Politique

Pour Hollande, l’inversion du chômage, un pari raté ?

Baisse du chômage. Quand le maquillage des chiffres finit enfin par payer !

Publié le 18 août 2016

Au 2ème trimestre 2016, le Bureau International du Travail (BIT) annonce que le chômage en France a diminué de 0,3 point, passant à 9,6 %, soit 74 000 chômeurs de moins. En fait, le taux de chômage revient probablement à son niveau de 2012.

Léo Serge

Ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précautions, le BIT lui-même reconnaissant que les personnes qui souhaitent occuper un emploi, mais ne sont pas comptabilisées comme chômeuses « au sens du BIT » a augmenté de 29 000 au deuxième trimestre (soit 43 000 sur un an) : c’est le « halo du chômage », un chômage véritable, mais non comptabilisé. Autrement dit : le BIT lui-même reconnaît que ses chiffres sont faux, sous-estimés. Il faut également prendre en compte l’augmentation du sous-emploi (essentiellement des personnes à temps partiel qui souhaitent travailler davantage), qui progresse de 0,3 point sur la même période, pour atteindre 6,7 %. Enfin et surtout, la baisse annoncée se situe en fait dans la marge d’erreur de l’indicateur, fixée à plus ou moins 0,3 pt.

Bref, le BIT pourrait très bien annoncer d’ici quelques temps que le chômage n’a fait que stagner. De plus les chiffres du BIT utilisent ceux de l’institut national qu’est l’INSEE, dont on sait après plusieurs bidouillages – sur le pouvoir d’achat moyen par exemple – que les chiffres sont régulièrement manipulés à des fins politiques (voir par exemple nos articles ici, ici et ici). La CGT avait ouvertement critiqué les chiffres du chômage de Pôle emploi du mois de juillet 2015, qui étaient la résultante d’une « modification de méthode statistique ».

Churchill : « il y a les mensonges, les foutus mensonges et les statistiques. »

Cette baisse très modérée du chômage est en partie liée à la croissance, modérée elle aussi, du PIB au premier trimestre 2016. Mais cette croissance est redevenue nulle au deuxième trimestre 2016, il ne faut pas espérer d’autres améliorations, au contraire.

En dehors de ce chiffre de l’INSEE, tous les autres indicateurs de l’emploi sont plutôt négatif en avril et juin 2016 : le nombre d’inscrits à Pôle emploi n’a que très légèrement baissé au deuxième trimestre (-5.300 en catégorie A), les embauches ont reculé de 2,2 % et les créations d’emplois privés ont ralenti (+24.100 postes après quatre trimestres autour de +40 000).

Le taux de chômage de l’INSEE reste par ailleurs proche de son pic historique (10,7 %) atteint en 1997, et surtout il reste très éloigné de son niveau d’avant la crise de 2008 : cette année-là, le chômage était à 7,2 %.

Quand on connaît les politiques mises en œuvre depuis un an pour faire baisser le chômage, avec la promotion des emplois précaires, notamment vis-à-vis les jeunes : contrats aidés, garantie jeunes, service civique etc., on comprend que le résultat politique pour Hollande est très maigre. Sa promesse d’inverser la courbe du chômage risque de ne tromper personne, alors même que le climat social du pays se dégrade rapidement.

Hollande, avec son cynisme coutumier, déclare dans un livre d’entretiens à paraître : « J’ai fait cette annonce de l’inversion de la courbe du chômage parce que je croyais encore que la croissance serait de 0,7-0,8%. Elle sera finalement de 0,1 ou de 0,2. Puis je répète cet engagement lors des vœux le 31 décembre 2012. J’ai eu tort ! Je n’ai pas eu de bol ! En même temps, j’aurais pu gagner. Mais ça n’aurait rien changé parce que les gens sont lucides, ils savent que ce n’est pas sur un mois que ça se joue. »

Ces affirmations constituent un bon rappel du fait que pour ce politicien professionnel, la vie de dizaines de milliers de personnes n’est qu’un pari dans une carrière. Et Hollande de déclarer : « Si je perds, j’arrête la politique ». Une déclaration qui rappelle étrangement celle de Jospin, dont on sait qu’il s’est fait éliminer dès le premier tour de la présidentielle de 2002.