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Politique

Paradis fiscaux

Après les Panama papers, un nouveau scandale avec les Paradise papers

C’est un nouveau scandale touchant aux paradis fiscaux. Un consortium de journaliste a en effet rendu publique une enquête sur l’évasion fiscale : les paradise papers. Malgré les chiffres astronomiques révélés, c’est bel et bien l’aspect structurel du capitalisme qui se révèle à nu avec cette nouvelle affaire.

Une nouvelle affaire, des chiffres fous

C’est une enquête du Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ), composé par 96 médias dans 67 pays, qui a balancé la bombe. Une nouvelle affaire de gros sous, mettant en lumière les travers du capitalisme, braquant les projecteurs sur les paradis fiscaux.

Alors que, selon l’ONG britannique Tax Justice Network, ce sont 26 000 milliards de dollars qui reposent dans les coffres forts des différents paradis fiscaux dans le monde, et ce seulement pour les particuliers ! De plus, selon les chiffres du syndicat Sud Solidaires Finances, la fraude fiscale s’élève à 1000 milliards d’euros pour l’Union Européenne et 80 milliards pour la France. Voici donc venue l’affaire des Paradise Papers, qui met l’accent sur l’évasion fiscale.

C’est ainsi qu’au chiffre de la fraude fiscale cité juste au-dessus s’ajoute, pour la France, 20 milliards d’euros d’évasion fiscale et, pour l’Union Européenne, 120 milliards. Des chiffres absolument colossaux qui ferait presque ironiquement penser que le cadeau aux patrons et grande fortune de Macron via la suppression de l’ISF a du apparaître, pour bon nombre d’adepte des paradis fiscaux, comme dérisoire.

Fraude et évasion fiscale, un phénomène inhérent au capitalisme

L’ampleur généralisé de l’évasion (et de la fraude…) fiscale, allant des particuliers jusqu’aux entreprises multi-nationales, ainsi que les révélations relativement régulières d’affaires sur ces questions (et ce, en dépit de l’opacité totale sur les données) ne laisse guère de doute sur l’aspect structurel de telle « dérives ». Au contraire, d’un point de vue capitaliste, le recours aux paradis fiscaux, dans une économie de marché libérale et mondialisé, n’est rien d’autre que du bon sens.

A l’instar de délocalisation par exemple, ou les entreprises choisissent des pays à la main d’œuvre à moindre coût, il est tout à fait logique que ces même entreprises (et les particuliers les plus riches) se tournent vers des paradis fiscaux pour déposer leur pécule, et ainsi réduire à quasi néant toute taxe. Dans un système ou l’organisation économique réside sur l’exploitation d’une majorité de la population par une minorité et sur l’accumulation sans limite du capital, quoi de plus normal que de « placer » ce capital accumulé justement dans les endroits où, en définitive, les taxes sont les moins onéreuses ?

Mais au-delà de l’accumulation du capital, il est une autre donnée à prendre en compte, celle de la logique de concurrence et de « tendance au monopole ». En effet, le développement historique du capitalisme a amené à ce qu’une poignée de grande entreprise se disputent différents marchés. Or, dans ce cadre, il est bien évident que la « bataille » pour obtenir le leadership est d’autant plus féroce. En ce sens, il est évident que les paradis fiscaux, qui proposent des taux « imbattables », deviennent de facto des éléments clé de l’économie mondiale. Il s’agit la de voir l’importance prise par le système bancaire au sein du système, qui joue un rôle absolument central, stratégique même, pour les grandes firmes capitalistes.

Un système irréformable

« Ce qui caractérisait l’ancien capitalisme, où régnait la libre concurrence, c’était l’exportation des marchandises. Ce qui caractérise le capitalisme actuel, où règnent les monopoles, c’est l’exportation des capitaux ». Cette citation n’est pas celle d’un économiste contemporain, commentant l’affaire des Paradises Papers, mais tiré du livre L’impérialisme, stade suprême du capitalisme écrit par Lénine en 1916. Si, bien entendu, le développement du capitalisme de l’époque était sans aucune mesure avec le stade atteint en 2017, force est de constater que l’analyse garde aujourd’hui encore toute sa vitalité. Ce qui amène à une conclusion : Loin d’être des « dérives », les diverses affaires sont le résultat logique, scientifique même, du développement du système capitaliste lui-même. Dès lors, une question se pose : peut-on, par le biais de réforme, contrôler (voire améliorer) les diverses fraudes ou évasion fiscales ?

Pour ne prendre qu’un cas français, Jean-Luc Mélenchon a tenu une conférence de presse ce lundi, mettant en avant 5 propositions pour lutter contre les évasions et fraudes fiscales, exhortant le président Macron à agir : la mise en place d’un impôt universel, l’interdiction pour les établissements bancaires de s’établir dans les paradis fiscaux, la suppression du « verrou de Bercy », la création d’un délit « d’incitation à la fraude et à l’évasion fiscale » et l’interdiction d’exercer un mandat social pour les dirigeants de société ayant exercés dans les paradis fiscaux.

Il ne fait aucun doute que la perspective de ne mettre en place qu’une seule de ces réformes provoquerait une levée de bouclier unanime de la part des classes dirigeantes. Mais cet ensemble de mesure ne peut en aucun cas « bouleverser » le cours historique du développement du capitalisme, et sa tendance, d’une part vers le monopole, d’autre part vers l’exportation des capitaux entrevue par Lénine il y a plus d’un siècle. Et pour cause, les propositions de Mélenchon sont non seulement présentées comme des solutions concrètes, mais ne touchent en rien au fondement même de l’exploitation, l’extraction de plus-value et d’accumulation du capital. En d’autres termes, ces solutions ne peuvent être vouées qu’à l’échec car l’affaire des Paradise Papers n’est que le reflet d’une tendance structurelle et historique du développement du capitalisme à l’échelle de la planète entière.

Une bataille contre le système capitaliste dans son ensemble

Ce que révèle les Paradise Papers, c’est la nécessité d’un programme non pas de réformes, mais ouvertement révolutionnaire, internationaliste et anti-impérialiste. Sur ce dernier point, l’une des révélations de l’affaire est particulièrement éclairante. Celle concernant la société suisse Glencore. En effet, le géant minier suisse, est impliqué dans le rachat d’une mine de cuivre en République démocratique du Congo (RDC). Ce sont ainsi 45 millions de dollars qui ont été généreusement « prêtés » à Dan Gertler, un homme d’affaire sulfureux dont la tâche était « d’aider » à la prise de contrôle de la mine de Katenga. Grâce à l’intervention de Gertler, ami du président-dictateur Joseph Kabila, le prix du droit d’exploitation est passé d’un demi-milliard de dollars à… 140 millions seulement.

Il apparaît donc comme essentiel de porter un programme qui défend les intérêts des travailleurs et des classes populaires à échelle internationale. En ce sens, il apparaît comme essentiel de défendre la nationalisation et la mise sous contrôle ouvrier des banques en un monopole public, tranchant, de fait, avec le rôle actuel des monopoles banquiers privés, pierres angulaires du capitalisme actuel. De plus, l’expropriation des grands propriétaires capitalistes, obnubilés par la « nécessité » d’accumuler un maximum de capitaux, puis de les « exporter » dans les paradis fiscaux, apparaît aussi comme essentiel pour offrir une perspective politique qui mette à bas ce système qui, si il apparaît comme tout à fait légitime et cohérent pour une infime minorité, n’est que source de misère, de chômage et de condition de travail sans cesse plus délétère pour la grande majorité de la population à échelle mondiale.




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