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Paraguay

Les manifestants brûlent le Parlement

Le centre d’Assomption, la capitale du Paraguay, l’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine, a été le théâtre de violents affrontements dans la nuit de vendredi à samedi. Les manifestants s’opposent à la réforme constitutionnelle voulue par le président.

C’est à travers une sorte d’alliance contre-nature que le président actuel, Horacio Cartes (droite) et l’ancien président de gauche, Fernando Lugo, ont voulu modifier la Constitution pour permettre la réélection des plus hautes charges de l’Etat ; une modification qui avait déjà été rejetée en 2016.

Au cours de la journée de vendredi, 25 sénateurs membres de la majorité présidentielle du Parti Colorado ainsi que du Frente Guasú (gauche) se sont réunis en l’absence du président de la Chambre Haute et du reste des parlementaires pour retoquer l’article 229. Une fraction dissidente des Colorados ainsi que le Parti Libéral, qui avaient pourtant participé à la destitution du président Lugo, en 2012, ont dénoncé un « coup d’Etat institutionnel » et appelé à la résistance.

Dans la soirée, le Parlement a été investi par des milliers de personnes mobilisées, qui ont incendié une partie du bâtiment, alors que des barricades étaient érigées dans le centre de la capitale. Au cours de violents affrontements, la police a brutalement réprimé les manifestants, procédant à plus de 200 arrestations. Plus de cinquante personnes ont été blessées par des tirs de balles en caoutchouc alors qu’un jeune dirigeant du parti libéral, Rodrigo Quintana, a été abattu au moment où la police faisait irruption dans le siège du Parti où s’étaient réfugiés une partie des cadres et militants de l’opposition.

Face à l’ampleur de la mobilisation et aux protestations des chancelleries occidentales, de l’Organisation des Etats Américains, de l’épiscopat catholique paraguayen et du Vatican, l’Eglise continuant à jouer un rôle central dans le pays, Cartes a destitué le ministre de l’Intérieur et le chef de la police pour faire baisser la pression. Dimanche, il a répondu positivement à l’appel au dialogue lancé par le Pape, tout en accusant les médias et son opposition « d’avoir sciemment orquestré les pillages ».

Les affrontements, dans la capitale, ont cessé au cours de la matinée du samedi. Les opposants ont repris leurs positions sur la Place d’Armes où sont installées des tentes alors que des manifestations et des grèves sont organisées en province contre la réforme constitutionnelle dès lundi pour appuyer la collecte de signatures exigeant la destitution de Cartes.

Lugo, ancien « évêque des pauvres », dont l’élection avait suscité d’immenses espoirs dans le pays, en 2008, n’a pas voté la réforme, vendredi soir, laissant le soin à ses sénateurs d’endosser cette responsabilité. Il a officiellement condamné les violences et appelé au dialogue, sans pour autant dénoncer la tentative de réforme constitutionnelle votée avec le Parti Colorado, héritier direct de la dictature de Stroessner (1954-1989), la plus longue d’Amérique du Sud.

En dépit de ces appels au dialogue, la crise politique se poursuit au Paraguay, suscitant des inquiétudes importantes chez les multinationales productrices de soja transgénique destiné à l’exportation ainsi que Washington, qui y possède sa plus grande ambassade sur le continent ainsi qu’une importante installation militaire liée à la NASA dans le Nord du pays.




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