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Culture et Sport

Chroniques d’outre-atmosphère

Valérian et la cité des milles planètes : une toile magnifique mais qui peine à s’animer

Impossible d’avoir raté la gigantesque campagne publicitaire pour le space-opera de Luc Besson, Valérian et la cité des mille planètes. Une fois sorti de la salle, constat mitigé pour un film censé lancer une série de science-fiction ambitieuse sur la base d’une série de bande dessinée mondialement connue.

Crédits photos : STX Entertainment

Une atmosphère sixties au XXVIIIe siècle

Si le film peut décevoir sur certains plans, il y a bien une chose qui ne peut lui être reproché : au cours des 2h20 de film, on y découvre un fantastique univers qui décoiffe et qui assouvit (en partie) l’appétit d’inconnu des fans de science-fiction. Peuples, planètes, décors : tout l’univers de Valérian, construit durant près de quarante ans dans la série de bande-dessinée de Christin et Mézières, est simplement magnifique. Au-delà de sa fabuleuse créativité, l’univers dénote parmi les univers traditionnels de SF : contrairement à des classiques comme Star Wars, Alien ou encore Matrix, il déborde de couleurs chatoyantes et de paysages fantastiques auxquels on est peu habitués. Certes, les Gardiens de la Galaxie tentaient déjà cette approche, mais la parenté de cette palette de couleurs et de décors revient plus à la tradition de BD française du genre qui s’est souvent distinguée dans cet exercice, avec notamment les dessins de Jean-Claude Mézières (Valérian et Laureline) et surtout ceux de Moebius (L’Incal). La direction artistique signe, à chaque scène, de véritables chefs d’œuvres d’inventivités, avec une adaptation cinématographique qui réussit à mettre les détails manquants d’une bulle de BD.
De cette atmosphère se dégage un agréable parfum de sixties, que nous rappellent Because, des Beatles, utilisée dans l’une des bandes annonces, ou encore Space Oddity, de David Bowie, qui permet à la scène d’introduction, qui présente la station spatiale Alpha, de la mission Apollo-Soyouz en 1975 à ses développements ultérieurs, de brosser un univers futuriste qui plonge ses racines dans les rues d’Abbey Road et les concerts des années 1960-1970.

Découvrir un univers ou parcourir une intrigue ?

Cependant, la grande réussite de Valérian et la cité des mille planètes est surement aussi l’un de ses échecs : la peinture de ces mille civilisations se fait au détriment d’une intrigue qui peine à prendre et qui semble parfois tomber dans une boucle spatio-temporelle. Si les quarante premières minutes du film sont parfaitement réussies, le basculement de l’intrigue dans une enquête policière qui parcoure toute la station spatiale Alpha marque le début de la fin. En effet, à aucun moment, les enjeux (qui sont présentés comme vitaux pour une civilisation rayée de la carte trente ans auparavant) ne réussissent à passer l’écran et de nombreuses scènes cherchent plus à nous présenter de fantastiques créatures qu’à faire avancer un récit cinématographique. Ainsi, les deux agents spatio-temporels, Laureline et Valérian, passent près d’une heure à se perdre et à se retrouver, se sauvant mutuellement tour à tour de dangers imprévus ; une heure durant laquelle l’intrigue centrale n’avance pas et les 2h20 du film finissent par peser. Au point où, lors de la scène finale, on en serait à presque à ne plus savoir pourquoi les personnages sont là. La présentation d’un monde dont Luc Besson cherche à poser la première pierre d’une série de plusieurs films se fait donc au détriment d’une histoire dont les enjeux nous donneraient envie de voir un Valérian 2. A titre de comparaison, Star Wars, un nouvel espoir, partageait l’essentiel de ses scènes à Tatooine et l’Etoile Noire, laissant au spectateur l’imagination de ce qui pouvait se cacher dans l’immensité de l’espace entourant ces astres.

Valérian et Laureline : laissez vivre les personnages !

La plus grande déception réside peut-être dans le développement des rôles de Valérian et Laureline, les deux agents spatio-temporels au centre de l’intrigue. Si les prestations de Dane DeHaan (Valérian) et de Cara Delevingne (Laureline) sont plutôt intéressantes, tentant de poser les bases d’une relation un peu originale entre des personnages voués à un développement ultérieur, le montage, qui a préféré les scènes d’action et de découverte de l’univers aux scènes développant les personnages empêche le spectateur de se lier jusqu’au bout à ces deux figures atypiques. C’est vraiment dommage, d’autant plus que dans la série originale de Pierre Christin et Jean Claude Mézières, dont les premiers dessins sont sortis dans Pilote en 1967, Valérian et Laureline incarnent une forme de couple qui, dans les années 1960, dénotaient : une héroïne indépendante et forte, qui n’est ni un faire-valoir ni une Bécassine, dans un couple assez moderne avec un Valérian embourbé dans une façon assez machiste de voir les relations avec celle qu’il aime et qu’il est obligé de dépasser. Dans cette adaptation, si Laureline se permet parfois de recadrer (et on l’en remercie !) un petit macho trop sûr de lui, les relations entre les deux personnages semblent sauter des étapes, sans que l’on comprenne vraiment comment Valérian puisse, à un moment donné, demander en mariage sa coéquipière. La place occupée par l’héroïne mériterait que le film se nomme comme la série originale, Valérian et Laureline, et on ne comprend pas comment Valérian a pu s’arroger le titre seul. Finalement, si les deux personnages centraux ne sont pas assez développés, les personnages secondaires empirent ce bilan déjà peu reluisant : entre Alain Chabat en marin punk drogué au champagne, Rihanna en danseuse esclave sexuelle transformiste ou encore Ethan Hawk en proxénète gérant de cabaret, tous semblent être venus pour un beau cachet ou un caméo sympathique dans le dernier Luc Besson.
Conclusion néanmoins : si vous aimez les univers de science-fiction et particulièrement ceux issus de la bande-dessiné franco-belge, il faut aller voir ce film sans attendre !

Valérian et la cité des mille planètes, de Luc Besson, 2017, 2h20




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