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Allemagne. Appel à la grève dans le plus grand centre d’Amazon

Sur le site de Bad Hersfeld, les salariés d'Amazon ont décidé d'une grève pour exiger de meilleures conditions de travail et une hausse des salaires.

En pleine période des fêtes, au moment où l’activité du site augmente exponentiellement, les salariés comptent ralentir l’activité pour démontrer à la multinationale américaine, véritable monstre de l’exploitation, que sans leur travail, les vertigineux chiffres d’affaires de l’entreprise n’existeraient pas : 43,7 milliards de dollars en 2017.

Le syndicat Ver.di, principal syndicat des services en Allemagne, appelle donc à la grève durant quatre jours cette semaine, de mercredi à samedi, pour porter les revendications des salariés. Le droit de grève est très rigoureusement encadré en Allemagne et pour nuire un peu plus au mouvement, l’entreprise a déjà informé que des intérimaires seraient recrutés, de sorte qu’Amazon pourra maintenir son haut taux d’activité au cours de la période des fêtes, notamment pour les commandes et retours de commandes.

En réalité, chaque année, à la période dite Q4 pour « quatrième trimestre » qui représente 70 % du chiffre d’affaires, une foule d’intérimaires est employée sur le site, venus par cars de plusieurs pays d’Europe : des chômeurs espagnols, grecs, polonais, ukrainiens et portugais, qui sont logés sur le site dans des conditions misérables et qui sont affectés aux équipes de nuit, afin de conserver la logique de flux tendu de l’entreprise.

En effet, le but de l’entreprise est de réduire à vingt minutes le délai entre la validation de commande du client et son expédition, ce qui contraint les salariés à être sans cesse en train de courir entre les immenses rayonnages de l’entrepôt. On se souvient des images des employés de LIDL qu’ont filmées les journalistes de Cash Investigation : le prototype de ce management, c’est chez Amazon qu’on le trouve : une salariée témoignait en 2013, sur le site de Francfort, avoir découvert, à un étage sans ouverture ni fenêtre, une salariée sur le sol en train de vomir à cause de la chaleur qui dépassait les 40° sur le site. En France, à Montélimar, le froid a contraint les salariés à travailler avec des doudounes et des gants durant l’hiver 2011, parce que le site ne voulait pas mettre le chauffage. C’est grâce à une grève qu’ils ont obtenu l’allumage du chauffage.

Difficile de relever la tête dans de telles conditions d’exploitation. Pourtant, les exemples montrent qu’il est possible de faire plier le géant par la grève, en touchant directement Amazon là où ça fait mal : le porte-monnaie. Et c’est cette voix qu’empruntent les travailleurs du site de Bad Hersfeld, pour des conditions de travail décentes.

Crédits photo : AFP/Uwe Zucchi




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