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Grèce. Évacuation en cours du camp de réfugiés à Idomeni par un impressionnant dispositif policier

À la frontière gréco-macédonienne, le camp d'Idomeni, qui abritait jusqu'alors plusieurs milliers de réfugiés, a commencé à être évacué dès mardi matin. Son démantèlement complet devrait durer une dizaine de jours selon les autorités grecques, décision dictée sous la pression de la communauté européenne. Une procédure sous haute surveillance, encadrée par un déploiement écrasant de policiers pour stopper net tout flux migratoire vers l'Ouest. À croire que lorsqu'il s'agit de familles entières de réfugiés, la répression, elle, n'a visiblement pas de frontière... Paul Carson-Saher

À quelques centaines de mètres de la Macédoine, le camp improvisé d’Idomeni, formé depuis mars dernier, regroupe aujourd’hui pas moins de 8 400 migrants, vivant comme toujours dans des conditions totalement précaires. Son évacuation à commencé ce mardi, dès 4h du matin, à l’aide de nombreux bus spécialement affrétés pour l’occasion, dans un climat jugé « calme », sans heurt et sans protestation selon les autorités et certaines ONG présentes sur place. Sur ces 8 400 migrants, 2 024 ont "accepté" de quitter le camp, avec la promesse d’être ensuite relogés dans d’autres centres d’accueil (en réalité, des tentes et des complexes industriels réhabilités), notamment à Sindo, dans la périphérie de Thessalonique, à quelques centaines de kilomètres du camp.

Une évacuation par la persuasion


Cette évacuation, prévue de longue date, s’est pourtant faite sous très haute surveillance : pas moins de 700 policiers déployés, dont une centaine appartenant aux forces anti-émeutes, accompagnés de 20 véhicules de police et de 2 hélicoptères. En clair, tout un arsenal destiné à préparer une évacuation "par la persuasion", incitant les réfugiés à quitter leurs tentes et monter dans les bus sans montrer le moindre signe de résistance et, surtout, sans avoir la possibilité de s’exprimer, à l’instar des réfugiés dans la jungle calaisienne. De plus, aucun média, à l’exception de la chaîne publique grecque Ert1 et de l’agence de presse nationale ANA, n’a été autorisé à venir sur place pour couvrir les événements, quitte à barrer la route des journalistes ou à fouiller le camp pour retrouver ceux qui avaient pu s’y introduire la nuit.

Pourquoi donc une telle discrétion ? En réalité, ce calme relatif durant l’évacuation n’a pas toujours été observé à Idomeni. Le 11 avril dernier, des tirs de gaz lacrymogènes ont été lancés par les forces de police macédonienne, postées derrière des grilles et du barbelé – qui matérialisait la frontière du pays. Cette première répression avait tout de même conduit à un total de 260 blessés du côté des migrants.


Tirs de gaz lacrymogènes contre des centaines... par ITELE

Des enjeux géopolitiques clairs, à l’image de l’entêtement de l’Europe forteresse


Provenant en majorité d’Irak, de Syrie ou d’Afghanistan, ces réfugiés, espérant fuir des zones de conflits très meurtriers, sont encore aujourd’hui loin d’être les bienvenus en Europe. Le camp d’Idomeni, grande source de tensions entre la Grèce et la Macédoine, paye aujourd’hui le prix fort de ce désaccord inter-étatique, qui néglige totalement – et parfois ouvertement – la valeur élémentaire de ces vies humaines. Suite au verrouillage des frontières de nombreux pays européens situés sur la route des Balkans, les migrants, qu’ils soient hommes, femmes ou enfants, n’ont désormais plus d’autre choix que de se heurter sur le mur des replis nationaux, savamment entretenus par une politique européenne tantôt hypocrite, tantôt franchement xénophobe.

Le cas de la Grèce est d’autant plus complexe car, comme le rappelle Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque « Alèthéia », dans son article La Grèce, le nouveau camp de rétention pour migrants de l’Union européenne (3 mars 2016), le pays se retrouve factuellement écarté de l’espace Schengen, en se retrouvant dans l’obligation de « porter la charge du confinement des migrants sur son sol ». Et avec les nouveaux afflux, de plus en plus massifs, la situation à Idomeni ne manquera pas de s’aggraver d’année en année, transformant la Grèce en un véritable cul-de-sac pour tous les réfugiés.

L’Europe forteresse n’est pas un mythe, il se construit chaque jour et persiste dans sa logique faite de murs, de grillages et de répression purement arbitraire. C’est en ce sens qu’il faut exiger la libre circulation des populations, en France comme partout ailleurs en Europe, au nom de la solidarité avec nos frères et sœurs de classe.




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