Politique

À la mémoire des fusillés pour l’exemple et de Rémi Fraisse

Cette année encore, à Gentioux, on a entonné la Chanson de Craonne

Publié le 11 novembre 2015

À Gentioux, commune de la Creuse dont 58 habitants ont été tués au front pendant la Première Guerre mondiale, le Monument aux Morts, érigé en 1922, n’a été inauguré officiellement qu’en 1985. Et pour cause. En lieu et place du « mort pour la France » que l’on voit sur les stèles de tous les villages et villes de France, le Monument de Gentioux est constitué d’un écolier qui lève le poing et d’une plaque qui dit « Maudite soit la guerre ». Depuis 28 ans, c’est à Gentioux-Pigerolles que se tient le principal rassemblement pacifiste et antimilitariste de France.

Corinne Rozenn

Cette année, ce sont près de 300 personnes qui ont fait le déplacement. Après la cérémonie officielle du maire, en fin de matinée, en présence des autorités militaires, les militants se sont réunis autour du Monument aux morts, entourés d’une quarantaine de gendarmes et de RG. Signe que l’antimilitarisme continue à faire peur…

Présents cette année encore, le Front de Gauche, la CGT, l’UD cégétiste, Le Mouvement de la Paix, l’Union pacifiste, la Libre Pensée, notamment, ainsi que de nombreux jeunes libertaires et zadistes. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si de nombreuses pancartes faisaient le lien entre la Première boucherie et Sivens où a été assassiné, l’an passé, Rémi Fraisse. René Burger, de l’Union pacifiste, a rappelé dans son discours que Rémi avait été « abattu dans le dos et sans sommation par des gendarmes. Durant la Première Guerre mondiale, ces mêmes gendarmes se sont aussi couverts de sang en assassinant dans le dos et sans sommation des déserteurs ».

Dans un message, la Ligue des Droits de l’Homme a souligné que Hollande, malgré les promesses du Parti Socialiste, n’a toujours pas réhabilité l’ensemble des « fusillés pour l’exemple », ces soldats qui ont été exécutés, parfois sans procès militaire, pour avoir refusé de combattre ou pour insoumission. Pour ne pas froisser les galonnés et les traineurs de sabre, l’Elysée a toujours refusé la cassation des condamnations arbitraires.
Après la traditionnelle minute de silence et le dépôt de la gerbe de fleurs rouges par deux enfants, les manifestants ont entonné la « Chanson de Craonne », hymne à l’insubordination, longtemps interdit, repris ces jours-ci dans le spectacle de la Compagnie Jolie-Môme. En cortège, les manifestants ont bouclé la journée en se retrouvant au cimetière de Royère sur la tombe du maçon Félix Baudy, militant cégétiste, l’un de ces fusillés pour l’exemple, le 20 avril 1915, suite au refus collectif de sa compagnie de remonter à l’assaut de la crête de Mort-Mare.

A quelques centaines de kilomètres, sur les Champs Elysées, Hollande et Sarkozy se serraient la main, montrant combien par delà les clivages partisans, quand il s’agit d’envoyer les gens au casse-pipe et de bombarder les peuples, la « gauche » et la droite sont d’accord.

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