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Politique

Paroles de gilets jaunes

« Au delà de la taxe, ce qu’on veut c’est une destitution de ce gouvernement ! »

Si le sujet « gilets jaunes » est la star de tous les médias depuis plusieurs semaines, rares sont ceux qui prennent le temps d’aller faire des interviews et de donner la parole aux participants. C’est pourtant ce qu’a fait Greg Auz, réalisateur montpelliérain : caméra sur l’épaule, il s’est rendu au rond point de Près d’Arène, et y a recueilli la parole de plusieurs Gilets Jaunes de l’Hérault.

Crédit photo : Greg Auz

Voir la vidéo sur youtube et en fin d’article

Les Gilets Jaunes interviewés dans cette vidéo mettent notamment l’accent sur la solidarité qui règne sur leur lieu de blocage. La première des personnes interrogées est une « retraitée » qui se dit favorable au mouvement et explique être venue « tout simplement soutenir tous ceux qui travaillent et qui ne peuvent pas être ici ».
Cette solidarité entre « personnes de plusieurs classes » est décrit par une autre Gilet Jaune comme un moteur de « motivation et de mobilisation ». Par ailleurs, à Près d’Arène, la solidarité va au-delà du seul mouvement des Gilets Jaunes. Comme le décrit l’un des interviewés : « C’est tout simple, les gens qui passent font des dons [NDLR : de nourriture et de vêtements], nous on les reverse aux SDF, en ville. On les reverse aussi sur les points de rassemblement qu’il y a un peu partout. Les gens qui viennent ici ils se ravitaillent ici, ça leur permet de manger. Y en a qui sont plus démunis que d’autres, on leur fait des colis, ils partent avec les colis. Solidarité. »
Solidarité aussi avec ceux que l’on qualifie systématiquement de « casseurs », comme l’exprime une Gilet Jaune : « Si on nous méprise tout le temps comme ça, faut pas s’étonner qu’on casse ! Moi je suis pas une casseuse, je vais pas casser les choses, mais je les comprends les gens qui font ça. »
C’est donc bien une « bonne ambiance, un bon esprit » qui règne sur les lieux, loin de ce que voudraient faire croire ceux qui tentent de discréditer le mouvement.

Cette vidéo ayant été tournée mardi 4 décembre, les Gilets Jaunes s’y expriment sur les décisions annoncées ce jour-là par le gouvernement.
Comme le dit l’un des soutiens des Gilets Jaunes, le mouvement, qui est le résultat « de tellement de rancœur accumulées, de sentiments d’injustice », « prend une ampleur qui dépasse » le gouvernement.
Pour ce qui est des réactions aux réponses apportées par le gouvernement, le constat est sans appel : « Un moratoire pour le gazoil ! Y a pas de moratoire pour mettre les aides, y a pas de moratoire pour les retraités, y a pas de moratoire pour ceux qui sont au chômage… »
Un autre Gilet fait écho à ces propos, sur l’aspect plus global du ras-le-bol exprimé par ces gens qui « en ont marre », qui « n’ont plus confiance en nos politiques ». Une autre encore ironise sur « Madame Macron qui aujourd’hui s’occupe de ses lustres à l’Élysée » au lieu de venir « voir la misère sur les ronds points » : elle se propose même « de lui donner des lustres gratos si elle veut » !
Le moratoire est donc perçu comme « du mépris », comme une « inconsidération totale » et « intolérable » qui « n’apaisera pas les tensions » tant le mouvement revendique « beaucoup plus que la taxe carbone ! »

Pour les Gilets Jaunes interrogés, le constat est là : « les gens n’ont pas de quoi boire et manger », « la misère augmente de plus en plus et nous ne sommes pas au bout du tunnel », « on donne aux entreprises, on donne à ceux qui ont de l’argent et on laisse sur le côté ceux qui travaillent, qui n’ont que leur argent pour vivre. »
« Le peuple n’en peut plus », exprime un Gilet Jaune, indigné par le manque de démocratie. Pour lui, l’absence de prise en compte du vote blanc aux élections explique l’augmentation du taux d’abstention et souligne la nécessité de « se poser les bonnes questions ».
Le gouvernement porte atteinte aux « biens publics », et par extension « au bien-être », aux conditions de vie de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses.
Pour les Gilets Jaunes interviewés, « au-delà de la taxe, c’est la destitution de ce gouvernement » qui ne « correspond plus aux attentes et qui n’y correspondait déjà pas dès le début » – ou, comme le résume une autre Gilet Jaune : « vraiment on se moque de nous ; on s’est toujours moqué de nous, mais là c’est encore plus grave. »
Les revendications exprimées par ces Gilets Jaunes témoignent de l’ampleur du mouvement ainsi que de la profondeur du ras-le-bol et de la volonté de changement exprimée à travers celui-ci. Le peuple « doit participer » aux décisions politiques, ou comme le résume l’un d’entre eux : « C’est un mode de vie qu’il faut changer, c’est un mode de fonctionnement de notre société, de politique, de nos politiques, de notre économie et ça c’est une petite révolution, c’est même une grosse révolution en fait. »

Reste enfin la question de l’extrême-droite, qui a pu et peut encore faire couler beaucoup au sujet du mouvement des Gilets Jaunes. L’une d’entre eux répond à cette question d’une manière qui se passe de commentaires : « L’extrême droite, ça peut être une utilisation des médias pour décrédibiliser le mouvement, mais alors la radicalisation des gilets jaunes sur l’extrême droite on n’y est pas du tout. C’est pas ce qu’on veut. On ne veut pas de l’extrême droite qui soit représentante des Gilets Jaunes. On ne veut pas entendre parler de l’expulsion des migrants, de moins de droits pour les migrants, de l’insécurité à cause des migrants. Ce n’est pas le cas, ce n’est pas ce que nous vivons. »

Merci à Greg Auz pour ce travail précieux.




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