Culture et Sport

Le sport alternatif au service de la lutte

Face à la répression, des stages d’initiation au déplacement collectif

Publié le 20 juin 2016

Depuis le mois d’avril, l’association sportive ASPA, à Montreuil, organise régulièrement des stages d’initiation au déplacement collectif le dimanche après-midi. Le but est d’apprendre à faire face ensemble à la répression policière qui sévit un peu plus à chaque manifestation. Au programme, des exercices ludiques et pratiques pour apprendre à gérer son stress et celui des autres, se déplacer en groupe ou dans les mouvements de foule, connaître les premiers réflexes de secourisme, esquiver une matraque ou s’en protéger, réagir face à une charge de CRS ou encore si une personne autour de nous est interpellée ou blessée.

Candide Racine

L’ASPA est une association qui propose une vision du sport alternative à celle qui est généralement véhiculée autour de nous. Il s’agit de mettre de côté l’esprit de compétition, le virilisme, en somme les valeurs promues par notre société dans le monde du sport, que les membres de l’association analysent ainsi : « Le sport est à l’image de la société qui le produit. Aujourd’hui le sport est une industrie qui rapporte et les clubs sont hors de prix. Il y règne une mentalité individualiste et un esprit de compétition énorme. Les pratiquants sont mis en concurrence, les clubs sont mis en concurrence, les disciplines sont mises en concurrence. Dans cette ambiance il reste peu de place pour prendre en compte les corps, les psychologies et les objectifs de chacune et de chacun. Toujours à l’image de cette société le sport, dès l’école, assigne une place aux garçons et une place aux filles. Pour ce qui est des sports de combats, le virilisme et le machisme règnent ensemble dans la plupart des clubs et laissent très peu d’espace aux femmes pour pratiquer. »

Au-delà de l’aspect pratique, ce genre d’initiatives permet des rencontres entre les militants du mouvement et renforce les liens souvent déjà crées par une expérience militante commune. Pour les habitués des luttes politiques, c’est une occasion d’échanger des souvenirs de manifestation, de discuter de politique avec des personnes que l’on aura l’occasion de recroiser lors des AG ou des actions. Si l’on y croise beaucoup de personnes très impliquées dans le mouvement contre la loi travail, ces stages ont avant tout pour vocation d’être ouverts à tout le monde, le « niveau » des exercices ne devant pas être trop élevé afin de rester accessibles à tout le monde, d’encourager à aller manifester sans crainte de se faire gazer et matraquer par nos chers CRS.

Surtout, cela témoigne d’une prise de conscience du rôle de la police et de l’État, qui fait tout pour nous dissuader de manifester. Entre les gazages systématiques, l’usage du flashball et des grenades de désencerclement, la peur est donc légitime, surtout pour celles et ceux qui n’ont pas l’habitude de la répression policière ou qui hésiteraient à y aller en constatant la brutalité des forces de l’ordre. Mais en réponse à la violence étatique, on a vu au cours du mois d’avril de plus en plus de manifestants s’équiper de masques et de lunettes de piscine pour mieux supporter le gaz lacrymogène. À côté de ça, des initiatives collectives voient le jour spontanément, qu’elles prennent cette forme ou celle des fameux street medics. Nous n’avons rien à attendre des institutions. Seule une réponse solidaire et organisée peut nous permettre de lutter face à la répression !