Politique

Vous avez dit démocratie ?

Contre le 49.3 et son monde, la Ve République et le présidentialisme

Publié le 11 mai 2016

Hollande Valls auront donc osé, contre l’avis de l’immense majorité de la population mais aussi contre celui des députés de leur propre parti, passer en force pour faire adopter la Loi travail.

La riposte minoritaire mais spontanée et déterminée, dès la fin de l’après-midi, de milliers de manifestants dans tout le pays montre un rejet profond de ce geste bonapartiste et que, dans ce contexte, des possibilités de rebondissement du mouvement pour le retrait de la loi existent.

La journée d’action de ce jeudi prendra probablement un autre contenu et l’appel de l’Intersyndicale à deux journées de grève et manifestation la semaine prochaine et à débattre de la reconduction ouvre à nouveau la possibilité de gagner. Sur un autre plan le recours au 49.3 met à nu ce régime qui engendre et permet le « coup d’Etat permanent » et dont il faut se débarrasser.

Contre le 49.3 et la toute-puissance de l’exécutif

La Ve République est d’abord et avant tout un régime qui accorde, sur toute une série de questions, de pleins pouvoirs à l’Exécutif. Sur la politique étrangère et en matière de guerre (et le gouvernement Hollande en a usé et abusé), mais aussi sur le plan intérieur, au travers, en particulier de l’article 49.3 qui permet au gouvernement de taire le débat parlementaire et d’adopter par décret.

Cet article concentre ainsi en lui une part considérable des traits bonapartistes du régime et constitue un pilier important de celui-ci. « Sans lui, la République risque de boiter », expliquait un éditorialiste des Echos au moment de l’adoption de la Loi Macron. Car « dans le présidentialisme instauré par la Ve République, les députés, à responsabilité limitée, sont facilement soumis à la tentation de la rébellion ». Autrement dit, le 49.3 sert à contrer tout risque de pression populaire, même déformée, sur le parlement, et à rompre ainsi avec cette instabilité qui avait pu caractériser la IIIe et la IVe République.

République des travailleurs et lutte pour une démocratie radicale

Face à la République du Medef, les révolutionnaires luttent pour une République des travailleurs et du peuple organisés, pour un changement révolutionnaire de tout le régime social, pour ôter le pouvoir aux exploiteurs, pour un gouvernement des travailleurs eux-mêmes. Cette perspective ne pourrait devenir crédible que par le biais d’une grève générale illimitée, d’un Mai 68 qui aille jusqu’au bout.

Dans l’immédiat, et alors que l’immense majorité des travailleurs croit encore au moins partiellement dans les institutions de la démocratie bourgeoise, la lutte contre les traits bonapartistes et autoritaires du régime peut-être un moteur et un accélérateur de l’expérience des masses avec l’Etat capitaliste.

Mais pour que ce soit le cas, pas question de prôner des changements superficiels et un retour aux méthodes de la IIIe République comme le font ceux qui proposent une VIe. Il vaut mieux s’inspirer de ce qui a été fait dans le cadre de bouleversements radicaux de l’ordre établi, comme lors de la Convention de 1793 ou de la Commune de Paris.

A bas la Présidence de la République, pour une chambre unique de députés révocables

Le caractère fondamentalement autoritaire de la Ve République se cristallise aussi dans la figure présidentielle, mécanisme par excellence de concentration du pouvoir, dans des institutions anti-démocratiques et réactionnaires comme le Sénat. Une VIe République qui ne remet pas en cause ces deux piliers de la Ve ne peut pas représenter une réelle alternative à cette dernière.

Ce qu’il faudrait c’est un régime radicalement différent, avec une chambre unique, législative et exécutive à la fois, avec des élus responsables devant des assemblées locales et révocables à tout moment et dont le salaire ne dépasserait pas celui d’un travailleur moyen. Un régime où les juges seraient eux-aussi élus et où les corps spéciaux de police (CRS, BAC) qui ne servent qu’à museler la contestation sociale et à terroriser les couches les plus exploitées de la population, ainsi que tout l’appareil policier, seraient dissouts.

La lutte pour ces mesures démocratiques radicales ferait beaucoup avancer l’expérience des travailleurs, leur confiance en leurs propres forces. En même temps que toute victoire sur ce plan créerait un terrain plus favorable pour la lutte contre ce système et pour un gouvernement des travailleurs eux-mêmes.

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