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Ce que « l’affaire Froome » dit du dopage dans le cyclisme

Une fois de plus, la question du dopage s'est invitée en toile de fond du Tour de France. « L'affaire Froome » a ainsi défrayé la chronique, en amont et pendant la grande boucle. Alors que le peloton gravit les monts des Alpes, petit retour sur les faits.

Crédits photo : AFP

L’imbroglio Froome aura duré de longs mois, 9 pour être exact, et la participation du coureur britannique de l’équipe Sky au Tour de France, quadruple vainqueur de l’épreuve reine du cyclisme international (en 2013, 2015, 2016 et 2017), aura été actée quelques jours seulement avant le départ de l’édition 2018. A l’origine de l’affaire, un contrôle jugé « anormal » lors de la Vuelta (Tour d’Espagne), en septembre 2017 !

Des instances qui se renvoient la balle et une édition 2018 sous le sceau de la suspicion

Ainsi, le taux élevé de salbutamol détecté lors d’un contrôle a été le point de départ de l’affaire. Comme de nombreux cyclistes, Christopher Froome est officiellement sous traitement contre l’asthme, ce qui lui permet de courir sous Ventoline. Une pratique courante et parfaitement légale puisque permettant de dilater les bronches, et ainsi d’emmagasiner plus d’oxygène.

Depuis septembre, et d’autant plus après que l’affaire a été rendue publique en décembre dernier, divers acteurs se sont renvoyés la balle, et ont parfois sorti les couteaux. Ainsi, l’Agence Mondiale Anti-dopage (AMA), l’Union Cycliste Internationale (UCI), Amaury Sport Organisation (ASO, société organisatrice du Tour de France) et la formation Sky ont mené une bataille de tous les instants et sur tous les plans, judiciaire comme médiatique. Au final, l’UCI a officiellement blanchi le coureur de 33 ans à quelques jours seulement du départ de la grande boucle, mettant sur la défensive ASO qui avait annoncé que Froome ne pourrait pas participer à l’épreuve et qui a dû, au final, rétro-pédaler.

L’édition 2018 du Tour de France n’a donc pas échappé à la triste règle, débutant avec une affaire de dopage. Depuis le départ de l’épreuve, et alors que les coureurs viennent de gravir l’Alpe d’Huez, étape gagnée par Geraint Thomas de l’équipe... Sky , Christopher Froome est pris en grippe par le public, et le coureur est conspué sur le bord de la route, au même titre que l’ensemble de son équipe. Dans la montée finale de ce 19 juillet, un spectateur a même tenté d’asséner un coup au coureur. Un ressentiment renforcé par l’ultra domination de Sky sur la Grande Boucle depuis 2012 puisque, à l’exception de Vincenzo Niballi en 2013, tous les vainqueurs étaient engagés avec la formation britannique. Une main mise qui passe mal après l’époque Armstrong qui avait trusté les victoires de 1999 à 2005, avant d’être destitué de tous ses titres sur le Tour.

Une affaire qui en dit long sur la pseudo lutte anti-dopage dans le cyclisme

Le cyclisme véhicule l’image d’un sport de dopés. Une image largement empreinte d’idées reçues, puisque le cyclisme est loin d’être le sport le plus touché, bien qu’il soit celui ou les contrôles anti-dopage sont les plus nombreux.

Mais alors que les coureurs sont contraints à un passeport biologique, forçant à indiquer leur moindre déplacement, et à des contrôles qui se comptent par milliers, pourquoi peut-on parler de pseudo lutte anti-dopage ? L’affaire Froome amène au moins deux éléments.
Il y a bien sûr cette distinction entre produits autorisés sous conditions médicales et interdits. Qu’une partie des coureurs puisse bénéficier de Ventoline est fort heureux mais, lorsque la quasi totalité d’un peloton se révèle être asthmatique, il n’y a pas besoin d’être de l’AMA pour comprendre qu’il s’agit d’une forme de dopage détourné et généralisé. Et bien sûr, la liste est longue. Entre compléments alimentaires, narcotiques et autres, ce sont des centaines de produits qui peuvent être ingérés en toute légalité. Une liste qui s’allonge si on inclut les produits dont il est interdit de dépasser un certain dosage.

L’autre aspect, étroitement lié, est économique. Exclure Christopher Froome à quelques semaines, voire jours, du départ du Tour de France a bien évidemment un coût. Reste à savoir si celui-ci était supérieur, ou non, à celui consistant à laisser le coureur britannique prendre le départ de la grande boucle. Contrat de sponsoring, droits télévisés – et plus particulièrement au Royaume-Uni – publicités... Tout ces éléments ont, de près ou de loin, influé sur les décisions finales des instances mondiales du cyclisme, de l’UCI et d’ASO en particulier. Un point qui ne se limite évidemment pas au cyclisme, et qui est à la source du dopage dans l’ensemble des sports et compétitions de renommée internationale.




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