Notre classe

« Ouvriers chez PSA » sur France Inter

A écouter. La dure réalité de la vie à l’usine passe sur les ondes

Publié le 28 septembre 2016

Alors que l’annonce de la fermeture prochaine de l’usine Alstom à Belfort ravive les débats sur les effets désastreux de la politique du gouvernement pour l’emploi, l’émission Les pieds sur terre de France Inter a choisi de suivre des ouvriers et ouvrières de PSA Poissy, dans l’une des branches les plus affectées par les suppressions d’emplois et les plans de compétitivité.

Camille Münzer

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PSA a supprimé 17 000 emplois en trois ans. Pourtant, l’entreprise a annoncé des bénéfices exceptionnels en 2015. L’usine PSA de Poissy emploie aujourd’hui plus de 5000 ouvriers et fabrique les C3 et les DS3, ainsi qu’une partie des Peugeot 508. Le reportage de Les pieds sur terre laisse voir, à partir de portraits de ces ouvriers, les conséquences de la crise dans l’automobile.

Les ouvriers ont en tout et pour tout 13 minutes de pause, la vitesse des cadences interdisant de vrais moment de sociabilité et de solidarité. 13 courtes minutes pour fêter avec les collègues la fin du Ramadan.13 minutes pendant lesquelles il est impossible d’installer tout, de manger et de boire. Il faut prendre l’habitude de choisir entre manger quelque chose, boire un café ou fumer une cigarette ; les trois à la fois, ce n’est pas possible.

A l’usine tout temps est compté, à la seconde près. Chaque instant doit être consacré à produire. Chaque temps mort où un ouvrier cherche une pièce, se déplace, se tourne est un temps inutile pour le patron. C’est donc son intérêt de supprimer tous les temps morts ; c’est ce qu’on appelle dans la langue lisse des managers des « gains des productivité ». Patrick, ouvrier au montage raconte comment l’installation de visseuses électriques a rendu le vissage des pièces plus agréable et facile, mais a surtout permis de visser plus de pièces en moins de temps. Conséquence, on accélère la chaîne. Encore de précieuses minutes gagnées pour le patron et ses profits.


Pour produire plus, plus vite et avec moins de moyens, il faut tout un système social à l’intérieur de l’usine. Pour mettre les ouvriers au travail, Ghislaine explique qu’il faut un encadrement qui impose la discipline, une discipline où il « n’y a pas de respect de l’individu ». Elle aussi revient sur la peur des ouvriers lorsqu’il s’agit de s’opposer à l’encadrement qui pour un « oui » ou pour un « non » peut mettre à pied un salarié. Pour produire quoi, en fait ? Des voitures d’une très mauvaise qualité, dit-elle.

Surtout, ce qui revient dans les paroles des ouvriers c’est l’aberration d’une organisation de la production, où des moyens techniques et humains immenses sont mis en oeuvre pour produire du profit pour PSA, au détriment de la santé de milliers de personnes. Comme le dit Ghislaine, « les gens ont beaucoup de mérite à venir travailler dans cette usine, ou alors il faut vraiment n’avoir rien d’autre pour se dire ‘j’accepte tout’… »