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Genres et Sexualités

Justice patriarcale

Rassemblement à Bordeaux suite au verdict du procès de "la meute"

Ce 2 mai un rassemblement a eu lieu devant le consulat espagnol de Bordeaux en soutien à une jeune espagnole qui avait été violée lors de la fête de San Fermin en 2016 par 5 hommes.

Un rassemblement d’une bonne centaine de personnes a eu lieu à 18h30 devant le consulat espagnol de Bordeaux organisée par des femmes espagnoles et le soutien du Collectif Bordelais pour le Droit des Femmes pour montrer leur mécontentement par rapport à la décision du tribunal jeudi 26 avril qui a condamné à 9 ans de prison les cinq jeunes (dont un faisant parti de la Guardia Civil) pour abus sexuel et non pour le viol d’une jeune de dix-huit ans en 2016.

Selon les juges et le code pénal espagnol les jeunes de 24 à 27 ans ne pouvaient pas être condamn& pour une agression sexuelle car il n’y a eu ni de « violence » ni « d’intimidation » dans les faits. Selon le tribunal pour qu’il y ait intimidation il faut une "menace ou annonce d’un mal sérieux, futur et probable, si la victime n’accepte pas de participer à une certaine action sexuelle", circonstances qui selon eux n’étaient pas réunies.

Une déclaration a été lue par les organisatrices dans laquelle elles ont dénoncé un énième cas de violence faites aux femmes. Elles ont également dénoncé la justice patriarcale qui se focalise sur la victime en décrédibilisant sa parole et demandé la ratification de viol dans le code pénal. Pour finir le rassemblement des slogans en soutien à la jeune fille ont été chantés.

Cet exemple montre bien le visage d’une justice patriarcale dans une société où le viol est ainsi légitimé par les institutions, les administrations et la justice bourgeoise.

Ci dessous, le communiqué des organisatrices du rassemblement

Notre indignation ne concerne pas seulement ce cas de procès pour viol, mais afin de bien comprendrela gravité des faits que nous dénonçons, nous allons briévement l’expliciter :

En 2016, 5 hommes ont poussé une femme dans l’entrée d’un immeuble afin de la violer chacun à leur tour, tout en filmant la scène. 5 mois après le procès dit de la " la meute", le tribunal a rendu jeudi dernier son verdict : Les juges ont déduit que, devant le manque de résistance de la jeune fille de 18 ans, alors en état de sidération,complétement paralisée, il ne pouvait s’agir d’un crime de viol, mais plutôt d’un abus sexuel.

Il ne s’agit pas ici d’un cas isolé, ni d’un problème local dû à un contexte de fête : il s’agit bien d’un cas deviolences de genre contre les femmes ; violences que nous subissons quotidiennement pour le simple fait d’êtres des femmes et ceci dans le monde entier et sous de mulitples formes. Encore une fois, onessaye d’invisibiliser ces violences ET ceci avec la complicité de la justice. Cette justice qui fait si peur aux
femmes victimes de violences qui, dans la majorité des cas, face à un processus judiciaire long etdouloureux, renoncent à porter plainte ; cette justice patriarcale qui, au lieu d’exiger à l’agresseur de prouver son innocence, se focalise sur la victime, la tranformant en coupable, décrédibilisant etremettant systématiquement sa parole en doute.

Cette justice n’est finalement que le reflet de notre société : une société machiste et patriarcale, qui opprime continuellement les femmes. Une socièté dans laquelle la culture du viol continue d’être légitiméé par nos institutions : les administrations, la police, la justice. Et c’est précisément ce qui nous indigne et ce pourquoi les espagnoles descendent massivment dans la rue : le fait que les juges, devant l’état de sidération de la victime, l’empechant d’opposer une quelconque résistance, aient conclu à un consentement, n’y voyant que de simples relations sexuelles en groupe. N’est-ce pas faire preuve d’une ignorance intolérable des conséquences psychotraumatiques d’une agression ? On nie ici l’état de sidération dans lequel se trouve une femme victime de violences ; Cela suppose que les victimes doivent opposer une résistance active, et ceci au péril de leur vie. Rappelons nous de toutes ces femmes assassinées en ayant tenté de se défendre. Faut-il que l’on me tue pour que le viol soit reconnu ?

C’est pourquoi il est urgent de modifier la définition de viol dans le code pénal espagnol. La solution viendra également, en Espagne, comme en France, par l’éducation et la formation du personnel de nos institutions : former la police à l’accueil et l’accompagnement des victimes qui portent plainte, former les
juges aux conséquences psychotraumatiques des femmes victimes de violences.

C’est ainsi que l’on mettra fin à la culture du viol et au patriarcat. Car n’est coupable de viol que le violeur ! Ce n’est pas un abus sexuel, c’est un viol !

Enfin, nous souhaitons remercier le collectif bordelais pour les droits des femmes qui nous a appuyé logistiquement pour qu’est lieu ce rassemblement.