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Politique

Leader mondial de la précarisation

Amazon : 1 000 milliards de dollars en bourse pour les patrons, la misère pour les travailleurs

Fondée en 1994 par Jeff Bezos, Amazon est aujourd'hui une des entreprises les plus prospères de la planète et devient la seconde firme privée au monde à atteindre la barre des 1000 milliards de capitalisation en bourse après Apple. Son fondateur est l'homme le plus riche du monde, avec une fortune de 166 milliards de dollars. On ne peut pas en dire autant des 575 000 salariés de l'entreprise.

Vanté dans les médias comme le modèle de la réussite individuelle, Jeff Bezos, aidé par ses parents, a créé sa petite librairie en ligne à Seattle en 1994. Surfant sur la vague des achats en ligne, l’entreprise s’est imposée en deux décennies comme le leader mondial du e-commerce en proposant une vaste palette de produits à des prix plus bas et en diversifiant ses activités.

Pour faire fonctionner ce modèle de capitalisme de plateforme, Amazon compte 80 gigantesques entrepôts répartis dans 63 pays différents (chiffres de 2017) et emploie 575 000 personnes. Pour le transport des marchandises qu’elle doit livrer en un temps record, elle utilise tout un arsenal de camions, d’avions, de bateaux et s’intéresse même à la technologie des drones pour livrer ses colis.

Cependant, le secret de la réussite d’Amazon n’est pas seulement le fruit de son réseau logistique immense, mais surtout dans la forte précarisation du travail de ses salariés. En Europe, l’entreprise emploie environ 65000 travailleurs en CDI. Cependant, ce chiffre ne prend pas en compte les travailleurs précaires et intérimaires, lesquels sont embauchés en masse pour de courtes périodes, y compris parfois pour casser les grèves, qui se sont multipliées ces dernières années chez les travailleurs d’Amazon dans différents pays –(Allemagne, Espagne, France->https://www.revolutionpermanente.fr/Direct-Greve-illimitee-chez-Amazon-Le-conflit-s-etend-encore-dans-le-prive]) pour exiger de meilleures conditions de travail, l’obtention de droits syndicaux ou encore des augmentations de salaire.

La structure d’Amazon est internationale et l’entreprise n’hésite pas à délocaliser les centres de distributions d’un pays à un autre lorsque les travailleurs d’un pays sont en grève. C’est sans compter la force des travailleurs : cette année, les travailleurs d’Amazon de San Fernando de Henares (20 km de Madrid) ont fait une grève de 48 heures en mars et de 72 heures en juillet, suivies à 90%. Le conflit survient après l’annonce de modification des accords d’entreprises impliquant le gel des salaires, et des atteintes aux droits du travail comme les congés maladies. Or le mode d’exploitation d’Amazon entraîne de très nombreuses blessures et accidents du travail, et les troubles musculo-squelettiques sont omniprésents chez les salariés.

Ce conflit est emblématique car il a pris une dimension internationale grâce à d’énormes démonstrations de solidarité de la part de travailleurs d’autres pays européens. Des délégations allemandes et polonaises sont venues à San Fernando soutenir leurs collègues. En Allemagne, où 25 000 travailleurs sont employés par Amazon, des grèves de solidarité ont été suivies dans sept centres logistiques.

Même si l’entreprise refuse de revenir sur sa décision de modifier les accords d’entreprises, la multiplication des grèves pour refuser la sur-exploitation mais aussi l’internationalisation de la lutte est une avancée importante pour le combat futur des travailleurs.

Lénine disait en 1899, au sujet de la jeune classe ouvrière russe :

« Les grèves marquent le début de la lutte menée par la classe ouvrière contre cette organisation de la société. Lorsque les riches capitalistes ont en face d’eux des ouvriers isolés et nécessiteux, c’est pour ces derniers l’asservissement total. La situation change quand ces ouvriers nécessiteux unissent leurs efforts. [...]

Si les grèves inspirent toujours une telle épouvante aux capitalistes, c’est parce qu’elles commencent à ébranler leur domination. »




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