Politique

Fermeture du site : « Il fallait laisser passer les élections régionales… »

Alstom-Belfort. Scandale d’État : quand Hollande joue au pompier pyromane !

Publié le 12 septembre 2016

La fermeture du site d’Alstom Belfort a fait l’effet d’une bombe. En moins de 48h, l’ensemble de la classe politique, l’exécutif en tête, y est allé de son commentaire politique. Du caractère « brutal » de l’annonce de Ségolène Royal à la « méthode inacceptable » que condamne Valls, les déclarations de pure forme s’enchaînent et se ressemblent. C’est désormais au chef de l’État de monter sur son fidèle destrier. À moins de 8 mois des présidentielles, et dans la continuité de son discours offensif d’entrée en campagne, il s’agit désormais pour Hollande d’instrumentaliser cette fermeture, pour apparaître comme le « sauveur » du site de Belfort. Et pourtant, comme l’affirme le JDD, « l’État savait, selon le constructeur ». Un scandale d’État ?

Damien Bernard

Hollande n’en est pas à une contradiction près. Après avoir imposé sa loi Travail pour faciliter les licenciements et généraliser la précarité pour tous, « sauver » les trains de Belfort pour préserver ses très maigres chances de l’emporter aux primaires à gauche, telle est la nouvelle « bataille » de François Hollande. Ainsi, le chef de l’État a convoqué, lundi 12 septembre, une réunion de « crise » à l’issue de laquelle le gouvernement s’est fixé comme « objectif » le maintien de l’activité ferroviaire d’Alstom en Franche-Comté. L’usine d’Alstom à Belfort restera un site de production « dans les mêmes proportions qu’aujourd’hui », indiquait Alain Vidalies, secrétaire d’État auprès de la ministre de l’Environnement. Ce que l’on ne dit pas, c’est que l’État était non seulement au courant, une évidence d’autant qu’il est l’actionnaire principal d’Alstom, mais il a, par sa politique même, été l’un des moteurs de la fermeture du site de Belfort, en n’assurant pas des commandes presque promises à Alstom.

« Bercy nous avait donné des assurances très fortes depuis six mois que le contrat Akiem de 44 locomotives serait pour Belfort. Finalement, SNCF et Deutsche Bahn, c’est leur droit, ont choisi l’allemand Vossloh », affirme-t-on chez Alstom. L’ancien ministre de l’Économie expliquait même que : « l’État ne saurait garantir les commandes d’une entreprise détenue à 50% par un actionnaire étranger », parlant d’Alstom. En somme, la décision finale de l’appel d’offre devait revenir aux deux clients tout à faits « normaux ». Ce qui est vrai pour Deutsche Bahn, la concurrente allemande, mais loin d’être le cas pour la SNCF, propriété de l’État français. Dans le même registre, on pourrait aussi rappeler la commande « oubliée » – 30 trains Intercités livrables en 2018 – annoncée par le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, le 19 février dernier « dans le cadre du marché existant entre SNCF Mobilités et Alstom ». Là encore, le gouvernement et la SNCF, sous sa coupe, ont marché main dans la main, guidés par les objectifs de libéralisation du secteur du transport à l’échelle européenne, pour que s’aggrave le « manque de commande », bien relatif, d’Alstom-Transport à l’intérieur du marché français.

Les déclarations de François Hollande ce lundi, lors de la visite d’un organisme de formation dans les Yvelines, prennent alors un tout autre sens. « Nous devons nous mobiliser pour qu’il y ait plus de commandes », avait affirmé le chef de l’État. On comprend désormais le sens très électoral de cette énième opération de « sauvegarde » d’Alstom-Transport, alors que dans le même temps, on n’entend guerre le massacre de l’emploi opéré par General Electric, qui se joue actuellement, dans l’ex-Alstom Energie. Mais cela ne veut pas pour autant dire que le gouvernement n’a pas été pris à contrepied, selon le JDD. « Lundi soir, l’administrateur de l’État, Pascal Faure, a été informé par la direction du groupe. ‘Il va y avoir des annonces, mais ce ne sera pas rendu public tout de suite’, transmet-il à sa tutelle. L’exécutif pensait donc avoir du temps. » Alstom en rajoute et explique n’avoir rien caché du calendrier depuis longtemps : « Le plan a même été évoqué avec Bercy il y a plus d’un an mais il fallait laisser passer les élections régionales… » Une évidence, lorsque l’on sait que l’État a deux représentants au conseil d’Administration d’Alstom, et en est l’actionnaire principal, bien que non majoritaire. Pour Alstom, ce pourrait être une façon délibérée de mettre les pieds dans le plat pour faire pression sur l’État quant à de futurs appels d’offre, notamment le RER Nouvelle Génération destinées aux lignes D et E du réseau francilien. Le montant de la commande pourrait grimper jusqu’à 3 milliards d’euros.

Un gouvernement pris de vitesse par l’annonce d’Alstom ? Peut-être. Mais quoi qu’il en soit, après avoir décalé l’annonce de la fermeture du site après les « élections régionales », l’exécutif était bien averti d’une fermeture mais plutôt courant 2017. Même si pris de vitesse par le calendrier d’Alstom, le gouvernement a dû prendre acte pour ne pas perdre la face à quelques mois des élections présidentielles. Instrumentaliser cette fermeture pour l’user à son avantage, telle est la stratégie in extremis de Hollande, dans la continuité du clivage gauche-droite qu’il s’agit de recréer. En effet, Hollande garde en mémoire quelques épisodes catastrophiques pour son camp, au premier rang desquelles se trouvent les déclarations extrêmement maladroites de Lionel Jospin, en 1999, au sujet du plan social à Michelin, qui l’avaient fortement handicapé pendant la campagne présidentielle de 2002. « Il ne faut pas tout attendre de l’État. […] Je ne crois pas qu’on puisse administrer désormais l’économie. Ce n’est pas par la loi, les textes, qu’on régule l’économie », avait-il expliqué à propos de l’annonce de 7 500 licenciements par Michelin. Non, il ne s’agit définitivement pas de répéter les mêmes erreurs. Pour garder la face, Hollande doit jouer au pompier pyromane.