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Culture et Sport

Le foot business dans toute sa splendeur

Neymar au PSG : gros sous, magouilles financières et relations internationales

C’est le principal feuilleton sportif de l’été. Neymar, la star brésilienne de Barcelone, est en route pour le PSG. Ce transfert record de plus de 222 millions d’euros permet de mettre en lumière les dessous du foot-business.

500 millions d’euros : c’est la somme totale fréquemment évoqué pour le transfert de Neymar au PSG. 222 millions d’euros pour payer la clause libératoire, 100 millions d’euros de prime à la signature et un salaire d’environ 30 millions d’euros (60 millions bruts) pendant 3 ans. Des montants colossaux et des enjeux qui vont bien au-delà du simple aspect sportif. Petit détour par les coulisses du foot-business.

Un montage financier complexe

Pas si simple d’acquérir l’un des joueurs les plus en vues du football mondial même quand on dispose de fonds quasi-illimités comme le PSG. D’abord parce que le « Barça » ne souhaitait pas vendre le joueur mais aussi parce que les règles du « fair-play financier », instaurées en 2011 par l’UEFA pour modérer la croissance du prix des joueurs en cours, qui impose de ne pas dépenser plus que ses recettes.

Pour surmonter ces difficultés, des experts ont élaboré un plan digne des opérations financières les plus complexes. L’option choisie par le club est de faire payer la clause libératoire de 222 millions d’euros (qui ne laisse pas le choix à Barcelone de se séparer du joueur) par Neymar lui-même, à travers l’intermédiaire d’un contrat de prestation de service avec le Qatar pour vendre son droit à l’image. Concrètement, le Brésilien deviendrait un ambassadeur de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar contre une somme colossale de plusieurs centaines de millions d’euros, avec lequel l’attaquant paiera lui-même sa clause libératoire.

Grâce à ce montage, le PSG compte bien faire d’une pierre deux coups. D’une part, contourner les règles du fair-play financier car le club n’assumerait pas la charge du transfert. D’autre part, éviter les impositions fiscales sur ce transfert qui aurait alourdi considérablement la facture. Une opération qui n’est pas tout à fait gagnée pour les propriétaires qataris. La Liga espagnole a annoncé son intention de faire payer le transfert de Neymar au PSG en utilisant tous les moyens à sa disposition. Ce jeudi, celle-ci a tenté, en vain, de refuser le paiement de la clause libératoire de Neymar et dénonce la manœuvre de contournement des règles du fair-play financier. Elle pourrait entamer une procédure auprès de l’UEFA.

Une projection internationale pour le PSG et ses investisseurs qataris

Ce bras de fer entre le championnat espagnol et le PSG, qui risque encore de connaitre de futurs rebondissements, porte sur un terrain bien plus large que le simple transfert de Neymar. Le transfert du joueur brésilien s’inscrit dans la stratégie du club parisien de redéploiement sur la scène internationale du football. Et c’est ce qui explique l’ampleur des sommes engagées, difficilement rentabilisables sur le court terme, et des réactions d’hostilité qu’entrainent la montée de ce nouvel acteur du ballon rond.

En effet, les investisseurs qataris cherchent à faire du PSG un club disposant d’un rayonnement international comme le Real Madrid, Barcelone ou encore Chelsea et Manchester United en Angleterre. Une stature internationale dont ne dispose aucun club français. Jusqu’à présent, les transferts astronomiques se faisaient plutôt au départ de la L1. En ce sens, le transfert de Neymar serait une première et constitue un casus belli pour Barcelone, mais plus généralement pour le football espagnol qui cherche à rester aux avant-postes de la compétition internationale.

A travers le transfert de Neymar, c’est donc une facette des relations internationales et du prestige de la France qui se joue. D’ailleurs, l’annonce de l’arrivée du joueur brésilien a fait réagir jusqu’à Emmanuel Macron en personne qui s’est félicité de la nouvelle. Il aurait ainsi déclaré au président du PSG : « C’est l’attractivité. Oui, c’est une bonne nouvelle ».

Et cette opération financière va bien au-delà de l’échelle de l’Europe, elle constitue une vitrine pour les investisseurs qataris qui en ont fait une affaire d’Etat pour un pays qui connait un isolement croissant sur le terrain géopolitique. En effet, conscient de sa faiblesse militaire, le Qatar avait entrepris à la fin des années 2000 un vaste plan d’investissement, dans l’industrie et, surtout, le sport. Avec l’acquisition de clubs, de football ou autre, l’investissement massif pour développer Bein Sport et l’organisation de nombreux événements sportifs– le Qatar visait l’organisation de pas moins de 50 compétitions internationales sur la période 2013-2030 – le pays entendait se placer sur la carte du monde, renégocier ses liens diplomatiques avec les grandes puissances occidentales et ainsi se prévenir de possibles menaces de la part de ses voisins. Selon Jean-Baptiste Guégan, auteur du livre Géopolitique du sport : « Pour le Qatar, le seul moyen de sortir de la crise régionale qui est la sienne, c’est d’aligner l’argent. 100 millions d’euros pour eux, c’est rien du tout. S’ils doivent mettre 500 millions sur la table pour avoir une médiatisation mondiale et un rayonnement planétaire sur une année entière, ils le feront. »

Et c’est le supporteur qui trinque

Les rumeurs puis l’annonce de ce transfert historique, le plus cher dans l’histoire du football – et de loin - a suscité une excitation et un enthousiasme important dans les rangs des supporteurs parisiens, qui anticipent la conquête d’une nouvelle place du PSG au sein du football mondial, et –pourquoi pas- une victoire prochaine en Ligue des Champions. Mais la montée en puissance des enjeux financiers et des relations internationales dans la sphère du football depuis plusieurs décennies ne s’est pas faite au bénéfice des supporteurs, loin de là. Et les lendemains qui déchantent risque de bien vite arriver.

En effet, le frère jumeau de la croissance du foot-business, c’est aussi celui des magouilles financières et des affaires de corruption qui se multiplient, ainsi que l’exclusion des catégories populaires. Et, à ce petit jeu, le PSG offre un exemple emblématique. Retransmission de plus en plus payante des matchs de football, notamment à travers l’achat des droits télévisés par la chaine qatari BeinSports ; augmentation continue du prix des places mais aussi des produits dérivés ; fichage et exclusion grandissante des fans qui ne rentrent pas dans le moule du consommateur souhaité par les propriétaires du club : c’est bien tout cela qu’a aussi signifié l’arrivée des investisseurs qataris à la tête du club.

Face à la montée du foot-business, les réactions des supporteurs, très peu relayées par les médias dominants, existent déjà un peu partout dans le monde. En Angleterre, en Allemagne ou encore en Italie se sont ainsi succédé ces dernières années des mobilisations contre l’augmentation du prix des places pour voir les matchs, et plus généralement, contre l’accaparement de ce sport populaire par les puissances financières internationales.

Crédit photo : Reuters




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