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Genres et Sexualités

Témoignage

Violée par son père de ses 9 à ses 15 ans, elle sort du silence et se bat contre la justice

Nous publions ce témoignage très dur, qui est une illustration supplémentaire de la façon dont la justice patriarcale dénigre donc permet les violences sexuelles, comme on l’a vu avec le combat contre la justice de la famille de Sarah, 11 ans, pour faire reconnaître son viol.

L’auteure nous a transmis ce témoignage avec la volonté de « montrer le peu de compassion qu’a la justice face à des histoires de viol sur mineurs, que les procédures sont très longues, et surtout montrer le laxisme de la justice. Aujourd’hui un dealer prend plus qu’un violeur et ça n’est pas normal ». Et en apportant son témoignage, elle « espère amener d’autres victimes qui sont dans [son] cas à faire de même ».

« Je suis sidérée par ce qui m’arrive. Je vais commencer par le début. J’ai été victime de viol par mon père à l’âge de 9 ans et jusqu’à mes 15 ans. A 14 ans n’en pouvant plus j’ai décidé d’en parler à mon professeur de français au collège. J’ai été convoquée par la suite dans le bureau du proviseur et il a fait intervenir la brigade des mineurs qui est venue me chercher et qui m’a fait faire une déposition. Quelques jours après, mes parents ont été convoqués, ce jour-là j’étais au collège, et deux policiers sont venus me chercher avec ma mère, ils m’ont laissé seule avec elle pendant 5 minutes et je me suis effondré en larmes en me jetant dans ses bras. Là, elle m’a repoussée violemment en me disant de retirer ma plainte de suite. Je lui ai répondu que c’était vrai et elle m’a alors regardée méchamment, j’avais compris que c’était foutu pour moi : ma mère n’allait pas me soutenir et mon mal être irait en grandissant. Ensuite les deux policiers ma mère et moi sommes partis en voiture jusqu’à la brigade des mineurs. Arrivée la bas je me suis retrouvée dans un bureau avec une femme qui m a demandé de refaire une déposition et là je lui ai répondu en pleurant que j’avais menti, elle n’a pas trop insisté et on est parties dans un autre bureau, où mon père se trouvait. Elle annonce alors que c’est bon que j’ai retiré ma plainte et un policier me demande de dire pardon à mon père, chose que je refuse de faire. Celui-ci m’a alors traitée de salope et m’a dit que la juge pour enfants allait me convoquer et qu’elle serait sévère avec moi.
Je n’ai jamais été convoquée par cette juge et mon père a continué à abuser de moi...

A l’âge de 23 ans j’ai eu une fille avec mon compagnon de l’époque, avec qui j’ai vécu 11 ans d’enfer. A ses 12 ans, elle m’a avoué que mon père avait abusé d’elle de ses 9 à ses 11 ans. Mon état à cette annonce était indescriptible. Vu mon expérience avec la brigade des mineurs, j’ai mis 2 ans à porter plainte pour ma fille. A la brigade des mineurs je suis tombée sur un policier en or qui m’a écoutée et surtout crue, il a insisté pour que je fasse une déposition moi aussi. Entre temps j’ai appris que la jeune sœur de ma mère avait été agressée sexuellement par mon père à l’âge de 13 ans ; celle-ci m’a soutenue et a témoigné en ma faveur. J’ai aussi appris que mon dossier avait disparu lors de ma plainte en 1991 et que mon père, à l’époque avait bénéficié d’un non lieu de la part du juge pour enfants, alors que moi, elle ne m’a jamais vue ni entendue.

Il y a un mois mon avocate m’a contactée pour m’annoncer que mon viol avait été requalifié en agression sexuelle et que finalement j’allais passer en correctionnelle et non pas aux assises. Comment se fait-il qu’un viol ne soit pas jugé comme un crime ? Cela veut dire que mon père est un voleur et pas un violeur ? J’ai été victime de VIOL, comment la justice peut-elle maquiller ce genre de crime en simple agression ? C’est soi disant, pour que l’attente soit moins longue, c’est vraiment du grand n’importe quoi j’attends d’être reconnue comme victime depuis 28 ans ! Ce procès aura lieu l’année prochaine soit une attente pour ma fille et moi de 5 ans. On veut bien attendre un peu plus et avoir un procès qui soit juste, car je ne pourrai pas supporter une fois de plus que la justice se moque de moi à nouveau. Cet homme est un pédophile il doit être jugé comme tel. Il a détruit ma vie ainsi que celle de ma fille. »