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Désaveu pour Trump : retrait du projet d’abrogation de l’Obamacare

Si l’abrogation de l’Obamacare était une promesse phare de Donald Trump, les oppositions internes au Parti républicain l’ont obligé aujourd’hui à retirer du vote son projet de loi sur la santé : un deuxième désaveu après les blocages de ses décrets anti-migratoires.

Zizanie chez les Républicains

Les négociations sont donc terminées. Mais n’étant pas certain d’obtenir la majorité, soit 215 voix, pour son plan, Trump a fait repousser le vote dans l’espoir de convaincre plus de Républicains à sa cause. Car, en effet, l’abrogation de l’Obamacare, en plus d’être une mesure de plus en plus impopulaire, est aussi décriée par la minorité démocrate et une frange des Républicains eux-mêmes. Ces derniers jugent qu’il est effectivement extrêmement préjudiciable d’abroger une réforme qui risque d’exclure du parcours de soins les Américains les plus fragiles tout en augmentant les tarifs pour ceux qui pourraient accéder aux couvertures santé du privé. Mais l’opposition ne s’arrête pas là. L’aile la plus conservatrice, le Freedom Caucus, ne voit dans le plan de Trump qu’une version de l’Obamacare « allégée » et s’oppose donc au président américain pour que la santé ne relève plus qu’exclusivement du privé, et devienne donc un marché comme un autre. Ces ultra-conservateurs ont par ailleurs obtenu gain de cause auprès de Trump sur certaines mesures : les assureurs, si le plan de Trump passe, ne seront plus contraints de couvrir des services assurés par l’Obamacare comme la grossesse et la maternité, les urgences ainsi que la santé mentale. Selon le Freedom Caucus, cela permettrait de faire baisser les tarifs des contrats pour les Américains qui ne souhaitent pas être protégés pour ces risques. Sauf que les assureurs ne sont pas là pour faire du social mais bien du profit, donc difficile de croire que la main invisible d’Adam Smith permettrait à chacun d’accéder à un système de soins décent.

Si l’Obamacare avait été abrogée…

Le plan de Trump, s’il avait été mis en application, aurait entraîné une augmentation considérable du nombre de personnes non-assurées, évalué au moins entre 24 et 26 millions de personnes. Bien évidemment, les premiers touchés auraient été les classes populaires, personnes âgées, travailleurs précaires, jeunes, femmes isolées ou encore minorités ethniques que la ghettoïsation et les propos racistes de Trump ne cessent de stigmatiser. Et alors que la crise économique continue de dévaster certaines régions des États-Unis, que la spirale du déclassement continue et que la dette étudiante progresse, c’est tout simplement une mise à mort de millions d’Américains que voulait imposer Trump et son projet. De plus, toutes les personnes à faibles ressources et qui souffrent déjà de pathologies graves (maladie, handicap…), qui bénéficient de soins par la réforme d’Obama, risquaient tout simplement d’en être privées car incapables financièrement de souscrire une assurance-maladie privée.

D’autre part, le plan de Trump voulait supprimer ce que l’on appelle le mandat individuel. Cela signifie que les Américains qui ne souscrivent pas d’assurance ne seront soumis à aucune sanction fiscale. De fait, il est fort probable que les personnes bien portantes préféreront faire des économies en renonçant à une couverture santé. Le risque est alors que les seules personnes assurées le sont car elles souffrent de pathologies et, « coûtant » plus aux assurances, ces dernières finissent par augmenter leurs tarifs pour maintenir leurs profits. Ainsi, les assureurs peuvent non seulement choisir leurs clients, comme cela est déjà le cas, mais peuvent aussi décider des localités où il leur est plus rentable d’être présents. Loin du populisme des débuts, c’est bien à une chasse aux pauvres que se livre à présent le président américain.

Un second échec de Trump

Après le retoquage de ses deux décrets anti-migratoires, c’est une nouvelle défaite pour le président des États-Unis, qui avait fait sa campagne en expliquant sans cesse ses qualités de négociateur, se présentant comme capable de « briser les blocages ». C’est un échec cinglant que même le chantage n’a pas réussi à empêcher : Trump avait demandé aux députés de choisir entre garder l’Obamacare et l’abroger selon ses termes, mais la fraction la moins conservatrice n’a tout de même pas sauté sur l’occasion pour abroger une loi qu’elle dénigre depuis des années. Comme l’expliquent les chroniqueurs outre-Atlantique, cet échec pourrait avoir des conséquences à long terme sur la capacité de Trump à faire passer ses réformes, face à un Congrès visiblement ingouvernable.




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