Culture et Sport

Théâtre

La pluie, des marionnettes contre le racisme et la xénophobie (Le Lucernaire, Paris)

Publié le 1er novembre 2016

La Compagnie Les lendemain de veille s’empare depuis quinze ans de La Pluie de Daniel Keene et fait vivre la mémoire en la liant à l’actualité. Un hommage aux victimes de toutes forme de racisme et xénophobie.

La pluie, court texte de Daniel Keene (1955- ) est porté à la scène par Alexandre Haslé, aidé par Manon Choserot et une pluie de marionnettes.

Le texte est écrit à la première personne. Une vieille dame seule, Hanna, se ballade tous les jours dans un champ et croise tous les jours une foule de personnes qui doivent monter dans des « trains de marchandises ». Ces personnes doivent se séparer de leurs affaires, elles sont confiées à Hanna. Elle les garde, en espérant un jour pouvoir les rendre. Personne n’est jamais revenu les chercher, et les affaires se sont empilées jusqu’à ce que Hanna ne puisse plus rentrer dans sa maison.

Plusieurs de ces personnes ont pris forme grâce à la création de marionnettes par Alexandre Haslé. Il leur donne un visage, des habits, et prête son corps pour les animer. Lui est habillé en noir, il devient silhouette et ainsi canalise l’attention du public sur les corps qu’il anime. Depuis la salle, nous sentons l’affection de l’artiste envers ses créations. Iels sont complices, ami-es, il y a beaucoup de douceur entre elleux.

Peu de lumière, elle contribue à l’immersion dans le récit de Hanna. Une ambiance à la bougie, intimiste. Les flammes attirent le regard sur des détails qui seraient passés inaperçus.

Plutôt que de remporter les silhouettes en coulisse après les avoir animer, elles restent sur scène dans son espace avec ses accessoires.

A la fin de la pièce, le comédien explique sa démarche. Les camps nazis ont disparus, mais d’autres camps sont en activité. Alexandre Haslé fait le lien logique entre le camps historiques et les camps de rétentions dans lesquels sont parqués les sans-papiers.
Le théâtre est ici une arme de propagande, un outils de résistance, une façon de conscientiser les masses. L’art se doit d’amener la réflexion du public.

Après la pièce, Manon Choserot habillée et masquée en Hanna, offre du vin chaud et le comédien discute avec celleux qui veulent. Il raconte l’histoire de ses marionnettes, les secrets de fabrications, leurs âges. Le public peut les toucher et les enfiler.
Il n’y a plus de quatrième mur entre la scène et la salle, tous et toutes sont invité-es à se rencontrer.

Une pièce a découvrir jusqu’au 26 novembre au Théâtre du Lucernaire.

Lidoci Skineflesh