Politique

5 pièges à éviter après les attaques du 13 novembre

Publié le 15 novembre 2015

Comité de rédaction

L’horreur des attaques meurtrières de ce vendredi, plus d’une centaine de morts et de nombreux blessés graves choisis au hasard, a créé une juste émotion chez les travailleurs et les classes populaires, ainsi qu’un fort élan de solidarité pour les victimes et leurs proches. Cependant, une fois de plus, le pouvoir cherche à instrumentaliser cette émotion au service d’une offensive réactionnaire et guerrière qui non seulement est inutile pour éviter de nouvelles attaques, mais se dresse de surcroît contre notre classe dans la « guerre sociale » que nous mènent le patronat et le gouvernement. 5 pièges à éviter dans ce contexte.

1. L’offensive sécuritaire-liberticide

Dès la nuit des attaques le gouvernement Hollande-Valls a décrété l’état d’urgence, activant ce dispositif dans le cadre de la loi votée lors de la révolte des banlieues en 2005 et qui n’avait pas été utilisé depuis, l’étendant à l’ensemble du territoire, ce qui cette fois ne s’était pas produit depuis la guerre d’Algérie.
Interdiction de manifester, contrôles des frontières, déploiement sans précédents des forces de police et de l’armée, perquisitions, assignation à résidence de personnes « suspectes », interdictions de réunions… Un sacré paquet de mesures liberticides est prévu, un Patriot Act à la française. Hollande a d’autre part déclaré le dimanche 15 au soir, selon des sources parlementaires, souhaiter étendre ce dispositif pendant trois mois.
Ce n’est pas en créant un climat de panique généralisée et en restreignant les libertés démocratiques de la population que des nouvelles attaques pourront être évitées. Ce que cherchent à faire le gouvernement et l’Etat, c’est instrumentaliser le terrible évènement pour compenser leurs faiblesses sur le plan politique et social et faire taire la contestation, le tout au nom de l’union sacrée.

2. La « trêve sociale » à sens unique

Le moment est bienvenu pour des appels à une sorte de « trêve sociale » après ce qui s’est passé autour d’Air France, alors que la colère ouvrière longuement retenue commençait à refaire surface et commençait à trouver un point de cristallisation. D’autant plus que dans ce contexte d’autres mouvements menaçaient de rebondir, comme celui des hospitaliers parisiens de l’AP-HP, ou même de démarrer. Ainsi, personnels aériens, hospitaliers, enseignants, agents des Finances Publiques ont vu leurs manifestations annulées suite aux attentats et au décret de l’état d’urgence.
Or, aux dernières nouvelles ni les licenciements à Air France, ni le Plan Hirsch, ni les réformes dans l’éducation nationale et aux finances, et encore moins les attaques qui se préparent contre la durée légale du travail, ne sont quant à-eux annulés ou même suspendus. Pas de raison donc pour que la riposte nécessaire le soit.

3. Le racisme et la xénophobie

On pouvait s’y attendre, les amalgames n’ont pas tardé à pleuvoir. Des assimilations explicites entre la population d’origine arabo-musulmane et le terrorisme islamique prononcées par de hauts responsables politiques, aux premières agressions comme celle qui a eu lieu à Potevy en Bretagne, il n’y a eu qu’un pas. La vieille machine du bouc émissaire, de l’ennemi intérieur, est bel et bien en marche, avec son lot de stigmatisation et de division.
Or, l’ennemi n’est pas dans le travailleur d’à côté, ni dans le jeune de banlieue, il est assis confortablement aux postes de commande de cette société qui n’engendre que guerre et barbarie : chez cette poignée de puissants qui ont exporté la misère et la guerre partout dans le monde et qui nous mènent une guerre sociale en interne à nous tous, sans distinction de couleur ou d’origine ; chez ceux qui ont volé la perspective de nos jeunes et les ont marginalisés, offrant ainsi un boulevard pour le recrutement de « martyrs » par les intégristes religieux. Contre eux, nous devons être unis et ne tolérer donc aucun amalgame, aucun acte raciste.

4. Le repli national

Alors même que la « crise migratoire » avait entraîné partout en Europe des contrôles voire des fermetures de frontières, remettant en cause ouvertement les accords de Schengen, et que le gouvernement français avait déjà annoncé la fermeture des frontières avant et pendant la tenue de la COP 21, les attaques fournissent là aussi un bon prétexte. Les ténors de l’extrême droite et des discours xénophobes lèvent déjà leurs voix pour que la fermeture des frontières devienne définitive.
Ce n’est pas en renforçant les frontières et en limitant la circulation de personnes qu’on empêchera de nouveaux attentats. D’une part car les réseaux terroristes comptent sur de nombreux relais en France, disposant de la nationalité française, d’autre part car les réfugiés qui arrivent massivement en France, loin de faire de faire partie de ces réseaux, fuient les actes de ceux-ci dans le contexte d’une guerre où l’Etat français à une grosse part de responsabilité.

5. La poursuite de la guerre dans laquelle on nous a entraînés

Depuis une quinzaine d’années, l’Etat français a multiplié sa participation à des interventions impérialistes au Proche Orient et en Afrique. L’arrivée d’Hollande et du Parti Socialiste au gouvernement n’a fait qu’empirer les choses, avec une moyenne d’une nouvelle intervention tous les ans. La France est ainsi devenue, aux côtés des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, le pays le plus impliqué dans des conflits et occupations militaires dans cette région. C’est ce qui explique que la France ait pu devenir la cible privilégiée d’une organisation comme Daesh.

Et la réponse prônée par ceux-là mêmes qui nous ont entraînés dans cette situation, dont nous payons les frais avec la vie de gens innocents, continue dans le même sens, celui d’une intensification des bombardements en Syrie et/ou en Iraq. Or c’est tout le contraire qu’il faut imposer : le retrait immédiat des troupes françaises de l’ensemble du Proche Orient et du continent africain, seule réponse de fond aux réelles causes du développement de Daesh et des attaques du 13 novembre.

Ces 5 pièges à éviter résument en quelque sorte les tâches qui sont celles des organisations du mouvement ouvrier, si on ne veut pas que ce soient les travailleurs qui paient la facture des actes terribles qui viennent de se produire, sous le prétexte de « l’union nationale » et des « valeurs républicaines ». Se rassembler autour de ces tâches – la défense des libertés démocratiques et la levée de l’état d’urgence, contre la xénophobie, pour le retrait des troupes françaises d’Afrique et du Proche Orient et pour l’ouverture des frontières – serait un bon début pour empêcher toute récupération de ce drame et de l’émotion qu’il a suscitée, et l’escalade réactionnaire qui se prépare.