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Brésil. Report du vote pour le projet de loi « école sans parti », un premier revers pour Bolsonaro ?

Mercredi, le projet de loi intitulé "l’école sans parti", devait être voté au Parlement. Ce projet profondément réactionnaire qui vise à persécuter les enseignants empêchant d’avoir au sein d’une classe tout débat critique, de discuter des questions de genre, de sexualité ou d’ethnie a finalement été reporté d’une semaine grâce aux mobilisations de rue et à des enseignants hostiles qui ont envahi les couloirs de la Chambre des représentants.

« Il s’agit de la première session post-électorale et ce thème ne concerne pas uniquement le parlement, il a gagné les rues. C’est un thème Brésilien. Nous faisons une pause pour que la semaine prochaine ait lieu un débat démocratique. » C’est par cette déclaration que le président de la commission chargée de l’examen du projet de loi, le député Marcos Rogério (DEM-RO) a justifié le report du vote. Assurément un premier revers pour le député fédéral Flávio Augusto da Silva dit Flavinho, du groupe évangélique, qui s’était fait un bonheur d’étendre mardi, la portée de l’interdiction de tout débat critique dans les écoles aux "contenus programmatiques", aux "politiques et plans éducatifs" et autres "projets pédagogiques".

Jair Bolsonaro n’a pas encore pris ses fonctions, mais l’offensive contre les enseignants et l’éducation a déjà commencé

Ce projet de loi est promu par les secteurs les plus réactionnaires qui cherchent à persécuter les enseignants qu’ils accusent d ’"endoctriner" les élèves. "L’école sans parti" représenterait une nouvelle avancée dans l’attaque contre les droits démocratiques en visant à persécuter les enseignants et à attaquer les opposants. Les défenseurs de l’extrême droite veulent une jeunesse sans pensée critique, disciplinée par l’ignorance et la répression, perdant toute confiance en sa propre force dans la transformation de la société.

Jair Bolsonaro n’a pas encore pris ses fonctions, mais l’offensive contre les enseignants et l’éducation a déjà commencé. En effet, la droite et les conservateurs ont longtemps fait pression pour une "école sans parti" et, ils n’ont pas attendu qu’elle soit débattue au Parlement pour tenter de la concrétiser. De plus, ce débat arrive devant les députés dans un contexte où Bolsonaro, à la suite de la chasse aux sorcières lancée par la députée alliée d’extrême droite, Ana Carolina Campagnolo, a lui aussi enjoint les étudiants de filmer leurs salles de classe et d’informer la police des enseignants qui "endoctrinent".

Maíra Machado, professeure à Santo André et militante au sein du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs (MRT), met l’accent sur le rôle destructeur qu’aurait ce type de projet envers les plus opprimés : « le projet vise non seulement à persécuter les enseignants, mais également à empêcher toute discussion dans l’environnement scolaire sur le genre, la sexualité et la race. Notre pays est l’un des plus violents contre ces secteurs opprimés du système capitaliste.

« Les organisations de masse des travailleurs et des professionnels de l’éducation doivent déjà se mobiliser ! »

Le vote du projet de loi a certes été reporté une première fois suite aux mobilisations spontanées dans tout le pays, contre Bolsonaro et aux enseignants qui occupaient mercredi la chambre des représentants avec des pancartes comme « lei da mordaça, não » (non à la loi bâillon) ou certains slogans offensifs remettant directement en question la tenue ultérieure du vote : « la semaine prochaine, le cours aura lieu ici ! ». Cependant, comme le signale Maíra Machado, « ce n’est que par une grande force unissant toute l’éducation au niveau national que ce projet peut être bloqué, les organisations de masse des travailleurs et des professionnels de l’éducation doivent déjà se mobiliser ! ».

En effet, les principaux syndicats d’enseignants et d’étudiants n’ont pas encore annoncé de plan pour lutter contre cette offensive envers l’éducation, malgré des centaines de milliers de personnes qui ont pris la rue contre Bolsonaro dans tout le pays. Or comme l’avance Machado, ils « devraient profiter de cette semaine de report du vote afin d’organiser un plan de lutte au niveau local qui unifie toute l’éducation dans une lutte majeure pour faire échec à ce projet de loi. Il est criminel que les dirigeants n’aient jusqu’à présent pas demandé une réponse fondamentale à la défense de la liberté d’expression des enseignants. Nous exigeons une réponse en défense de l’éducation ! »

Convertir ce report du projet de loi en une véritable victoire par la rue face aux idées ultra-réactionnaires du type loi « école sans parti » serait une première étape afin de faire reculer Bolsonaro sur le chemin de ses contre-réformes. Et ce, avant même sa prise de fonction.




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