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Monde

Portrait d’un dictateur sur la sellette : Yahya Jammeh

Situation explosive en Gambie. Les troupes sénégalaises entrent sur le territoire

Au départ, Yahya Jammeh est un militaire, un jeune lieutenant, qui en 1994, à 29 ans, renverse le président Dawda Jawara pour se mettre à sa place et prendre le pouvoir de ce pays anglophone d’Afrique occidentale. Depuis 1996, Jammeh dirige d’une main de fer la Gambie. Il commence son début de règne dans le sang comme pour donner le ton des années de répression à venir. Pendant 22 ans il va faire régner la terreur sur la Gambie, persécutant ses opposants politiques, réprimant les journalistes réprimés, bafouant les droits de la population bafoués, pourchassant les homosexuels, rendant obligatoire le port du voile obligatoire pour les femmes travaillant dans l’administration. Depuis quelques mois, le dictateur est sur la sellette. Va-t-il partir de son plein gré ?

Cette ancienne colonie britannique qui aura son indépendance en 1965, annonce en 2013 son retrait du Commonwealth, en dénonçant une « institution néocoloniale ».En 2015 Jammeh proclame la Gambie république islamique. Il va en tout accomplir 4 mandats qu’il obtient en imposant la terreur comme en 2012 où il menace d’« isoler » les régions où son parti ne remporterait pas le scrutin. Mais, en décembre dernier, lorsqu’il se représente pour son cinquième mandat les choses basculent puisqu’il perd les élections avec 36,7% des voix face à Adama Barrow qui, lui, remporte la présidence avec 45,5% des suffrages. Dans un premier temps, Jammeh accepte et reconnaît sa défaite avant de rejeter, au final, le résultat du scrutin le 9 décembre, dénonçant une commission électorale qui n’aurait pas fait preuve d’indépendance et de transparence. Depuis, Jammeh s’accroche au pouvoir.

Comme au Congo-Kinhasa ou au Gabon, la Gambie fait la démonstration d’un président déchu qui s’accroche au pouvoir, ancien homme-lige des impérialistes mais dont on essaye de se séparer dès lors qu’il est trop encombrant. Les pays voisins se sont ligués pour faire respecter le vote de décembre et ont finalement décidés d’intervenir par la force. L’Union africaineet la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui regroupe quinze pays)avaient prévenu qu’àcompterdu jeudi 19 décembre, le seul dirigeant qu’elles reconnaîtraient en Gambie serait Adama Barrow. L’ironie étant que non seulement la Cédéao outrepasse ses droits puisque le principe de non-ingérence est inscrite dans ses statuts. De plus, elle est constituée de membres qui n’incarnent franchement pas eux-mêmes la démocratie.

Les troupes sénégalaises déployées aux frontières avecla Gambieen vue d’une opération pour contraindre Yahya Jammeh à céder le pouvoir au nouveau président sont entrées sur le sol gambien dans l’après-midi de ce jeudi 19 janvier. Des coups de feu étaient entendus en Casamance, région du Sud Sénégal qui est occupée par l’armée et revendique son indépendance, en provenance de plusieurs villages proches de la frontièregambienne. D’autres pays faisant partie des 15 membres de la Cédéao, sont en pleine préparation en vue d’une intervention militaire en Gambie. Le Nigeria, puissance militaire régionale, a déjà envoyé 200 soldats au Sénégal. Le chef de l’état-major de l’armée gambienne, Ousman Badjie, qui semble avoir lâché Jammeh, a assuré que ses hommes ne se battraient pas si des troupes africaines intervenaient dans le pays.

Pendant que les troupes sénégalaises entraient sur le sol Gambien, Adama Barrow, ce jeudi 19 janvier, prêtait serment au Sénégal, où il est exilé. Une investiture qui se fait par la force, puisque appuyé des forces voisines mais pas que : le nouvel élu a le soutien des chancelleries occidentales. En effet la communauté internationale a tout intérêt à voir s’installer au pouvoir de ce petit pays Adama Barrow puisque celui-ci souhaite, entre autres, que la Gambie réintègre les Commonwealth, pour la plus grande satisfaction de Londres.

Si le Cédéao et l’UA soutenus par la communauté internationale s’impliquent autant dans ce soi-disant processus démocratique qui va de l’investiture de ce nouveau président c’est bien que chacun envisage stratégiquement la plateforme que représente la Gambie et se projette dans ses futurs intérêts. D’autant que les troupes de l’UA ont déjà fait à plusieurs reprises la démonstration de leurs monstruosités on est en droit de se demander ce qu’il est en train de nous être vendus comme hypocrisie de démocratie. Au micro de RFI qui demandait à Adama Barrow le 4 décembre 2016 que serait la nouvelle Gambie sous sa présidence, celui-ci répondait : « La nouvelle Gambie est très intéressante. La nouvelle Gambie est une Gambie libre. La nouvelle Gambie est une Gambie qui est prête à se mettre en marche. La nouvelle Gambie est prête à coopérer à l’international, avec tout le monde. »

« Prête à coopérer avec tout le monde » : voilà qui définit bien l’intérêt d’avoir poussé le Adama Barrow à la tête de la Gambie, devoir coopérer avec les puissances impérialistes qui ont autant intérêt à avoir comme pré-carré cette plateforme stratégique, carrefour des pays de l’ouest africain et destination de multiples investissements des multinationales européennes.




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