Culture et Sport

"Un autre monde est possible"

Palme d’or pour Ken Loach. Une croisette en temps de crise capitaliste

Publié le 23 mai 2016

Alors que les raffineries s’arrêtent les unes après les autres, le Festival Cannes semblerait presque s’être déroulé de manière habituelle, longues robes et tapis rouges, ragots et paparazzi. Vraiment ? Le cinéaste Ken Loach, qui a remporté la palme d’or pour son film "Moi, Daniel Blake", en a pourtant décidé autrement avec son discours de remerciements, rallumant les projecteurs sur la misère et les révoltes engendrées par les dernières années de la crise capitaliste en Europe. 

Sarah Macna

Chômage et austérité s’invitent au palmarès

" la Palme, c’est quelque chose d’un peu curieux car il faut se rappeler queles personnages qui ont inspiré ce film sont les pauvres de la cinquième puissance mondiale qu’est l’Angleterre." C’est avec ces mots que Ken Loach a rendu hommage aux personnages de son dernier film, "Moi, Daniel Blake", dans lequel il suit le parcours d’un sexagénaire, jugé inapte à travailler par les médecins mais pas par le Pôle emploi anglais qui lui refuse les allocations.

Cet élément kafkaïen-austeritaire est l’idée de départ du film selon Paul Laverty, scénariste de Ken Loach :« La campagne de dénigrement systématique menée par la presse de droite contre tous les bénéficiaires de l’aide sociale, relayée par plusieurs émissions de télévision haineuses qui se sont engouffrées dans la brèche, a attiré notre attention. Les médias se délectaient de la détresse des gens de manière obscène". Une situation qui n’est pas sans rappeler la "chasse aux fraudeurs" que l’on connaît en France. "On leur dit que s’ils sont pauvres, c’est de leur faute", ajoutait Ken Loach lors de la conférence de presse de présentation du film.
Pour le réalisateur, cette misère sociale a un nom : "la logique austéritaire qui risque de nous mener à la catastrophe", et des coupables : "la petite minorité qui s’enrichit" sur le dos "de millions de personnes dans la misère". Et une solution, un message d’espoir, conclue-t-il en réaffirmant : "Un autre monde est possible, et même nécessaire"."Cannes debout" Suite à son discours de remerciements, certains journaux avides de jeux de mots ont titré "Cannes debout" pour faire référence à la victoire de Ken Loach. Nuit debout serait elle descendue sur la croisette, maintenant qu’on évoque les travailleurs et leurs colères ? Ce serait pourtant oublier les trois intermittents en lutte ayant dormi au commissariat pour avoir déployé une banderole devant le tapis rouge, appelant à "bloquer l’économie". Oublier aussi les chaînes d’info en continu qui, pendant le discours de Ken Loach même, titraient en boucle la même citation de Manuel Valls "Nous allons continuer à évacuer les raffineries" en grève contre la loi Travail. Oublier enfin le "dispositif anti-terroriste renforcé" mis en place par la ville, dont les manifestations ont démontré quels intérêts il sert. Si les médias dominants ont raison de noter que son discours était très politique,il ne s’agit pas pour eux de médiatiser ces sujets que Ken Loach n’a pas abordé.

Point de "Cannes debout", donc. Mais le discours de Ken Loach en appelle cependant à un "Cinéma debout". Un cinéma de protestation, qui met en avant le peuple contre les puissants. Alors que le cinéaste annonce se retirer du métier, espérons que son appel ne reste pas lettre morte, et que "le vent se lève"...

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