Jeunesse

Hollande, Valls et Mandon rajoutent de l’huile sur le feu

En pleine mobilisation étudiante, le gouvernement veut instaurer la sélection à l’Université

Publié le 14 avril 2016

Après plusieurs procès intentés ces dernières années par des étudiants contre leurs universités concernant la question de la sélection, le secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, Thierry Mandon, vient de mettre les points sur les « i » avec son nouveau décret. Le projet de décret de sélection à l’université concerne plus de mille formations et surtout la sélection entre les première et deuxièmes années de master. Alors qu’une soixantaine d’universités sont actuellement mobilisées contre la loi travail, le gouvernement ose rajouter de l’huile sur le feu avec ce nouveau projet. Une provocation de plus qui pourrait renforcer la colère de la jeunesse et amplifier, en définitive, le mouvement en cours.

Jean Roquelande

La question de la sélection remise sur le tapis

C’est un sujet explosif qu’aucun gouvernement n’avait osé ouvertement aborder depuis 1984. Cette année-là, la loi Savary avait en effet préparé le terrain pour la sélection, notamment entre la première et la deuxième années de master à l’université. Cependant, le décret d’application n’avait jamais été mis en place, essentiellement par peur de provoquer un éventuel mouvement d’opposition, massif, de la part des étudiants. Malgré le flou juridique, les universités n’hésitaient pourtant pas à mettre en place des pratiques de sélection toujours plus sévères. Et les présidences n’avaient de cesse de réclamer une marge de manœuvre toujours plus grande.

Il aura fallu attendre des années et des années pour que, devant l’ampleur du phénomène, le Conseil d’État soit obligé de juger ses pratiques illégales... justement faute de décret d’application. Le gouvernement s’est donc mis au travail ! Et comme il en a l’habitude, il a su satisfaire les plus fervents partisans de la sélection à l’université au-delà de leurs propres espérances...

42 % des formations offertes dans les universités deviendront sélectives

Le décret Mandon souhaite autoriser la sélection pour environ 1 300 formations, soit 42 % de toutes les formations offertes dans les universités françaises. Les présidents d’université n’en demandaient que 850. Et bien, ils ont été bien servis ! Cette sélection pourrait se faire pour l’instant à l’entrée en deuxième année de master. Le gouvernement et le président de l’UNEF, William Martinet, cherchent à présenter ce qui constitue une remise en cause du droit d’étudier comme « une restriction de la pratique » car « il y a déjà beaucoup d’établissements qui se permettent de sélectionner, y compris en master 1. » Mais, ce que Martinet oublie de préciser, c’est que le secrétaire d’État vient d’annoncer une concertation de quatre mois à laquelle participera sa propre organisation syndicale et pendant laquelle la question de la sélection à l’entrée en première année de master sera abordée.

Une nouvelle attaque contre le droit d’étudier

C’est surtout les étudiants issus des classes populaires qui payeront le prix fort de cette nouvelle mesure gouvernementale. Cette sélection officielle s’ajoutera ainsi à une sélection « officieuse » lors de laquelle les universités se séparent progressivement des étudiants qui vivent loin, ne viennent pas des meilleurs lycées, n’arrivent pas à suivre les rythmes trop souvent inadaptés des cours, ont des enfants, travaillent à côté de leurs études ou dont les familles n’ont pas les moyens financiers pour les soutenir pendant leurs études. Il suffit de regarder la composition d’une promotion en première année de licence et puis à la fin de la troisième année de licence dans n’importe quelle université pour constater le phénomène. La sélection officielle à l’entrée en deuxième année, voire en première année de master, viendra renforcer l’élitisation des universités françaises.

Il s’agit en dernière instance d’un nouveau saut dans la remise en cause du droit d’étudier en France. A la rentrée 2015, des milliers d’étudiants se sont retrouvés « sans facs », c’est-à-dire sans inscription dans une filière universitaire, alors même que les universités y sont normalement obligées. Le gouvernement a laissé les présidents d’université agir de la sorte en toute impunité. Ce droit se voit remis en cause également par la réduction dramatique des ressources budgétaires attribuées à l’enseignement supérieur qui ont des conséquences plus que néfastes sur les conditions d’études et de travail de la communauté universitaire. L’UNEF plaide pour « un droit à la poursuite des études » selon les nouvelles déclarations de Martinet. Cependant, pour avoir le droit de poursuivre ses études, on doit déjà avoir le droit d’en faire !

Un décret à retardement ?

En préparant aussi rapidement ce décret, le duo Hollande-Valls cherche à donner des gages aux présidences d’université et, surtout, au patronat qui souhaite accélérer l’adaptation du système d’enseignement supérieur à ses nouveaux besoins en termes de formation de main-d’oeuvre qualifiée et de recherche et développement. Mais il est loin d’être certain que ce nouveau décret passe comme une lettre à la poste et le projet du gouvernement pourrait même attiser davantage la colère des étudiants.

Ce n’est certainement pas un hasard si le gouvernement a annoncé sa décision à la veille des vacances, alors que les universités connaissent une forte mobilisation contre la loi travail depuis plus d’un mois. Comme de l’huile sur le feu, les étudiants mobilisés contre la remise en cause des acquis sociaux chèrement arrachés par les travailleurs et leurs luttes sociales antérieures pourraient très bien se mettre en mouvement contre la sélection à l’université tout comme la remise en cause du droit d’étudier en général. Voyant leur accès à l’enseignement supérieur sérieusement précarisé par de telles mesures, des étudiants qui se montraient jusque-là réticents à rejoindre le mouvement pourraient eux aussi s’y mettre avec autant de détermination pour mettre en échec ce gouvernement et ses politiques anti-sociales.

C’est un véritable « décret à retardement » qu’a lancée aujourd’hui le gouvernement. Il reste à voir s’il explosera à la rentrée des vacances du printemps.

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