Genres et Sexualités

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Argentine : une rencontre de femmes unique au monde rassemble des dizaines de milliers de participantes

Publié le 9 octobre 2016

Ce week-end, des dizaines de milliers de femmes ont participé à la XXXIème édition de la Rencontre Nationale des Femmes en Argentine. Une Rencontre qui ne cesse de gagner en importance et qui, avec ses centaines d’ateliers de débats et de formations, ainsi que ses délégations massives de femmes venant des quatre coins de l’Argentine, est désormais devenue un événement unique au monde. Après Mar del Plata, la Rencontre de cette année s’est déroulée dans la ville de Rosario, à 280 km au nord de la capitale.

Auteure : Josefina L. Martínez
Traduction : Malena Vrell

Entre le 8 et le 10 octobre, des dizaines de milliers de femmes, ayant pour certaines voyagé toute la nuit et fait jusqu’à 1200 kilomètres de route (pour celles qui sont venues du nord ou de la Patagonie), n’ont pas manqué au rendez-vous. Et pour cause : elles se sont préparées pendant des mois pour participer à cette Rencontre Nationale des Femmes, un événement désormais unique au monde. Avec ses centaines d’ateliers consacrés à la violence sexiste, aux féminicides, au droit à l’avortement, à l’éducation sexuelle, aux femmes et au travail, à la prostitution, à la jeunesse, entre autres, les femmes viennent prendre les rues et ainsi que la parole. Cette année, la Rencontre a ajouté à sa liste les ateliers « Femmes et travailleuses du sexe » et « Femmes et cannabis ».

Située à 300km de Buenos Aires, Rosario est connue pour être la ville natale du Che Guevara. Mais ces derniers jours, la révolte y a pris un visage féminin.

Cette XXXIème Rencontre a par ailleurs été marquée par le cas de Belén, une jeune femme argentine injustement condamnée et emprisonnée durant près de 900 jours. Son crime ? S’être rendue à l’hôpital en raison de très fortes douleurs provoquées par un avortement spontané. Le tribunal l’a condamnée pour à 8 ans de prison pour « homicide aggravé ». Le 8 août dernier, après une longue campagne de soutien, Belén a pu enfin récupérer sa liberté.

« Je souhaiterais vous remercier pour avoir été à mes côtés dans cette bataille et pour continuer de lutter pour que la vérité puisse émerger. Deux mois après avoir obtenu ma liberté, je suis très reconnaissante envers chacune d’entre vous », a-t-elle dit à l’ensemble des femmes rassemblées pour cette Rencontre.

L’avortement en Argentine est illégal et puni par le code pénal. Des centaines de milliers de femmes meurent ainsi tous les ans des suites d’avortements clandestins, réalisés dans des conditions désastreuses. Le gouvernement de Macri n’a pourtant rien prévu pour faire changer cette situation, pas plus que l’ancien gouvernement de Cristina Kirchner.

« Je vais à la Rencontre Nationale des Femmes parce que je veux dire haut et fort « pas une de moins » par des avortements clandestins. Notre rage doit se transformer en organisation », ajoutait Paula Freddi, Présidente de l’Université d’Arts Visuels.

De son côté, Lorena Itabel, déléguée de la Junta Interna de empleados del Ministerio de la Hacienda, expliquait qu’elle participait à cette Rencontre « pour qu’il puisse y avoir une loi permettant une dispense de travail pour les travailleuses victimes de violence de genre ». « On veut des crèches et des journées payées si nos enfants sont malades », rajoutait Emilia Hidalgo, travailleuse aéronautique.

« Si vous en touchez une, nous nous organiserons par milliers », était le slogan d’une des banderoles de la délégation de femmes Pan y Rosas arrivant de Jujuy, une des régions les plus pauvres de l’Argentine, située à la frontière bolivienne.

Plusieurs collectifs ont participé lors de l’ouverture de la Rencontre, tels que Juntas a la Izquierda, Malas Juntas, Plenario de Trabajadoras, Movimiento Evita, Las Rojas, Mujeres de ATE, et la marée violette de l’organisation de femmes Pan y Rosas, qui a participé avec une importante délégation réussissant à recouvrir la moitié de la place centrale de Rosario. Aux côtés de Pan y Rosas se trouvaient les femmes de MadyGraf, incarnant lors de cette Rencontre la lutte des usines sous contrôle ouvrier, de même que les femmes de Zanon, « l’usine sans patrons ».

(Drone – Encuentro Nacional de Mujeres)

Cette semaine, une pétition a commencé à circuler pour demander à la presse nationale de faire une couverture en direct de la Rencontre. Myriam Bregman, députée nationale du Frente de Izquierda et du PTS, se trouvant parmi les femmes à l’initiative de cette pétition, a signalé que cette rencontre était « une grande instance de débat et d’organisation pour des milliers de femmes à travers le pays. C’est pour cela que nous exigeons que les médias de masse, à commencer par la télévision publique, fassent une transmission en direct pour que cette rencontre, qui rassemblera des milliers de femmes, ne soit pas invisibilisée ».

C’est la première Rencontre des Femmes organisée sous le gouvernement de Mauricio Macri, qui est en train de mettre en place des politiques néolibérales de licenciements, une hausse des prix dans les services publics ainsi qu’une forte répression. Au sein de cette Rencontre, des débats auront lieu entre les secteurs kirchneristes et la gauche. Cette dernière propose de se mobiliser de façon indépendante de ceux qui ont gouverné le pays pendant la dernière décennie sans avoir légalisé l’avortement ni amélioré la situation des femmes travailleuses.

« Au sein de Pan y Rosas et du Frente de Izquierda, nous sommes convaincues que ce ne sera que par l’organisation d’une force combative de femmes mobilisées et indépendantes des partis du gouvernement, de l’État et de ses institutions, qu’on pourra obtenir l’ensemble de nos droits », assurait Andrea D’Atri, fondatrice du collectif Pan y Rosas.

(Pan y Rosas lors de la Rencontre Nationale des Femmes)

Parmi les revendications de ce collectif se trouvent : la bataille pour la mise en place de la Loi intégrale contre la violence de genre que le Frente de Izquierda a proposé au Parlement, la lutte pour la légalisation de l’avortement et la demande d’une séparation réelle entre l’Église et l’État. Pan y Rosas lutte aussi contre les coupes budgétaires et la répression du gouvernement de Macri, dénonce la précarisation des femmes au travail et exige des syndicats un plan de lutte nationale. Elles proposent une campagne pour l’obtention d’un quota d’embauche pour les personnes trans et demandent des crèches mises en place par les entreprises et l’État, dans le cadre d’une lutte plus profonde contre le patriarcat et le capitalisme.

#NiUnaMenos, #EncuentroNacionalMujeres ont été quelques-uns des hashtags qui ont permis de suivre en direct cette Rencontre.