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Culture et Sport

Tribune libre

Aujourd’hui encore, le soja transgénique répand la mort

Dans la pampa argentine, dans les terres fertiles de la Colonia Hansen, où naguère les gauchos étaient fiers de conduire leur élevage bovin considéré comme l'une des meilleures viandes du monde, un petit village est complètement déserté, étouffé par une production intensive de soja, qui sème la mort autour de lui au fil des pulvérisations aériennes d'insecticide.

Cédric Lépine

Source

Sortie nationale (France) du 30 août 2017 : Histoires de la plaine de Christine Seghezzi

Christine Seghezzi livre avec son film un constat glacial sur un village ayant perdu la vie. En de longs plans-séquences, elle filme un village désert, quelques habitants pris isolément devant la caméra, répétant quelques gestes dans la rue ou bien restant muets. Il y a bien les témoignages d’un ancien agriculteur et d’une institutrice qui osent dénoncer la mort que l’exploitation intensive du soja a laissé derrière elle, ainsi qu’un agriculteur de soja bien heureux de cette manne financière, mais pour le reste, le film se déroule sans la voix des habitants. Soit parce que ceux-ci craignent de s’exprimer ou bien parce que l’immonde désastre qui se déroule autour les a laissés complètement démunis, sans voix. La réalisatrice ajoute alors une voix off contant diverses exactions, qu’il s’agisse des exactions des premiers colons, comme des conquistadores modernes, agriculteurs sans scrupules appuyés par de puissantes compagnies comme Monsanto livrant à la fois la graines de soja transgénique et les produits chimiques qui vont avec. Les malformations à la naissance, les cancers apparaissant dès le plus jeune âge sont monnaie courante, de même que l’injustice lorsque le représentant local de la justice est également propriétaire terrien de ces hectares de soja de la mort.
La réalisatrice a choisi de s’éloigner des propos scientifiques déversant leurs cris d’alarme à coup de données statistiques afin de s’approcher au plus près de l’âme dévastée d’un petit village, en respectant les silences qui l’incarne. Le lieu, complètement affecté par l’implication de cette nouvelle dictature économique, livre sa propre impuissance à voir s’étendre les champs de soja à perte de vue, traités régulièrement d’un insecticide puissant, qui n’est jamais sélectif sur ces cibles, à part le soja lui-même transgénique : quant à tous les autres être vivants, insectes, faune, flore, y compris les êtres humains, tous sont comptés comme les victimes muettes de ce placement financier émanant de fonds de pension.
Christine Seghezzi fait le choix d’une autre forme de lutte pour ne pas ajouter un cri d’alarme de plus dans des lamentations inaudibles de la part de tous les responsables tirant profit de ce soja en Argentine. Le propos n’en devient que plus global quant aux choix économiques, sociétaux, philosophiques du rapport de l’homme à la nature partout dans le monde. Un film qui apporte son humble touche personnelle pour rencontrer les consciences de part le monde. Souhaitait-on lui de riches échanges parmi le public lors de sa diffusion en salles.

Histoires de la plaine
de Christine Seghezzi
Documentaire
72 minutes. France, 2016.
Couleur
Langues originales : français, espagnol
Images : Willi Behnisch
Montage : Claire Atherton
Son : Martin Vaisman
Production : Zeugma Films / Cruz del Sur Cine (Argentine)
Coproduction : Le Fresnoy centre national des arts contemporains
Distributeur (France) : Direction Humaine des Ressources