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Dans un rapport, deux poids lourds de l’atome préconisent la construction de 6 réacteurs nucléaires

L'un est conseiller du PDG d'EDF, l'autre était jusqu'à l'an dernier délégué général à l'armement. Yannick d'Escatha et Laurent Collet-Billon ont rendu au gouvernement un rapport officiel sur le maintien des compétences dans le nucléaire. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les deux hommes, qui ont fait carrière dans l'atome, entendent faire fructifier la poule aux œufs d'or.

Crédits photo : CHARLY TRIBALLEAU/AFP

C’est le journal Les Echos qui a révélé, ce jeudi 30 août, les conclusions d’un rapport secret-défense sur le maintien des compétences dans le nucléaire commandé par le désormais ex-ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot et par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie. Et les conclusions de Yannick d’Escatha et Laurent Collet-Billon sont on ne peut plus claires : il est impératif de construire 6 nouveaux réacteurs nucléaires (EPR) d’ici à 2025 ! Pire, il ne s’agirait là que d’un « premier lot », nécessitant d’autres construction par la suite.

Au delà du fait que le nucléaire apparaît de plus en plus comme une source d’inquiétude majeure en termes d’écologie et de sécurité sanitaire, tant pour les ouvriers du secteur que pour la population, c’est avant tout le profil des deux rédacteurs du rapport qui pose question. Ancien administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique, Yannick d’Escatha est aujourd’hui conseiller du PDG d’EDF. Quant à Laurent Collet-Billon, il était jusqu’à l’an dernier délégué général à l’Armement, connu pour ses positions pro-nucléaire militaire. Alors que Nicolas Hulot a récemment démissionné en dénonçant l’influence des lobbies dans le gouvernement, ce sont donc deux fervents défenseurs de l’atome qui ont été en charge de rédiger ce rapport.

Bruno Le Maire monte au créneau

Si, face à la polémique, le gouvernement a immédiatement fait savoir, par la voix de Bruno Le Maire que les propositions de ce rapport ne correspondaient pas nécessairement aux choix futurs sur la question, le ministre de l’Economie a également largement défendu l’industrie nucléaire.

C’est de l’énergie qui est à un coût compétitif pour les entreprises et pour les ménages. C’est une énergie, je le rappelle, qui n’émet pas de CO2 et c’est la troisième filière industrielle française : c’est des centaines de milliers de salariés, d’ouvriers, de compétences, de savoir faire.

Bruno Le Maire, ministre de l’économie, sur Radio Classique

C’est donc par un triple argumentaire, tantôt fallacieux, tantôt hypocrite, que le ministre de l’économie tâte le terrain pour chercher à imposer le nucléaire comme indispensable.

Concernant le coût des réacteurs, il suffit de prendre l’exemple de l’EPR de Flamanville pour se rendre compte de l’aberration d’une telle affirmation. En effet, après un énième retard, le coût de ce seul EPR a grimpé à 10,9 milliards d’euros. Et selon Yves Marignac, directeur de Wise Paris et interrogé par Europe 1 fin juillet, ce seront « in fine, les consommateurs d’électricité via leurs tarifs, mais aussi les contribuables » qui paieront la note.

En rappelant que le nucléaire « n’émet pas de CO2 », Bruno Le Maire cherche avant tout a imposer l’idée que le nucléaire est une énergie propre. Et effectivement, le nucléaire n’émet pas de CO2. Cependant, les accidents répétés de ces dernières décennies ont eu des impacts catastrophique sur l’environnement et la santé des travailleurs et la population. Mais au delà de cela, c’est aussi la question de la gestion des déchets nucléaires qui pose un problème chronique. Pour l’heure, nos gouvernants successif n’ont pas eu d’autres idées que d’enfouir lesdits déchets, ce qui conduit là aussi à des aberration écologique et à des résistances, comme à la célèbre zone à défendre (ZAD) de Bure.

Mais là où Bruno Le Maire atteint le summum du cynisme, c’est en se présentant comme un défenseur des ouvriers du nucléaires. Lui le ministre de l’Economie d’un gouvernement qui s’est évertué, lors de la première année du quinquennat d’Emmanuel Macron, à détruire les acquis des travailleurs. Or pour l’an II, point de changement de cap à ce niveau ! Il est vrai que l’industrie du nucléaire emploie des centaines de milliers de travailleurs, mais il est aussi incontestable que nombre de ces emplois exposent ces mêmes travailleurs aux dangers du nucléaire. Par ailleurs, tant le démantèlement des centrales que le développement d’énergie renouvelable ne pourront se faire sans travailleurs. Loin d’impliquer nécessairement des suppressions d’emploi, la sortie du nucléaire peut ainsi aller de paire avec le développement d’emplois écologiques.

Exigeons la sortie du nucléaire, et ce sans licenciements ni baisses de salaire !

En réalité, plutôt que les considération écologique, les intérêts des travailleurs ou bien encore des coût pour les consommateurs, ce sont bel et bien les profits patronaux que défend Bruno Le Maire. En 2014, 77% de la production d’énergie française était réalisée par le nucléaire. Parallèlement, la France était alors le second exportateur d’énergie nucléaire derrière les Etats-Unis. Une véritable poule aux œufs d’or pour les grands capitalistes français donc.

Pour l’immense majorité de la population, des classes populaires et des travailleurs, pourtant, c’est la sortie du nucléaire qui représente une alternative progressiste, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental. Il s’agit donc de revendiquer l’arrêt immédiat de l’exploitation nucléaire et le démantèlement des centrales, sans licenciements - mais en proposant au contraire un plan d’embauche massif au profit des énergies renouvelables et dans le démantèlement des centrales- et avec augmentation de salaire. Pour que l’ensemble de ces revendications passent du papier à la réalité, et échappent aux logiques d’accumulation du capital, ce processus exige des luttes pour l’obtention de la nationalisation du secteur de l’énergie sous le contrôle direct des travailleurs.




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