^

Monde

Démission de Mugabe

Le Zimbabwe troque un dictateur pour un autre

C'est fait, cela faisait des années que les zimbabwéens l'espéraient, Mugabe a quitté le pouvoir. Pourtant les scène de liesse dans les rues seront de courte durée lorsque l'on sait que cela sera Emmerson Mnangagwa qui va prendre le relais pendant au moins les 90 prochains jours.

Enfermé dans sa résidence depuis une semaine, Robert Mugabe ne voulait pas céder le pouvoir faisant traîner l’espoir de voir des soutiens inespérés le sauver. Devant l’inexistence de ces soutiens et le début d’un mouvement populaire, il a donné sa démission. Le pouvoir détenu depuis 37 ans dans ses mains va être officiellement passé dans celles d’Emmerson Mnangagwa, fidèle soutien de Mugabe pendant des décennies et récemment écarté par le clan du dictateur.

En 15 jours, il passe de déchu à élu


Il aura finalement atteint son but. L’ancien vice-président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a été élu président par intérim après la démission ce mardi de Robert Mugabe, a indiqué à l’AFP, Simon Khaya-Moyo, le porte-parole de la Zanu-PF, le parti au pouvoir. « Le vice-président évincé Mnangagwa, que le comité central du parti a adoubé, devrait être celui qui prêtera serment en tant que président pour une période de 90 jours » a-t-il déclaré.

Sa déchéance n’aura duré que quelques jours. Son limogeage a entraîné un coup de force de l’armée, hostile à l’ascension de Grace Mugabe, dans la nuit 14 au 15 novembre. Après sa disgrace, il est resté prudemment loin de la crise, en exil dans un pays inconnu et avait promis de revenir diriger le pays. Il avait appelé son ancien mentor à « tenir compte » des appels à la démission. Dans son communiqué, il avait mis les formes afin de ne pas apparaître comme le cerveau de l’intervention militaire. Comme celui qui aurait tué le père. Pourtant personne ne se fait d’illusion.

Un homme fort du régime de Mugabe


Se hisser à la tête du Zimbabwe est un aboutissement pour ce fidèle serviteur du régime, aux rêves de pouvoir longtemps contrariés. Dès l’indépendance du Zimbabwe en 1980, Robert Mugabe a confié à Emmerson Mnangagwa d’importants postes ministériels (Défense, Finances...). En 2004, il avait déjà été victime une première fois de son ambition. Accusé d’intriguer pour le poste de vice-président, il avait été rétrogradé dans la hiérarchie de la Zanu-PF.

Fils d’un militant anticolonialiste, il rejoint en 1966 les rangs de la guérilla indépendantiste contre le pouvoir d’apartheid de la Rhodésie du Sud. Arrêté, il échappe à la peine capitale et purge dix ans de prison où il rencontra Mugabe. Emmerson Mnangagwa garde de ces années de lutte des liens très étroits avec les militaires du pays comme tous les vétérans.

Celui que l’on surnomme le « crocodile » explique que ses années de guérilla lui ont appris à « détruire et tuer ». Lorsqu’il était le chef de la CIO, organe des renseignements, il dirige en 1983 la brutale répression dans les provinces dissidentes du Matabeleland et des Midlands. Son bilan n’a jamais été confirmé, mais elle aurait fait environ 20.000 morts. Il réprime toute opposition dans le sang.


En 2008, il est chargé des élections auprès du président et dirige les fraudes et les violences qui permettent à Robert Mugabe de conserver le pouvoir malgré sa défaite au premier tour. Takavafira Zhou, analyste politique à l’université d’Etat de Masvingo, décrit Emmerson Mnangagwa comme un « jusqu’au-boutiste par essence ». Il est l’un des hommes les plus riches d’un régime critiqué pour sa corruption, avec des intérêts dans les mines d’or. Son patrimoine est issu de la campagne militaire du Zimbabwe en RDC lorsque Mugabe est allé soutenir le dictateur Laurent Kabila à combattre les rebelles.

L’hypothèse de son retour au pouvoir n’est pas sans inquiéter ceux qui n’ont pas oublié son passé, lui qui a été l’un des cadres du régime et qui a attendu des écartés pour dénoncer Robert et Grace Mugabe en les accusant de se prendre pour des « demi-dieux » et en dénonçant un président « qui pense être en droit de diriger jusqu’à sa mort ». Emmerson Mnangagwa, pendant des mois, a travaillé sur la frustration des membres de la vieille garde, armée et vétérans de la guerre de libération. Dénonçant les agissements de l’entourage de Mugabe qui pour la plupart d’entre eux n’ont pas participé à la lutte de libération, des technocrates trop jeunes, ou trop prudents pour avoir sacrifié leur jeunesse.

Alors, mercredi dernier, les blindés sont apparus dans les rues sans violence. Les soldats sont restés calmes souriants, il n’y a pas eu d’arrestation de masse, seulement dans l’entourage de Mugabe. Il fallait que cela se passe dans la douceur pour que Mnangagwa soit présentable pour devenir le successeur du tyran Mugabe. Et de fait, on a l’impression qu’une page se tourne, mais quelle sera la prochaine ?

Un pays qui attire les convoitises


Les proches de Mnangagwa n’ont cessé de parler de « croissance » , de « protection des investissements étrangers » , de la nécessité « d’arrêter de voir les Blancs comme des ennemis ». Alors que se cache t-il derrière cette « libération » du peuple zimbabwéen par l’armée ? Visiblement des capitaux étrangers, des appétits sans bornes. En effet, le Zimbabwe excite tous les investisseurs, occidentaux comme chinois, qui attendaient la mort du « vieux » pour se jeter sur les ressources du pays, notamment minières.

Cela rappelle la transition lors de l’indépendance. Mugabe n’avait pas laissé les capitaux étrangers fuir, il avait laissé les banques, l’industrie les grandes propriétés aux blancs et ne s’était pas lancé dans la répression. Ce n’est qu’après que le gouvernement à commencé à réprimer l’opposition et à exproprier de force les grands propriétaires. Les plus grandes et productives fermes ont été accaparées par les gens proches du pouvoir comme Mnangagwa au détriment des ouvriers agricoles et des classes populaires zimbabwéennes. Ce dernier qui a organisé la répression et sur le point de diriger le pouvoir et à livrer le pays aux capitaux étrangers.

L’opposition qui connaît bien le crocodile reste très prudente et réclame du bout des lèvres la tenue d’élection. Alors même que le parti d’opposition MDC a eu des centaines de militants tués, des victoires électorales volées et compte de nombreux des prisonniers politiques qui n’ont d’ailleurs pas été libérés depuis le coup de force des militaires, celui ci a utilisé des pincettes pour s’exprimer sur la crise du pays. « C’est notre père de l’indépendance, c’est normal, il a envers et contre tout une aura, une sorte d’autorité résiduelle » , expliquait Douglas Mwonzora, le secrétaire général du MDC, deux heures avant la chute de Mugabe. L’opposition tente de ne pas attirer l’attention du crocodile qui les a tant persécuté sous Mugabe.

Alors que les militaires contrôlaient la ville, le peuple zimbabwéen est descendu dans la rue, couplé à l’isolement total de Mugabe, cela a contribué à sa démission. Pourtant les freedom scandés dans la rue après sa démission ne vont pas durer très longtemps car ce n’est pas un processus révolutionnaire qui est en marche au Zimbabwe mais simplement une passation de pouvoir entre un tyran et un crocodile beaucoup plus fréquentable car homme de l’ombre pour les puissances occidentales et la Chine.




Mots-clés

Zimbabwe   /    Afrique   /    Monde