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Genres et Sexualités

#MeToo dans les médias

Agression sexuelle dans les coulisses de la chaîne LCP : un journaliste suspendu

Frédéric Haziza, journaliste et présentateur sur LCP, est accusé d'agression sexuelle sur une autre journaliste, Astrid De Villaines. Son activité sur la chaîne a été suspendue et une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris après la plainte déposée dimanche.

Les faits se sont déroulés il y a trois ans dans la rédaction de LCP. Frédéric Haziza aurait agressé sexuellement Astrid de Villaines, une autre journaliste de la chaîne. Des extraits de sa plainte se sont retrouvés sur le site BuzzFeed, dénonçant une attitude problématique de la part du présentateur. En effet, selon les éléments de la plainte diffusés par le site, Frédéric Haziza aurait bloqué le passage d’Astrid de Villaines et lui aurait « pincé la fesse gauche ». De plus, depuis l’arrivée de cette dernière en 2011, le présentateur aurait eu des allusions et des gestes déplacés envers elle. Ce comportement machiste et déplacé a choqué la présentatrice qui n’a pas su trouver les mots pour en parler. Lorsqu’elle a commencé a dévoiler cette agression, elle a été sollicitée pour porter plainte, ce qu’elle n’a pas fait dans un premier temps. Mais le dévoilement récent d’affaires d’agression sexuelle, dans les suites des révélations sur l’affaire Weinstein, l’ont poussé à libérer sa parole. Ce dimanche, elle a porté plainte.

L’affaire va être traitée par le parquet de Paris suite à la plainte déposée, et va aussi faire l’objet d’une enquête interne à LCP. Pour l’instant, Frédéric Haziza a été suspendu et ne pourra plus être présent dans les émissions pour un temps indéterminé.

Fait en réalité surprenant dans cette affaire, le présentateur avait reçu des avertissements à la suite de ce geste de novembre 2014. Il a réagi à la plainte en twittant : « L’avertissement qui m’a été signifié il y a 3 ans, le 20 novembre 2014, m’a fait prendre conscience de l’ambiguïté de certains gestes. J’ai alors compris que j’avais pu involontairement blesser ma collègue. Je réitère mes excuses, n’ayant jamais eu l’intention d’outrager quiconque ». On comprend ici que le caractère sexiste de cet acte avait déjà été perçu mais n’avait fait l’objet que d’un simple « avertissement » de la direction, une sanction qui, par la suite, s’est donc avérée peu utile pour faire cesser les comportements déplacés du présentateur.

Pas moins que la politique, le cinéma et le monde du travail dans sa globalité, l’univers des médias n’est épargné par les cas d’agression sexuelle et par un climat de sexisme au quotidien que subissent les femmes. Cette nouvelle affaire révèle un peu plus le caractère systémique des violences de genre et du système patriarcal qui les couvre. Mais ce qui se dévoile par la voix d’actrices de renommée internationale, et ici par la voix d’une journaliste disposant d’une certaine aura médiatique, reste encore le plus souvent tu pour la majorité des femmes qui subissent ces formes d’agression et de harcèlement au quotidien, sur leur lieu de travail, dans les espaces publics et les espaces privés, en particulier si elles sont dans une situation de précarité et risquent de perdre leur emploi à la suite d’une dénonciation. Là aussi, dans les cas de violences faites aux femmes, la justice a deux visages, selon que l’on est une présentatrice télé pouvant disposer d’un soutien médiatique, ou une Nafissatou Diallo, femme de chambre, vis-à-vis de laquelle la justice américaine tout comme l’univers médiatique a eu peu d’égard.

Combattre le sexisme pour toutes les femmes, c’est également combattre les conditions de précarité et d’exploitation qui les empêchent de dénoncer les agressions et qui les renforcent. La lutte contre l’exploitation économique est ainsi indissociable de la lutte contre les oppressions spécifiques (de genre, racistes, liées au handicap) qui en découlent. Face à cette société et cet État de classe, sexiste et raciste, nous devons œuvrer à la convergence des luttes et à leurs articulations.




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