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Politique

Automobile. Travailler plus pour toucher moins ?

39h payées 37 : vers la généralisation du modèle Smart grâce au référendum d’entreprise

A l'époque, le référendum initié par la direction de Smart n'était pas décisionnel, il avait servi de moyen de pression sur les syndicats. Désormais, dans le cadre des ordonnances dévoilées par le gouvernement, celui deviendra décisionnel, et pourra être lancé à la seule initiative du patron. Nous republions cet article sur le cas emblématique de ces travailleurs qui avaient voté, le couteau sous la gorge, le référendum d'entreprise qui leur était proposé.

Comme à chaque fois, il y a le chantage. Le site de Hambach risquerait de ne plus être compétitif face à celui de Novo Mesto, en Slovénie. La mine grave, Philippe Steyer, le DRH, propose alors avant l’été un « Pacte 2020 ». « En acceptant ce pacte, affirme Steyer, les salariés seront assurés de la pérennité de leur emploi pour au moins cinq ans, quelle que soit l’évolution du marché ». Dans cette usine de 800 salariés, dont une moitié d’ouvriers d’atelier, les dents commencent à grincer. Ce que propose la direction, c’est tout simplement de travailler plus pour gagner moins.

La carotte

La carotte ou, plutôt, le couteau sous la gorge, c’est le « maintien de l’emploi », et même une augmentation mensuelle de 120 euros brut, le versement d’une prime exceptionnelle de 1.000 euros, versée en deux fois sur deux ans, ainsi que l’embauche de cinquante intérimaires en CDI entre octobre 2015 et fin 2017. En contrepartie, la direction ferait passer à 39 heures de travail hebdomadaire par étapes : de 35 à 37 heures à compter du 1er octobre, puis de 37 à 39 heures de 2016 à 2018, avant de revenir à 37 heures l’année suivante. Côté cadres, ces derniers renonceraient à une dizaine de RTT par an.

Pour ce qui est de l’augmentation mensuelle, le secrétaire général de la CFDT métaux sur le site, Didier Getrey, a fait trois calculs : « 120 euros, ça fait du 5,19 euros net de l’heure. Si les heures étaient payées en heures supplémentaires, chaque salarié toucherait par mois 260 euros de plus ». Côté intérimaires, Philippe Simard, délégué central CGT assure que « trente-six auraient de toute façon étaient embauchés pour remplacer des départs à la retraite ».

Tendre le bâton pour se faire battre

Le plus problématique, dans ce cadre là, c’est qu’alors que seule la CGE-CGC était favorable d’entrée de jeu à l’accord, la CGT et la CFTC, pourtant opposés, ont proposé à la filiale de Daimler l’organisation d’une consultation, qui n’a aucune valeur légale, pour connaître le point de vue des salariés. C’est donc forte de ce « soutien » des syndicats oppositionnels que la direction a formulé la question, lapidaire sur laquelle on votait vendredi : « êtes-vous pour le retour aux 39heures hebdomadaires, payées 37heures, entre 2016 et 2019, en échange du maintien de votre emploi jusqu’en 2020 ? »

Renoncer à ce qui a fait la tradition du mouvement ouvrier, avec des AG souveraines, opter pour l’atomisation de l’isoloir et le bulletin secret, sous la menace du licenciement, mélanger les voix du collège ouvrier avec celui des cadres, voilà qui en dit long sur une stratégie perdante dès le début, contribuant à légitimer le discours « démocratique » et « de dialogue » de la direction. Seule la CFDT, pourtant favorable, au niveau national, au rapport Combrexelles, n’a pas marché dans la combine de la consultation.

Rien n’est perdu

Le résultat du référendum pour les trois équipes est tombé peu après 18h, vendredi : le oui a été majoritaire à 74% chez les 385 cadres consultés, mais n’a rassemblé que 39% des suffrages chez les 367 ouvriers votants. Les syndicats comme les ouvriers auraient-ils étaient désavoués ? Certains dirigeants syndicaux, surement. Mais pas les travailleurs qui ont su refuser le chantage, malgré la pression.

La prochaine étape, décisive, cette fois-ci, après cette « victoire symbolique » engrangée par la direction de Smart Hambach, c’est mercredi. Les véritables « discussions » commenceront alors et Smart aura besoin du soutien de une ou plusieurs organisations représentant plus de 30% des voix aux dernières élections professionnelles pour faire passer l’accord, même s’il peut être bloqué par des organisations syndicales représentant au moins 51%. La CFDT et la CGT détiennent à elles deux plus de 50% des voix.

C’est maintenant avec les méthodes du mouvement ouvrier, en lien, y compris, avec ces cadres qui ne veulent pas voir leurs conditions de travail dégradées, que les salariés de production de Smart Hambach doivent se mettre en ordre de bataille pour faire entendre leur voix. En 2004, à Bosch-Vénissieux, un site fabriquant des composants photovoltaïque, les salariés avaient accepté de travailler une heure de plus par semaine et de perdre six jours de RTT sans contrepartie salariale pour sauver leur emploi. C’est leur travail qu’ils ont fini par perdre, puisque l’entreprise a fermé ses portes en 2009. Une leçon à méditer et qui donne un poids encore plus particulier à ce qui se joue à Smart Hambach en ce moment.




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