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Politique

Les appels à faire barrage au FN

"Forum républicain" contre l’abstention : les chiens de garde aux abois

Vendredi à la maison de la chimie à Paris une bonne partie de la caste politicienne, socialistes et républicains, et des principaux journalistes des grands médias seront réunis pour appeler à ne pas s'abstenir dimanche.

Une abstention grandissante qui inquiète les classes dominantes

À l’heure actuelle Emmanuel Macron ressent dans les sondages l’absence du front républicain contre le FN qui avait permis à Jacques Chirac en 2002 de remporter l’élection présidentielle avec 80% des suffrages. Le candidat d’En Marche plafonne à 60% et ne fait que baisser dans les sondages depuis la divulgation des résultats du premier tour. Alors que sa victoire semblait acquise – ce que confirme le satisfecit des places boursières à l’annonce des résultats — un mauvais début de campagne dans cet entre-deux-tours, contrastant avec celle plus offensive menée par Marine Le Pen, lui a fait perdre des points dans les sondages. Si aujourd’hui une victoire du parti d’extrême droite reste hautement improbable, elle n’est plus impossible. Et la plus grosse épine dans le pied du favori est l’abstention montante et grondante. Se refusant à se plier au chantage du barrage au FN, comme ils l’avaient fait en 2002, un nombre grandissant d’électeurs annoncent qu’ils s’abstiendront au second tour. En témoigne le hashtag #SansMoiLe7mai qu’on a vu naître sur les réseaux sociaux dès l’annonce des résultats du premier tour, ainsi que les slogans des mobilisations de la jeunesse et de la manifestation du 1er Mai clamant "Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron". Plus inquiétant encore pour l’ex-banquier, le vote que 65% des "insoumis" (soit presque 250 000 votants) viennent de rendre, appelant eux aussi à l’abstention.

Le forum républicain, dernière tentative pour construire le front républicain ?

Alors que leur poulain court le risque de ne plus arriver premier au bout de la course, c’est tout à coup l’ensemble de la clique politicienne et journalistique qu’on voit monter au créneau pour sauver la victoire. C’est ainsi que vendredi de 17h à minuit, heure officielle de fin de la campagne, seront réunis les anciens premiers ministres Jean-Pierre Raffarin, Manuel Valls, Ségolène Royal, Christian Estrosi, Bernard Kouchner, Pierre Moscovici, Thierry Solère, ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet pour sceller un tardif Front républicain dont tous déplorent l’absence. À l’initiative de Bernard-Henri Lévy et Jacques-Alain Miller, il s’agit du "forum républicain contre l’abstention", auquel se joindront nombre de journalistes, psychanalystes et "intellectuels" : Yann Moix, Audrey Pulvar, Régis Jauffret Laurent Joffrin et autres chiens de garde de l’ordre dominant.

Les chiens de garde aux abois

Ces derniers jours les éditorialistes des grands journaux nationaux n’ont pas chômé eux non plus. Dans Challenges on s’adresse directement aux "lycéens qui manifestent au nom du " ni-ni ", aux électeurs de M. Mélenchon qui s’apprêtent à voter blanc, aux militants syndicaux qui se refusent à choisir" : " Demandez à vos parents et grands-parents s’ils n’auraient pas préféré que l’Allemagne vote pour un banquier que pour le führer". Nul détour pour les hérauts du néolibéralisme, ne pas voter pour Emmanuel Macron c’est s’exposer à la dictature, la guerre et le fascisme. À en croire Bernard-Henri Lévy dans l’express "Marine Le Pen, c’est l’assurance de la ruine économique par la sortie de l’euro, suivie de l’instauration d’un régime autoritaire pour contrôler le désastre, et enfin, devant l’échec patent, l’apparition de la folie meurtrière". Au delà du caractère erroné de la caractérisation du Front National comme un parti fasciste – comme nous le développions sur Révolution Permanente dans cet article – c’est un chantage aberrant que mettent en avant ces chantres de la neutralité, qui évitent de rappeler que ce sont ces mêmes politiciens et intellectuels qui par leurs politiques austéritaires et leurs discours réactionnaires font le lit du Front National depuis des dizaines d’années, quand ils n’appliquent pas carrément les politiques défendues par le Front National – tournant sécuritaires, chasse aux immigrés, déchéance de nationalité, etc.




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