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Toulouse. Christine Delphy, figure féministe, revient sur son parcours et ses combats

Christine Delphy, théoricienne féministe reconnue et figure fondatrice du Mouvement de Libération des Femmes, était ce vendredi à l'Université du Mirail à Toulouse pour une rencontre autour de ses travaux et de ses engagements.

Christine Delphy est une figure majeure de la deuxième vague féministe des années 1970 en France. Elle fait notamment partie des fondatrices du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) et fut très proche de Simone de Beauvoir. Ce vendredi à Toulouse, devant un amphithéâtre plus que rempli de l’université du Mirail, la philosophe Hourya Bentouhami a interrogé la théoricienne sur son parcours et ses travaux, puis un échange de questions-réponses a eu lieu avec la salle.

Christine Delphy raconte qu’elle est féministe depuis qu’elle est « petite fille », car elle voyait bien la différence entre ses deux parents, qui étaient tous deux pharmaciens : lorsqu’ils rentraient le midi pour déjeuner, sa mère courait à la cuisine tandis que son père lisait le journal dans son fauteuil. À l’âge adulte, convaincue qu’un « mouvement des femmes » est nécessaire, elle rencontre en 1968 le Mouvement Démocratique Féminin et le groupe Féminin Masculin Avenir, dont l’intitulé deviendra sous son impulsion Féminisme Marxisme Action. En 1970, d’autres groupes de femmes s’y joignent et c’est ainsi que naît le Mouvement de Libération des Femmes.

La théoricienne et militante définit sa vision du féminisme : un « féminisme matérialiste ». Elle s’est beaucoup consacrée à l’analyse du travail domestique, notamment des femmes agricultrices. Lors de ses recherches, elle voit que les femmes dans l’agriculture n’ont ni revenu ni reconnaissance, car elles sont censées « aider » leur mari à faire fonctionner l’exploitation. Selon elle, toutes les femmes sont exploitées dans le cadre domestique ; les femmes forment ainsi une « classe » des exploitées, en opposition à la classe des hommes, les exploiteurs. La seule manière de mettre fin à cette exploitation d’une classe par une autre serait de transformer les structures sociales par une lutte collective.

La rencontre avec Christine Delphy a permis à de nombreuses personnes présentes dans l’amphithéâtre de s’exprimer sur leur vision du féminisme, à travers des interventions et des questions. Dans l’ensemble, le débat fut assez révélateur des questions qui traversent le mouvement féministe en France aujourd’hui. Des personnes de l’association CLAR-T ont interpellé la féministe sur ses positions par rapport aux personnes transgenres et ont provoqué un échange assez vif entre la salle et Christine Delphy ; tandis que d’autres l’interpellaient sur la question de la prostitution et ses positions abolitionnistes. Une place très grande fut aussi donnée aux questions de l’antiracisme et notamment autour de la question du port du voile.

Enfin, plusieurs interventions sont revenues sur la nécessaire unité du mouvement féministe. Pour Révolution Permanente, l’unité des luttes féministes, LGBTI, antiracistes, et contre toutes les oppressions, est une question stratégique importante. En effet, en tant que révolutionnaires, nous pensons que la transformation de la société et la fin de l’exploitation ne se fera pas sans les femmes, les personnes LGBTI, les personnes racisées, et tous les opprimés, qui représentent plus de la moitié de l’humanité. Mais nous pensons également que la fin de l’oppression et de l’exploitation ne peut advenir à l’intérieur de la société capitaliste et de ses rapports de production. Ainsi, le mouvement ouvrier, en tant que sujet révolutionnaire et dans toute son hétérogénéité, doit prendre en charge la question des oppressions spécifiques et mener les combats aux côtés des opprimés. Selon nous, c’est ainsi que nous pourrons imposer une transformation radicale des rapports sociaux.




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