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70ème anniversaire de la victoire contre le nazisme

Le défilé du 9 mai à Moscou. Une démonstration de force de Poutine

Juan Chingo {{}} Cet anniversaire du 8 mai 1945, célébré en Russie le 9 mai, a été particulier par bien des aspects. Les leaders occidentaux ont boycotté le défilé militaire de la Journée de la Victoire à Moscou et les troupes chinoises ont, pour la première fois, défilé sur la Place Rouge. L’URSS et la Chine sont les deux pays qui ont payé le plus lourd tribut en termes de vies humaines au cours de la Seconde Guerre Mondiale, puisque prés de 15% de la population soviétique de l’époque a péri au cours du conflit à la suite de l’Opération Barbarossa, soit plus de vingt-cinq millions de personnes, alors que plus de quinze millions de Chinois ont perdu la vie au cours de l’occupation japonaise. Télécharger en PDF :

mardi 12 mai 2015

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Le président chinois Xi Jinping s’est rendu à Moscou pour le 9 mai à la tête de la plus importante des délégations étrangères, accompagné de nombreux officiers chinois du secteur de la défense, de l’énergie, de l’économie et de la finance. La présence de Xi visait, par ailleurs, à préparer la visite officielle du président russe Vladimir Poutine pour les célébrations de la victoire contre le Japon impérial qui devraient se tenir en septembre, en Chine.

Dans le cadre de la marginalisation de la Russie par les Occidentaux à la suite du conflit en Ukraine, la présence du principal dirigeant chinois aux côtés des officiers du Kremlin en cette journée historique pour les Russes, constitue un signal clair envoyé aux principales puissances impérialistes de même que la participation des militaires chinois au défilé ainsi que la présence de navires de la Marine de l’Armée de libération du peuple aux côté de la flotte russe en Mer Noire.

Un déploiement de forces impressionnant

Le défile de cette année a constitué une véritable vitrine pour l’industrie de l’armement russe avec, en invités de choix, toute une série de nouveaux véhicules de combat. Le défilé a été l’occasion de présenter le tank de nouvelle génération T-14 Armata tout comme le véhicule de transport de troupes Kurganets-25, le système d’artillerie autopropulsé Koalitsya ou encore trois missiles balistiques intercontinentaux Yars. Avec un tel déploiement, le Kremlin envoie un message quant à sa volonté de réformer et de moderniser l’armée russe.

Pour ne prendre qu’un exemple, si l’on en croit les experts militaires, le tank Armata dispose d’une tourelle contrôlée à distance pourvue d’un canon de 125 mm capable de tirer des projectiles conventionnels ou téléguidés, les deux hommes d’équipage étant, eux, protégés par un blindage supérieur à celui de n’importe quel tank actuellement existant. Le système informatique du T-14, sa vitesse ainsi que sa manœuvrabilité en font un tank bien plus performant que l’actuel T-90 dont sont équipées les forces russes, le char Armata pouvant se transformer, par ailleurs, un véhicule de combat totalement robotisé. Il est prévu qu’à l’horizon 2020 l’armée russe dispose de 2300 T14 qui devraient remplacer l’ensemble des modèles actuels qui remontent à l’époque soviétique.

Les forces russes sont donc en train d’effectuer un certain nombre de transformations incluant une actualisation des doctrines militaires, une restructuration profonde de leur personnel ainsi que l’adoption d’une large palette de nouvelles technologies de développement récent. Ces changements sont essentiels pour que l’armée russe continue à tenir son rang et pour renforcer la position de la Russie en Ukraine et contre l’OTAN. Le défile du 9 mai, le plus important de ceux s’étant tenus à Moscou de par le passé, montre l’image d’une Russie qui se veut puissance militaire de premier ordre, disposant d’un équipement innovant, alors que l’ensemble des forces terrestres, navales et aériennes russes se métamorphosent.

Le conflit ukrainien, toujours présent

Les perspectives d’une résolution pacifique de la guerre civile en Ukraine sont toujours aussi éloignées, comme nous le disions déjà par rapport aux Accords de Minsk II qui ont mis un coup de frein relatif à l’escalade militaire. Même si, à l’instar des autres chefs d’Etats impérialistes, Angela Merkel n’a pas assisté au défile militaire, ce n’est en revanche pas un hasard si la Chancelière allemande a tout de même participé au dépôt de gerbe en hommage aux victimes du nazisme.

Merkel est en effet la principale négociatrice entre Kiev et Moscou, de même qu’entre Moscou et les Occidentaux, et sa présence dans la capitale russe le 9 mai indique la continuité du rôle de Berlin en tant qu’intermédiaire dans le conflit ukrainien. Le succès de la médiation, néanmoins, est à discuter. La détérioration du rapport de force, sur le terrain, ces dernières semaines, les provocations continues de Washington et de ses alliés en Ukraine de même que la démonstration de force opérée par la Russie le 9 mai ne laissent augurer que de nouvelles escalades en Ukraine, alors que le niveau de frictions entre grandes puissances continuent à se développer à un niveau jamais vu depuis l’implosion de l’URSS. Pour les peuples d’Europe, les perspectives de guerre, y compris d’une guerre nucléaire, restent malheureusement une possibilité toujours existante.

11/05/15