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La Izquierda Diario
12 de mars de 2020 Twitter Faceboock

Coronavirus
Quelles mesures d’urgence face à la crise sanitaire mondiale ?
Anna Ky

Le virus Covid-19 qui se propage à grande vitesse sur l’ensemble des continents, mais touche plus particulièrement les grands centres industriels des pays capitalistes centraux, vient mettre en lumière les inégalités et l’horreur déjà existantes dans un système en crise.

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Il y a quelques jours encore, Olivier Véran, le nouveau ministre de la santé, décrétait dans les grands médias qu’un scénario à l’italienne – deuxième pays le plus touché après la Chine – était à exclure en France, où le « seuil de saturation » de l’hôpital français ne saurait être dépassé, contrairement à son pays voisin. Pourtant, tout indique que la probabilité d’un scénario « à l’italienne » est plus forte que ne le prétend le gouvernement.

La propagation du virus Covid-19 que l’OMS qualifie désormais de pandémie vient mettre en exergue les aspects les plus réactionnaires du capitalisme mondial, par-delà la gestion de crise propre à chaque gouvernement et aux éléments de langage qui varient d’un pays à l’autre. Une crise décuplée par des décennies d’offensive néolibérale venue détruire méthodiquement les systèmes de santé publics et concentrer dans les mains d’une poignée de rapaces l’industrie pharmaceutique ; par une économie en crise que le coronavirus et le krach pétrolier pourraient transformer en véritable catastrophe financière ; et par des inégalités sociales toujours plus grandes révélées par l’épidémie, dont les effets les plus graves – tant sanitaires qu’économiques – concernent en premier lieu les personnes les plus vulnérables, les plus précaires.

Casse du système de santé et industrie pharmaceutique : notre santé n’est pas une marchandise !

D’une part, il y a un système de santé en crise, les fermetures de lits et le manque criant de personnel soignant, obligeant les salariés à travailler en flux tendus, qui génère une situation où l’hôpital public se retrouve dans l’incapacité la plus totale de faire face à la crise sanitaire en cours et à l’afflux de patients. Une situation qui s’est déjà traduite en Italie par une décision politique relevant de la dystopie malthusienne : face au manque de matériel, les hospitaliers italiens doivent désormais faire le tri entre les patients qu’ils placent sous assistance respiratoire et ceux qu’ils condamnent à mourir. Le principal critère de « sélection » étant l’âge des patients, alors même que l’Italie est le pays avec la moyenne d’âge la plus élevée d’Europe.

En France, la situation est pour le moment moins avancée, mais avec des tests de dépistage du virus qui ne sont plus effectués de manière systématique – essentiellement par manque de moyens – le risque est important d’exposer toujours davantage la population au Covid-19, et de voir le nombre d’infections exploser à court-terme. Or, les travailleurs de la santé alertent d’ores et déjà sur l’incapacité de l’hôpital public français à faire face à une pandémie.

D’autre part, il y a l’irrationalité capitaliste mue par la seule volonté de faire des profits, qui a poussé les grandes entreprises pharmaceutiques, à l’instar de Sanofi, à délocaliser et concentrer la production de biens de première nécessité (dans ce cas les médicaments, le matériel médical, etc) dans des endroits du globe où la main d’œuvre est moins chère et plus exploitable, en particulier en Asie. Une organisation de la production exposant des franges croissantes de la population mondiale à des risques de pénurie et qui, en privatisant la recherche scientifique, conduit à l’arrêt de certains travaux de recherche fondamentale pourtant d’intérêt général.

Notre vie n’est pas une marchandise, et à l’heure de l’urgence sanitaire, nous pouvons moins que jamais tolérer que la logique économique continue à prévaloir. En ce sens, les cliniques privées devraient être intégrées au plan de lutte contre le virus et placées sous contrôle public, afin de mobiliser efficacement l’ensemble du système de santé. Face à la logique capitaliste, nous devons exiger d’urgence un investissement massif dans ces secteurs-clés que sont la santé et la recherche, qui permette de compenser les années de coupes budgétaires accumulées et de répondre aux besoins. À l’inverse de ce qui se fait depuis plus de quarante ans en France, il faut une augmentation conséquente des lits à l’hôpital, couplée à une embauche massive de personnel soignant, une augmentation des salaires et la titularisation de l’ensemble des travailleurs précaires de la santé.

Face à l’épidémie, les entreprises produisant des biens de première nécessité doivent être nationalisées et la production réorientée pour permettre de produire massivement du matériel médical et pharmaceutique, tels que les respirateurs, les masques FFP2, etc., mais aussi des produits d’hygiène basique comme le gel hydroalcoolique.

Enfin, nous devons revendiquer une recherche scientifique au service des besoins du plus grand nombre, dotée de moyens importants et capable de promouvoir des travaux de long-terme sur la base de financements pérennes. Une logique fondamentalement opposée à la récente loi de programmation pluriannuelle de la recherche contre laquelle se battent depuis plusieurs semaines les enseignants-chercheurs, à l’image de Bruno Canard, spécialiste des coronavirus, qui dénonçait récemment dans une tribune le fait que « dès 2006, l’intérêt des politiques pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. »

Aux capitalistes de payer leur crise sanitaire, sociale et économique

La pandémie vient accélérer un processus de crise économique latent depuis 2008, comme en témoigne le « lundi noir » qu’ont connu les marchés financiers cette semaine. La Chine, fer de lance de la reprise économique partielle après la crise des subprimes, est aussi le premier foyer de propagation du Coronavirus et le principal importateur de pétrole. La paralysie partielle de son économie ainsi que la baisse du trafic aérien due à la crise sanitaire ont entraîné une baisse de la demande et un krach pétrolier inédit depuis près de 30 ans.

Les mesures de confinement ont également un impact important sur l’économie des pays les plus touchés, comme en témoigne le secteur du tourisme à l’arrêt en Italie, ou encore les conséquences dans le milieu de la culture. En France, ce sont déjà des dizaines de milliers de salariés qui sont mis au chômage partiel et la réponse gouvernementale est simple : faire payer la crise aux travailleurs. « Notre stratégie est d’être pragmatique, déclarait la ministre du Travail le 8 mars dernier. Il ne faut pas pénaliser la vie économique. » Autrement dit, tout sera fait pour limiter la perte de profits engrangés par le patronat mais les travailleurs au chômage partiel verront pour leur part leur salaire déjà trop maigre amputé d’au moins 16 % – sans parler des plus précaires comme les intérimaires qui risquent purement et simplement de perdre leur emploi, ou des auto-entrepreneurs, qui se retrouveront eux aussi sans ressources.

Licenciements massifs, coupes budgétaires, contre-réformes et aggravation de la dette laissée en héritage aux générations suivantes pour sauver les banques et les grandes entreprises : après 2008, ce sont les travailleurs et les couches populaires qui ont payé la crise.

Or, face à cette situation d’urgence sanitaire et son impact économique, aggravés par les politiques néo-libérales menées par les gouvernements qui ont affaibli les systèmes de santé, ce n’est pas à nous de payer. Le coût de ces mesures doit revenir aux capitalistes, et non pas à l’immense majorité de la population : exigeons la mise en place immédiate d’un impôt exceptionnel sur les grandes fortunes et le grand patronat pour financer ce plan d’urgence.

Dans ce contexte, il s’agit au contraire – et cela devrait être la priorité des directions syndicales – de défendre inconditionnellement les travailleurs et leurs droits.

Dans les secteurs impactés, directement ou indirectement, par cette crise, nous exigeons l’interdiction des licenciements et l’embauche en CDI de l’ensemble des travailleurs précaires, afin de refuser que les salariés ne soient des variables d’ajustement pour préserver les profits. En cas de chômage partiel, nous exigeons le maintien d’une paie à la hauteur des derniers salaires les plus élevés. Face aux intimidations patronales, nous devons réaffirmer la légitimité du droit de retrait pour tous les travailleurs qui estiment que leurs conditions de travail ne garantissent pas leur protection face à l’épidémie. Enfin, alors que les écoles et lieux d’études sont fermés par le gouvernement, tous les parents devraient avoir le droit à des congés payés pour s’occuper de leurs enfants, avec maintient du salaire et des primes.

La lutte contre la pandémie doit poser la question de la lutte contre le capitalisme

 
Les virus ne s’arrêtent pas aux frontières. En revanche, les personnes les plus vulnérables face aux pires conséquences économiques et sanitaires de la pandémie sont aussi les plus exploitées et opprimées par le système capitaliste. Il s’agit des travailleurs les plus précaires, les personnes âgées que le système laissait déjà mourir dans des maisons de retraites où le manque de moyens engendre depuis longtemps des conditions d’accueil inhumaines, des prisonniers qui connaissent dans les centres pénitentiaires une surpopulation et des conditions de vie et d’accès à la santé qui relèvent de la torture.
 
Les mesures répressives et liberticides – comme celles qui ont été prises vis-à-vis des prisons italiennes qui connaissent une surpopulation pouvant aller jusqu’à 200 % dans certains centres – ne sont d’aucune utilité face à la pandémie et visent au contraire à réduire au silence et contraindre les franges de la population les plus exposées à la maladie et à la mort. A l’inverse de ces mesures arbitraires, restrictives et inefficaces, et des discours réactionnaires qui les accompagnent (stigmatisation d’une partie de la population, repli national et fermetures des frontières), nous exigeons une campagne de dépistage massive réalisée dans de bonnes conditions, tant pour les soignants que pour les patients. Il faut que les cas positifs puissent être isolés dans de bonnes conditions d’accueil. Encore une fois, ce qui compte ce sont nos vies, par leurs profits.

À rebours de toutes logiques tendant à l’individualisme, au nationalisme, et encourageant une forme de sélection sociale au sein de la population, il s’agit de lutter collectivement pour imposer ces mesures qui sont les seules véritablement capables d’endiguer la pandémie, mais aussi l’ensemble des conséquences désastreuses du capitalisme.

 
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