gauche. Certaines organisations de la gauche ont refusé de combattre le coup d’État, soutenant qu’être contre cette avancée de la droite impliquerait de défendre le Parti des Travailleurs de manière acritique. Alors qu’en réalité, l’enjeu était de transformer le rapport de forces dans le pays par la lutte de classes, alors que les capitalistes voulaient faire payer la crise aux travailleurs.e.s.

Le résultat a été la marginalisation de certaines organisations qui n’ont pas lutté fermement contre le coup institutionnel et la dégradation du régime qui s’en est suivie. De 2016 jusqu’à aujourd’hui, leur erreur a été de plus en plus criante, à mesure des attaques réactionnaires et des défaites marquantes de la classe ouvrière avec l’approbation de la réforme de retraites et de la réforme du travail, qui peu à peu ont fait disparaître toute aspiration à la croissance économique, à une meilleure qualité de vie et aux velléités progressistes qui ont été nourries pendant les années de croissance économique sous les précédents gouvernements du Parti des Travailleurs. Ces derniers prétendaient qu’un projet de conciliation de classe serait possible, où banquiers et travailleurs pourraient gagner ensemble. 

L’emprisonnement arbitraire de Lula, l’ancien président du Parti des Travailleurs, a été la démonstration de l’aspect anti-démocratique du régime. L’usurpation de millions de voix et des droits politiques de Lula, qui était le principal candidat à gauche, nous a conduit à l’élection de Bolsonaro. Aujourd’hui, sous la présidence Bolsonaro, l’aile putschiste a commencé à se poser en tant qu’opposition au gouvernement, avec son propre programme d’attaques contre les travailleurs.

Face à cette situation, beaucoup espéraient que le Parti des Travailleurs abandonnerait son projet de conciliation de classe et qu’il s’opposerait frontalement à l’extrême droite. Mais même avec le coup d’État institutionnel, avec l’arrestation arbitraire de Lula et le bilan de plus de 460 000 morts du Covid, le Parti des Travailleurs n’a fait que montrer qu’il a plus peur de la lutte des classes que de l’avancée de la droite dans le pays. À chaque fois que la population a montré sa volonté d’agir contre la droite, le PT a cherché à nous diviser et à passer sous silence nos revendications.

Du côté de l’extrême-gauche, le bilan n’est pas plus brillant. Le PSOL (Parti Socialisme et Liberté), parti à gauche du PT, comparable au NPA en France, a été durement touché par le coup d’État institutionnel, notamment à cause du terrible assassinat de Marielle Franco (membre du PSOL). Or il n’a pas rempli le rôle que beaucoup attendaient de lui. Au contraire, il s’est adapté à la politique du PT, cherchant à construire des enclaves au milieu d’un régime corrompu, en administrant des villes comme Belem et en proposant d’appliquer la réforme des retraites au niveau de la municipalité.

Le devenir des mobilisations au Brésil dépend en grande partie de notre capacité à surmonter les stratégies de cooptation opérées par les dirigeants des mouvements de masse, comme les centrales syndicales et syndicats étudiants, qui sont toujours contrôlés par le Parti des Travailleurs et le Parti Communiste du Brésil. Nous, au MRT, avons lutté pour mettre en place des assemblées générales avec des débats et des votes, et avons essayé d’impulser une grève nationale pour renforcer les manifestations. Mais ces partis, qui dirigent les principaux syndicats du pays, ont autre chose en tête. En effet, ils veulent que toute notre énergie soit canalisée vers la campagne présidentielle de Lula en 2022, sans aucun engagement à révoquer les réformes et les attaques que nous avons subies. Pire, ils prônent même un Front large avec les mêmes secteurs qui ont participé au coup d’État et ont voté pour la destitution de Dilma Rousseff.

Une partie de la gauche institutionnelle n’est pas entièrement focalisée sur l’agenda électoral, mais propose en revanche une nouvelle procédure d’impeachment, cette fois pour destituer Bolsonaro. Le problème c’est que cet impeachment porterait en pratique le Général Mourão à la présidence, un militaire qui a célébré l’anniversaire du coup d’État militaire au Brésil, et que le PSOL voit comme un « moindre mal » face à Bolsonaro. Les secteurs à gauche du Parti des Travailleurs acceptent donc le régime du coup d’État et font tout pour que la colère qui en découle soit canalisée vers les institutions de ce régime putschiste.

Comment le coup d’Etat, les contre-réformes et l’élection de Bolsonaro ont-ils affecté les LGBTI ?

Premièrement, comme l’histoire nous l’a maintes fois démontré, chaque avancée réactionnaire et chaque défaite de la classe ouvrière obstrue un peu plus les voies d’émancipation sexuelle et de genre. Au Brésil, entre le coup d’État et l’élection de Bolsonaro, ce phénomène s’est intensifié.

Le Brésil est à la fois le pays où l’on recherche le plus de contenu pornographique mettant en scène des personnes trans, et le pays où les transféminicides sont les plus nombreux. Ces transféminicides ont considérablement augmenté. En 2017, il y en a eu 179, avec une totale impunité dans 90 % des cas. Un an après le coup d’État, on a compté le plus grand nombre de transféminicides en dix ans, avec une augmentation de 15 % par rapport aux 144 cas signalés en 2016.

En 2017, Dandara dos Santos-, femme trans de la région de Fortaleza, a été battue à mort par quatre adolescents, en plein jour. Son calvaire a été filmé et diffusé sur les réseaux sociaux, donnant lieu à un torrent de commentaires haineux et transphobes. Et un soir de janvier 2019, Quelly da Silva-, s’est faite tuer à Sao Paulo par un jeune homme, qui a été jusqu’à lui enlever le cœur à coups de tessons de bouteille, pour le remplacer par l’image d’un saint. Le bourreau a affirmé à la presse, tout sourire, que sa victime était un démon. Voilà la barbarie que nous réserve la société capitaliste !

En 2019, nous avons constaté une augmentation des violences physiques dans la vie quotidienne des personnes trans. En moyenne, on dénombre onze agressions de personnes trans par jour au Brésil. La plus jeune victime de ces violences est une jeune adolescente transgenre de 15 ans seulement, assassinée en 2019. En 2020, 71 % des transféminicides ont eu lieu dans des espaces publics. Avec la pandémie, notre espérance de vie, qui était de 35 ans, est tombée à 30 ans. Et nous avons passé encore une année de plus avec 90 % de notre communauté sous le joug de l’esclavage sexuel. 

Cependant, il existe un paradoxe. Sous le régime bolsonariste, jamais autant de droits légaux n’ont été conquis pour les communautés LGBTI. Pour n’en citer que quelques-uns : la reconnaissance de l’union des couples du même genre, le changement d’état civil pour les personnes transgenres, et récemment, les personnes LGBTI ont ré-obtenu le droit de faire don de leur sang. Lors des élections municipales de 2020, nous avons eu, parmi les candidatures, 263 femmes trans, 19 hommes trans et 12 personnes d’autres transidentités. En tout, 31 personnes trans ont été élues.

En quelques années, le Brésil a réussi à incarner les deux tendances internationales contradictoires sur l’émancipation des LGBTI. La première est incarnée par un Bolsonaro fier d’être le président du pays qui tue le plus de femmes trans au monde. La deuxième est incarnée par des figures de la Cour Suprême brésilienne ou par les principaux médias du pays, qui ont été des agents du coup d’État, et qui ont garantit les droits des LGBTI, tout en approfondissant la dégénérescence du régime brésilien et en permettant à Bolsonaro d’accéder au pouvoir, et de mener des attaques historiques contre les masses laborieuses et les pauvres, ce qui englobe évidemment notre communauté LGBTI.

Ces conquêtes formelles de droits fondamentaux, même si elles peuvent être un point d’appui pour la lutte pour les droits LGBTI, ne sont en réalité accessibles qu’à une petite partie de la communauté. En outre, elles contribuent à créer l’illusion que ce même État capitaliste, qui structure les inégalités et entrave nos sexualités par l’intensification de l’exploitation, pourrait être l’agent d’une émancipation individuelle et progressive. C’est une vision sur laquelle s’est aligné un type de militantisme institutionnel, qui a fermé les yeux sur le rôle putschiste de ces institutions et est tombé dans le piège de cette séparation entre la politique et l’économie, comme si, pour les personnes LGBTI, l’égalité devant la loi pouvait garantir l’égalité devant la vie, alors que notre réalité est toute autre : statistiquement, nous sommes expulsés de nos foyers à l’âge moyen de 13 ans, 0,02 % d’entre nous font des études, 72 % n’arrivent pas à finir le lycée et 56 % n’arrivent pas à finir le collège.

Ce que ce militantisme institutionnel ne comprend pas, c’est que sous le capitalisme, la sexualité et le genre sont brimés et normés, soumis à l’intensification de l’exploitation, la réduction du temps libre, l’aliénation du travail et la dégradation des conditions de vie, et cela s’applique tout particulièrement aux LBGT. Les LGBTphobies constituent une longue chaîne de violence qui commence dès notre enfance, et dont les transféminicides sont le dernier maillon. On ne peut pas distinguer les agressions LGBTphobes du mode d’exploitation que nous subissons. Comme dirait le FHAR, Le Front homosexuel d’action révolutionnaire : « La lutte des classes passe aussi par nos corps ».

Les mouvements LGBT et féministes qui ont refusé de lutter contre le coup d’État, n’y voyant pas d’intérêt pour leur cause, n’ont pas compris une chose : certes, le néolibéralisme permet une conquête de droits formels et une meilleure représentation de nos identités, tout en encadrant et en limitant nos perspectives d’émancipation. Mais le néolibéralisme approfondit surtout la séparation entre la classe ouvrière et les secteurs opprimés, et alimente les tensions entre ceux-ci. Le néolibéralisme renforce structurellement les inégalités : toute déviation de la norme justifie ainsi des salaires plus bas, la faim, la prostitution forcée, et, au bout de la chaîne de violences, les meurtres.

J’irais même jusqu’à dire que la place que prend la question de la sexualité et du genre dans la jeunesse, sans même se limiter à l’une ou l’autre des petites lettres du sigle LGBTI, est un symptôme des interrogations générales et profondes de cette même jeunesse du monde entier sur le système dans lequel ils vivent. On le voit à travers l’intersection de ces question dans les processus de la lutte des classes, tel que l’apparition du mouvement Black Trans Lives Matters au sein du géant Black Lives Matter aux États-Unis, ou les images des femmes trans du Myanmar à la Colombie qui dansent fièrement devant la police, ou encore l’émergence de fortes expressions de rejet de l’extrême droite et de Bolsonaro au Brésil.

Contrairement à l’émergence de la lutte pour les droits des gays aux États-Unis il y a 50 ans, il est impossible aujourd’hui de séparer la question du genre de la lutte pour une sexualité libre, et ce n’est pas seulement nous, les marxistes révolutionnaires, qui le disons. Toutes celles et ceux qui veulent être à l’avant-garde de la lutte LGBTI doivent s’en rendre compte. C’est le sens de ma participation au livre Transgender Marxism publié par la maison d’édition indépendante britannique Pluto Press, qui exprime en quelque sorte une recherche des personnes LGBTI pour des réponses plus globales sur toutes les sphères de la vie, pas seulement le genre et la sexualité. Ce n’est qu’avec cette vision plus globale que l’on pourra s’attaquer aux bases de la cooptation et de l’institutionnalisation des mouvements sociaux, qui ont fait de Stonewall une sorte de musée de la cooptation capitaliste, transformant une révolte en lutte institutionnelle, exprimant le passage de la lutte pour la transformation radicale de l’ensemble de la société à un mouvement axé sur la création d’espaces institutionnels contre la discrimination, passant de la rue aux bureaux du gouvernement et exigeant de la société patriarcale des quotas ou des efforts d’inclusivité. On assiste donc à l’intégration des secteurs les plus modérés des mouvements pour les droits LGBTI au sein des institutions, comme le fait actuellement Joe Biden, tout en bombardant la Syrie et en soutenant le massacre des Palestiniens aux côtés de la première vice-présidente femme Noire, Kamala Harris.

Cette réflexion me semble importante car elle replace d’une certaine manière les débats d’aujourd’hui dans un cadre plus historique, rappelant le chemin parcouru dans notre combat non négociable pour le droit à la libre expression de notre genre et pour le développement plein de notre sexualité.

Ce cadre oriente les tâches historiques que nous voulons nous donner, en tant que révolutionnaires du XXIème siècle, si nous nous inscrivons dans la continuité des extraordinaires avancées de la révolution russe et de l’aspiration à une sexualité libre, des processus de la lutte pour la libération sexuelle de Stonewall, de l’émergence d’organisations telles que le Front homosexuel d’action révolutionnaire en France, des Lesbians and Gays Support the Miners au Royaume-Uni, d’Act Up, de la lutte contre l’Église et de tout fondamentalisme religieux... Nous devons nous inspirer des expériences où la lutte pour la libération sexuelle a convergé avec la lutte des travailleurs, comme à Londres, le groupe LGSM (Lesbiennes et Gays en soutien aux mineurs gallois), ou au Brésil, le premier collectif LGBT Brésilien SOMOS, le collectif d’affirmation homosexuelle, qui a lutté contre la dictature militaire avec les travailleurs de la région industrielle, qui sont allés à la manifestation du 1er Mai avec des banderoles contre les discrimination envers les travailleurs homosexuels. C’est avec cette force que nous pouvons faire en sorte que le capitalisme soit frappé là où ça lui fait le plus mal : ses profits.

Mais je crois aussi que ces dernières décennies, les courants théoriques postmodernes se sont renforcés en théorisant une émancipation alternative, totalement individuelle et en dehors d’une confrontation avec le capitalisme, sur la base des défaites de la classe ouvrière. Nous n’avons pas le même objectif. En tant que communistes, la conquête de droits pour nos identités telles qu’elles sont aujourd’hui n’est pas notre but ultime, mais nous voulons l’abolition de toutes les formes de discrimination, de normes, d’impositions et de restrictions afin de garantir à la population les conditions matérielles, politiques, sociales et économiques nécessaires pour expérimenter, choisir, vivre, exprimer pleinement notre sexualité et notre genre. Pour résumer, nous voulons que cette structure qui sert aujourd’hui à justifier l’assujettissement des personnes LGBT et à diviser la classe ouvrière soit abolie !

Nous ne voulons pas limiter nos aspirations à ce dont le capitalisme nous a appris à rêver petits : nous voulons voir plus loin ! Nous devons nous inspirer par les débats de la révolution russe, de l’idée de créer des espaces publics pour que les jeunes puissent être libres de vivre leur sexualité, créer les conditions sociales, politiques et culturelles qui permettent de rompre complètement avec l’emprisonnement et l’atrophie non seulement de nos corps, mais aussi de nos esprits. Et pour ça, nous avons besoin d’une révolution. Une révolution qui combat un régime d’exploitation du travail, où toute forme de désir sexuel - y compris le désir hétérosexuel - est mutilé par l’exploitation et l’aliénation du travail.

Pouvons-nous, en ce moment historique de crise capitaliste et d’émergence d’une nouvelle avant-garde de travailleurs et de jeunes dans le monde entier, reconstruire ce pont entre l’aspiration de millions de personnes à une vie émancipée et les récentes luttes ouvrières, la colère contre l’austérité, la négligence des gouvernements face à la pandémie ? Je l’espère, pour que nous puissions dire comme la jeunesse française de 1968 : « travailleurs, prenez de nos mains fragiles les drapeaux de la révolution », des drapeaux qui représentent autant la lutte pour l’émancipation des LGBT que contre le capitalisme ?

C’est l’invitation que je lance, en tant que membre de l’organisation sœur de Révolution Permanente, et j’invite chaque personne qui lira ces lignes à l’adopter. À nous de relever le défi de fusionner un bilan critique du morcellement de notre classe à force de déviations à l’international, et une défense inlassable d’une révolution permanente afin que notre émancipation soit un enjeu maintenant et après la révolution.

Propos recueillis par Tatiana Magnani

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