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Culture et Sport

Quand les fonds spéculatifs s'attaquent au football français

Les Girondins de Bordeaux rachetés par un fonds d’investissement américain

En 2016, le Figaro titrait :« Le foot Francais : Nouvel Eldorado des investisseurs étrangers ». Presque 2 ans après, la tendance se confirme avec la vente du club bordelais à un fonds d'investissement américain. Cette transaction s'est faite par le biais d'un montage financier qui permet au propriétaire du club de pratiquer l'évasion fiscale en étant domicilié au Luxembourg. Nouveau symbole d'un football ultra libéral qui ne compte plus les clubs dirigés par des mastodontes de la finance.

En septembre, on pouvait apercevoir les supporters du club bordelais brandir une banderole où était inscrit « Le FCGB n’est pas un produit financier ». Pourtant, c’est bien sur cette base qu’a été racheté le club par un fonds de pension nommé GACP (General American Capital Partners ). Joseph DaGrosa, le patron de GACP, ne se cache pas, il assume faire un investissement à court terme, « 5 ou 10 ans » d’après ses propos. Le but final étant de réaliser un bénéfice lors de la future revente du club.

Le montant de la transaction devrait dépasser les 150 Millions d’euros, entre le rachat du club (75 M€), et son refinancement (80 M€). Face à de telles sommes, le GACP a sollicité deux gigantesques fonds d’investissements spéculatifs, eux aussi américains ( « Hedge fund » et « King Street Capital Management » ). Par ailleurs, les groupes Vinci et Fayat, ont construit le stade de Bordeaux. Ce dernier, par le naming (mode de sponsoring par le prête-nom) s’appelle « Matmut Atlantique » et Vinci et Fayat l’exploitent via la société SBA.
En bout de chaîne, le montage financier comptabilise huit sociétés pour la simple opération, sans compter le groupe M6 en position de vendeur. L’organisation du montage permet au nouveau propriétaire de déclarer l’activité du club en profitant des règles fiscales luxembourgeoise, donc de pratiquer l’évasion fiscale en toute tranquillité.

Mais ce rachat n’est que l’illustration de l’élargissement général du champ d’action des fonds spéculatifs dans le football et ce n’est sûrement pas le premier cas en ce qui concerne la ligue 1. 
Par exemple, IDG Capital possède 20 % de l’Olympique lyonnais, Elliott Management (qui récemment a racheté le Milan AC) a financé le rachat du LOSC (Lille) par Gérad Lopez et 80 % de l’OGC Nice sont détenus par 4 investisseurs sino-américains.

On constate donc que les clubs qui étaient à l’origine possédés par la bourgeoisie nationale, à l’image de l’OM avec Robert Louis-Dreyfus ou du PSG avec Canal +, basculent petit à petit dans les mains d’investisseurs étrangers, principalement des fonds spéculatifs. Ce changement peut être néfaste pour certains clubs, comme peuvent en témoigner les années sombres (2006-2011) du Paris-Saint-Germain sous le contrôle de Colony Capital, avant que le fonds d’investissement qataris en fasse son nouveau jouet.
En effet les projets sportifs que mettent en place les fonds d’investissement sont avant tout conçus pour réaliser du profit, ce qui rentre souvent en contradiction avec la bonne santé sportive du club (vente hâtive des meilleurs joueurs, manque d’investissement sur la formation, objectifs sportifs revus à la baisse...). Les clubs de football, qui, jusqu’à la fin du siècle dernier étaient gérés comme des entreprises par la bourgeoisie locale, sont maintenant devenus des « actifs financiers à fort potentiel », secteur qui a connu ses déréglementations et qui attirent désormais les fonds d’investissement du monde entier.

Le cas de la France est assez spécifique. Outre-Manche, la « premier league » anglaise détient le record : 75 % des clubs sont possédés par des fonds étrangers quand un club professionnel de foot français sur cinq est détenu par un actionnaire étranger. Mais le football français attire les investisseurs car ses clubs sont moins chers au rachat (en comparaison avec l’Angleterre), son climat économique est beaucoup plus stable que ses voisins européens (Italie, Espagne) et contrairement à l’Allemagne qui interdit la possession de clubs par des investisseurs étrangers, sa législation libérale donne confiance aux investisseurs. Il faut aussi prendre en compte l’augmentation des droits de retransmissions de la ligue 1 à l’étranger pour 2020 (60%) http://www.revolutionpermanente.fr/Foot-Business-Pour-la-premiere-fois-les-droits-TV-de-la-Ligue-1-depassent-le-milliard-d-euros
Ainsi le football professionnel français prend donc, toute proportion gardée, la même voie que le foot anglais et s’engage encore plus dans une démarche ultra-libérale.

Les supporters français, et spécialement les ultras qui subissent déjà la répression de la ligue, ont de quoi s’inquiéter à la vue de ce genre de phénomène. Le bilan anglais est sans appel : des stades désertés par les classes populaires car les places sont trop chères, une déréglementation du marché des transferts, même la formation du vivier national est délaissée au profit de transferts internationaux et les inégalités entre les clubs de l’élite et les autres clubs sont plus que jamais accentuées.

Le football.. « Créé par le pauvre, volé par le riche ».
Banderole supporter de Tunis face au PSG en 2017




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