Politique

Ni union nationale, ni trêve sociale

A propos du double meurtre de policiers à Magnanville

Publié le 14 juin 2016

A 48h du massacre du bar LGBT d’Orlando, Daech revendique le double meurtre d’un couple de policiers, survenu à leur domicile, à Magnanville, dans les Yvelines, dans la nuit de lundi à mardi. La grosse caisse médiatique bat son plein : appels à l’unité nationale, islamophobie plus ou moins rampante et invisibilisation du mouvement historique, qui se poursuit, contre la Loi Travail.

Comité de Rédaction

Le scénario du double homicide d’hier, dans le quartier pavillonnaire de Magnanville, commence à se préciser. Un commissaire de police des Mureaux puis sa femme, secrétaire au commissariat de Mantes-la-Jolie, ont été tués à l’arme blanche, devant leur petit garçon de trois ans, avant que le Raid ne donne l’assaut à la maison où était retranché le meurtrier, Larossi Abballa, 25 ans, originaire des Mureaux et résidant à Mantes.

Tout en postant sur réseaux sociaux des images du double homicide et en se mettant en scène, avec en arrière-plan l’enfant, séquestré et menacé de mort, Abballa faisait allégeance en direct à Daech. L’agence de l’Etat Islamique, Amaq, a par ailleurs endossé la responsabilité du double assassinat.

Les réactions (et les instrumentalisations) ne se sont pas fait attendre. Pour Nicolas Sarkozy, c’est « la République qui est visée et la nation entière qui est prise pour cible ». Côté gouvernement, Manuel Valls a donné la consigne : « solidarité de toute la nation aux policiers ». Pour Marine Le Pen, « la lutte implacable contre l’islamisme doit enfin commencer ».

Mais la « lutte contre l’islamisme » a bel et bien commencé. Elle a été initiée, très officiellement, en 2001 et la première intervention impérialiste contre l’Afghanistan. Depuis, le djihadisme réactionnaire en est sorti renforcé, au fil des échecs, des crimes de guerre, des dommages collatéraux contre les civils et des appuis aux dictatures et aux régimes sanguinaires, du Pakistan à la Lybie. Le dernier avatar d’un djihadisme financé, à l’origine, à la fin des années 1970, par ces mêmes occidentaux et par le Pentagone, est particulièrement monstrueux : Daech.

Qui est Larossi Abballa ?

Le profil du meurtrier n’est que trop semblable à tous les jeunes djihadistes qui ont frappé, en Europe, au nom d’une idéologie réactionnaire alimentée par l’interventionnisme impérialiste au Proche et Moyen-Orient. Issu d’une des banlieues les plus pauvres de France, petit délinquant, condamné une première fois en 2001 pour des faits de droit commun, Abballa, âgé de 25 ans, avait déjà passé deux ans et demi derrière les barreaux dans le cadre d’une condamnation pour complicité dans la mise en place d’une filière djihadiste en direction du Pakistan. Islamisation de la marginalité et de la radicalité, la prison n’a pu que le conforter dans sa trajectoire idéologique.

Sur son compte Facebook, alors qu’il était retranché dans le pavillon de Magnaville, Abballa appelait au meurtre de policiers, de gardiens de prisons, de journalistes et de certains rappeurs. Qu’il ait été réellement piloté ou simplement instrumentalisé par Daech, Abballa comme les autres djihadistes qui ont opéré à Paris ou Bruxelles ne sont qu’une pièce supplémentaire de la guerre asymétrique réactionnaire que mène l’Etat Islamique dans le cadre d’une guerre tout aussi barbare menée, depuis plus d’un an et demi, déjà, par les impérialisme et leurs alliés en Iraq et en Syrie.

Creuser un fossé, approfondir les clivages, alimenter les guerres

Par ses attentats, le djihadisme labellisé Daech alimente et creuse un peu plus les clivages dessinés par le système capitaliste lui-même entre les exploité-e-s et les opprimé-e-s, au Proche et au Moyen-Orient avant tout, mais aujourd’hui, également, en Occident. L’occasion est trop belle pour ne pas instrumentaliser le double assassinat, jouer sur la corde sensible de l’opinion, faire passer au second plan le conflit majeur, en cours, sur la Loi Travail, et désigner un « ennemi intérieur » pour lequel les « spécialistes » des BFM et autres chaines d’info en continu réclament une « criminalisation de l’intention terroriste », la « création de camps » ou le renforcement de « l’intervention occidentale en Syrie, en Iraq et en Lybie », à savoir radicaliser la guerre externe et interne, sur fond d’état d’urgence permanent, que mène la bourgeoisie et qui est à la source des problèmes.

Les salariés, les jeunes et les militants, qui entrent dans leur quatrième mois de mobilisation, ont été qualifiés de « terroristes » par le patron du Medef, Pierre Gattaz. Aujourd’hui, Valls et Hollande en appellent à l’unité nationale autour des forces de répression à la suite de l’assassinat des deux policiers et exigent, plus que jamais, « Euro et impératif de la sécurité » obligent, à la fin du mouvement contre la Loi Travail.

Ni unité nationale, ni trêve sociale

Autant nous sommes solidaires de la communauté LGBT étastunienne victime d’un massacre à Orlando, et victime, au quotidien, d’une LGBTphobie diffuse et institutionnelle, autant nous soulignons que les actions djihadistes -à commencer par le double homicide de Magnanville- ne font qu’alimenter l’interventionnisme impérialiste, autant le mouvement ouvrier et la jeunesse, dans son ensemble, devrait refuser toute logique d’unité nationale et de trêve sociale avec ceux qui veulent nous imposer le pire recul des trente-cinq dernières années et qui s’apprêtent à renforcer les mesures liberticides, le racisme et l’islamophobie d’Etat au nom de la lutte contre le terrorisme.

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