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Débats

Pourquoi les étudiants n’ont-ils pas droit au chômage ?

Chômage. Pour mieux comprendre la véritable visée sociale des allocations

Le chômage n’est pas accordé (ou seulement sous certaines conditions très contraignantes) aux étudiants qui pourtant travaillent et ne sont pas épargnés par la précarité matérielle. Comment comprendre que ces prestations et allocations soient impossible à percevoir par le simple fait que l’on soit étudiant ? Simple mesure d’économie dans la logique austéritaire actuelle ? Nullement, ou pas seulement. Ce type de prestations, allocations chômage et revenus minimum d’insertion, ont en réalité un but précis qui est d’organiser la demande de travail pour faire pencher au maximum la balance en faveur de ceux qui contrôlent l’offre : les patrons.

La précarité matérielle des étudiants, une réalité qui s’aggrave

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Les étudiants sont, dans leur grande majorité, frappés par la précarité, voire la misère. Peu d’étudiants ont la chance de pouvoir se loger et beaucoup sont contraints de rester chez leurs parents, plus de la moitié des 2,5 millions d’étudiants que compte le pays est contrainte de se salarier pour subvenir à ses besoins, tandis qu’une part grandissante d’entre eux éprouve des difficultés à se nourrir convenablement, voire suffisamment.

Dans ce contexte, il peut paraître étonnant que les allocations chômage, alors que les étudiants travaillent, ne leur soient accordées que sous certaines conditions très contraignantes. Un étudiant qui travaille en étant déclaré et qui par conséquent cotise au même titre que tout travailleur ne peut toucher le chômage, s’il poursuit ses études, lorsqu’il effectue une rupture conventionnelle ou qu’il est licencié à moins que ses études ne soient « adaptées » à son statut de chômeur, c’est-à-dire s’il suit des cours du soir ou par correspondance.

Chômage et revenus minimum d’insertion : un outil de contrôle de la demande de travail

La raison à cela tient à la visée véritable de ce genre de prestations sociales. Le but n’est pas de soustraire un individu à la misère, quoique la société et le patronat aient en partie intérêt à ce que les travailleurs et les chômeurs conservent la capacité de consommer un peu, le but de ces prestations est de forcer les travailleurs à accepter n’importe quel emploi et d’augmenter la demande réelle de travail. Comme pour n’importe quelle marchandise, si la demande augmente mais que l’offre reste la même, c’est le demandeur qui trinque.

En l’occurrence, si la demande de travail augmente, les salaires baissent et les conditions de travail se détériorent. Or les allocations chômage ont pour objectif d’instaurer un contrôle social que le patronat veut sans cesse renforcer, puisque c’est lui qui contrôle largement les offres en matière de travail, sur les personnes sans emploi ou en situation de précarité. Or par définition on ne peut contraindre un étudiant à accepter n’importe quelle offre puisque s’il étudie c’est précisément en vue de trouver un emploi dans une branche ou une discipline particulière. L’université a pour but de produire des travailleurs, essentiellement intellectuels et qualifiés, dès lors chômage et RSA doivent impérativement être refusés aux étudiants qui ne peuvent à la fois être contraints d’accepter n’importe quelle offre de travail tout en poursuivant leur voie dans les filières qui répondent à une demande spécifique de main d’œuvre. L’étudiant ne peut toucher le chômage que s’il étudie par correspondance ou le soir, c’est-à-dire s’il étudie de façon à ce qu’il puisse aussi travailler en même temps.

Comprendre les logiques patronales pour mieux les combattre

Le patronat opprime, par le biais des gouvernements successifs, les chômeurs et le salariat dans son entier. Les partis politiques usent d’artifices démagogiques pour justifier ces mesures de contrôle social, « redonner de la motivation au chômeur », « débusquer les fraudeurs », « démasquer les fainéants » etc. Mais tous ces détours ne doivent pas faire oublier le seul véritable objectif de ces mesures : exploiter davantage le travail en exerçant un chantage par le moyen de l’augmentation de la demande.

Le milliardaire Warren Buffett disait : « la lutte de classes existe et nous sommes en train de la gagner ». Il n’y aura jamais de victoire finale pour le patronat qui ne peut exister sans son ennemi juré, la classe de ceux qu’il exploite, il n’empêche qu’il se bat bec et ongles pour ses intérêts. Comprendre la logique de ses efforts permet de comprendre pourquoi il est important de refonder la solidarité de classe. Les travailleurs doivent se battre pour défendre les chômeurs et leur liberté car le patronat organise consciemment et avec méthode la concurrence entre eux. De même les étudiants ont intérêt à combattre la précarité qui les frappe en luttant pour l’abaissement du temps de travail sans perte de salaire, l’encadrement de tous les loyers, et pour la liberté totale pour les chômeurs d’étudier et de se former à leur guise et non selon la demande spécifique du patronat car il est temps de donner tort à Warren Buffett.

Illustration : Ben Shahn (1898-1969) - Unemployment.




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