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Genres et Sexualités

Contre leurs arguments réactionnaires

Argento accusée d’agression sexuelle, une opportunité pour attaquer le mouvement MeToo

Asia Argento, l'une des actrices victimes de Harvey Weinstein et figure de proue du mouvement #MeToo, est suspectée d'avoir agressé sexuellement un mineur et d'avoir acheté son silence. Une occasion pour les détracteurs du mouvement Metoo et pour l'avocat de Weinstein en plein procès sur l'affaire, de chercher à discréditer les accusations qu’elle avait portées il y a quelques mois et de remettre en cause la légitimité du mouvement MeToo.

Crédits photo : AFP/Getty Images

Ce lundi, le New York Times a révélé, après avoir reçu des documents de source anonyme, que l’actrice aurait acheté, avec 380 000 dollars, le silence du jeune acteur américain Jimmy Bennet qui l’accuse de l’avoir agressé sexuellement alors qu’il avait 17 ans, et elle 37. Une accusation contre une figure du mouvement MeToo, qui est l’une des principales actrices d’Hollywood à avoir dénoncé publiquement le viol qu’elle a subi d’Harvey Weinstein et les violences sexistes et sexuelles dans l’industrie cinématographique. Une accusation suivie de nombreuses autres (au total une centaine de victimes) à l’encontre du producteur, qui, depuis un an, secouent Hollywood.

La nouvelle a été immédiatement saisie au vol par ceux qui ne voient pas d’un bon œil la dénonciation à une échelle de masse, après « l’affaire Weinstein », des violences sexistes et sexuelles multiformes et se produisant dans l’ensemble de la société, bien au-delà d’Hollywood, notamment sur les réseaux sociaux.

A peine parvenue en France, l’information selon laquelle Asia Argento aurait elle-même agressé sexuellement un jeune homme a immédiatement entraîné une vague de réactions de la part de médias et de personnalités qui y ont vu une opportunité de remettre en cause le mouvement Metoo.

Ainsi, Franz-Olivier Giesbert, journaliste au Point, entre autres, a déclaré : « L’arroseuse arrosée. On ne se méfie jamais assez des marchands de vertu, des donneurs et des donneuses de leçons. Ce sont les pires ennemis de leur cause. » Asia Argento et plus largement les victimes de violences sexuelles seraient donc des « donneuses de leçon »… Étrange manière d’évoquer la dénonciation des agressions sexuelles, des viols, des violences conjugales qui se produisent tous les jours, partout dans le monde, et vont jusqu’à parfois la mort de certaines femmes, comme récemment au Brésil avec Tatiane Spitnez assassinée par son compagnon.

Car contrairement à ce que clament les détracteurs du mouvement MeToo après ces révélations autour d’Argento, le mouvement MeToo qui touche à la question des violences faites aux femmes n’est en rien une question individuelle mais bien une question collective, de société. Un mouvement dont, au-delà de l’industrie cinématographique et des cas de violences à l’encontre d’actrice célèbres, de nombreuses femmes se sont emparé pour dénoncer publiquement et mettre en lumière l’ampleur des violences sexistes et sexuelles dont elles sont victimes, que ce soit au travail, dans l’espace public ou au sein de la famille.

Depuis l’émergence du mouvement MeToo, les réactions d’une partie des classes dominantes – que ce soit par le biais de personnalités, de politiciens ou des médias – ont été de chercher à noyer le mouvement, en répondant soit par la réaction, arguant la peur de rentrer dans une « vague de délation », publiant comme l’ont fait Deneuve et ses comparses une tribune pour « le droit d’importuner » ; soit en cherchant à récupérer le mouvement avec des promesses et la mise en place de réponses répressives qui ne sont pas des solutions comme le fait Marlène Schiappa.

Car le mouvement MeToo n’est qu’une expression d’un retour d’une conscience féministe ces dernières années à l’échelle mondiale contre les violences faites aux femmes, les féminicides, pour le droit à l’avortement. Des mouvements aussi différents qu’ils soient dont une partie, plus ou moins importante, pointe à chaque fois la responsabilité des gouvernements, des institutions étatiques, de la justice. Des mouvements, MeToo compris, qui dénoncent l’ensemble des violences sexistes et sexuelles quelles que soient leurs victimes.

Et bien plus que des violeurs et des agresseurs, c’est de mouvements organisés, dirigés contre les gouvernements qui oppriment et qui exploitent, contre leur batterie d’arguments et de solutions libérales, réactionnaires et conservatrices, que les classes dominantes craignent réellement.




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