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Politique

Justice de classe

Assassinat de Lamine Dieng : 10 ans de procédure judiciaire et un non-lieu !

Au bout de 10 ans de procédure judiciaire, il n’y aura pas de justice pour Lamine Dieng assassiné par la police le 17 juin 2007, ni pour sa famille, ses proches et ses soutiens. La Cour de cassation a rendu sa décision et a conclu sur un non-lieu. La famille doit également verser 2 000 euros aux criminels qui ont tué Lamine.

« Cher-e.s ami-e.s,
La décision tant attendue est tombée, sans surprise : la cour de Cassation a confirmé le non lieu.
Et la famille doit verser 2000€ aux 8 criminels.
C’est définitivement terminé, il ne reste plus aucun recours en France.
Il ne reste plus qu’à saisir la CEDH : Cour Européenne des Droits de l’homme. »

Ce sont les quelques lignes postées sur la page Facebook « Lamine Dieng » pour communiquer les conclusions d’une procédure judiciaire longue de 10 ans. L’histoire d’une lutte acharnée menée par la famille et les soutiens de Lamine Dieng contre les policiers qui ont tué Lamine le 17 juin 2007.

Le 17 juin 2017, quelques jours avant que la cour de Cassation ne rende sa décision, une marche était organisée par le comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng et les collectifs de familles Vies Volées pour commémorer les dix ans de l’assassinat de Lamine Dieng par la police. Alors que ces dernières semaines, la liste des victimes de violences policières ne cesse de s’alourdir, cette marche réunissant des centaines de personnes visait à lancer encore une fois un message en direction de l’Etat français, de sa police, de sa justice et de ses institutions : pas de justice, pas de paix. Lamine Dieng perdait la vie à 25 ans, plaqué à terre, écrasé par près de 300kg correspondant au poids total des policiers agenouillés sur son dos. Il a subit le même plaquage ventral qui a causé la mort par asphyxie d’Adama Traoré le 16 juillet 2016.

Les conditions de leur mort se ressemblent mais aussi les procédures judiciaires qui s’en sont suivies. Comme Adama, Lamine serait « mort naturellement d’un arrêt cardiaque, qui pourrait être dû à une overdose de cocaïne et de cannabis ». C’est ce que conclut la police des polices (IGS) le 18 juin 2007. En 2008, l’asphyxie est définitivement reconnue comme cause du décès de Lamine. Les conclusions des expertises médicales sont accablantes : « mort d’une asphyxie mécanique par suffocation, due à l’appui facial contre le sol avec pression du sommet de la tête dans un contexte toxique. » Adama et Lamine ne sont pas morts « naturellement » mais après avoir été violentés par la police et été victimes d’une technique considérée comme de la torture dans des pays voisins.

Le 22 juin 2007, la famille dépose une plainte avec constitution de partie civile, qui ouvre une information judiciaire le 10 juillet 2007. Le 29 juin 2017 cette procédure judiciaire se termine après que la famille soit passée par tous les recours possibles. Et la décision est « sans surprise » : un non-lieu. Cela signifie l’abandon de la procédure par le juge. Une décision qui s’applique lorsque les éléments rassemblés par l’enquête ne justifient par la poursuite d’une action pénale. Pourtant les auteurs de ce crime sont identifiés depuis 2008 tout comme la mort par asphyxie a été reconnue. Comme si cela ne suffisait pas, la famille doit également reverser 2000 euros aux criminels. Des policiers qui, lavés de toute accusation, pourront reprendre du service.

Le 17 juin 2017, à l’occasion de la marche, Ramata Dieng disait au sujet de la Cour de Cassation que « si elle confirme le non-lieu, on n’aura pas d’autre option que d’aller à la Cour européenne des droits de l’Homme. Notre dossier est recevable. Mais s’il aboutit, ce sera une condamnation de la France, pas la condamnation des policiers qui ont pris la vie de Lamine  ». Il reste à la famille cet ultime recours : celui de la CEDH. Une décision qui mettrait en cause l’Etat français. Celui-là même qui protège les policiers et fait passer des lois qui promettent toujours plus d’impunité. Et toujours plus d’impunité, cela signifie d’autres Lamine Dieng.

Tout faire pour rétablir la vérité, pour dénoncer ces cas de violences policières, leur invisibilisation par les médias et les politiques, l’impunité de la police, c’est devenu le combat quotidien depuis 10 ans du comité « Vérité et justice pour Lamine Dieng » et du collectif « Vies volées ». Pour empêcher d’autres morts, ils réclament, entre autres, l’interdiction du « pliage », de la « clé d’étranglement » et du « plaquage ventral », ces techniques d’immobilisation utilisées par la police.




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