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Politique

Après l’affaire des porte-paroles

Gilets Jaunes : quelle structure démocratique pour gagner ?

La nomination de huit porte-paroles des Gilets Jaunes a suscité des remous au sein du mouvement. Si six d’entre eux ont été libérés de leur fonction, la question de la structuration du mouvement reste entière.

Ils avaient été désignés lundi midi à la surprise générale. Sur les huit porte-paroles, seuls deux restent aujourd’hui en place, les six autres sont libérés de leur fonction. De plus, un appel a été lancé à structurer le mouvement et à désigner des référents départementaux pour structurer le mouvement. Pour les actuels porte-paroles, leur délégation n’a plus de raison d’être car l’objectif était de prendre un premier contact avec le gouvernement, bien que le communiqué du 28 novembre précise que "Priscillia Ludosky et Eric Drouet restent toutefois les interlocuteurs pour le gouvernement."

Il faut dire que l’annonce de la délégation avait suscité des remous en interne du mouvement, notamment du fait de règles de nomination opaques. A l’image d’Yves Garrec, gilet jaune de Toulouse, qui avait déclaré ne pas se reconnaître dans ces « nouveaux porte-parole autoproclamés ». Au sein du mouvement, la préoccupation pour les questions démocratiques est grandissante. Loin de se limiter aux taxes sur le pétrole, ou même à la question du pouvoir d’achat, c’est bien l’ensemble du système antidémocratique qu’incarne Macron qui est visé. Si les gilets jaunes critiquent aussi durement la fausse démocratie du gouvernement, ils comptent bien ne pas reproduire la même chose au sein même du mouvement. "Qui les a élu ?", "Je n’ai pas vu une urne sur les piquets", "On ne m’a pas demandé mon avis", voilà ce qu’on peut lire ou entendre chez une grande partie des gilets jaune. Et cette question ne se pose pas que pour les porte-parole. Sur les revendications, on note un décalage entre certaines revendications avancées dans un "communiqué officiel" (baisse des charges patronales, fin de l’assistanat...) et celles qu’ont entend majoritairement sur les piquets, les lives facebook, les interviews...

Enfin, c’est au quotidien que se pose cette question démocratique, pour chaque prise de décision. Faut-il bloquer un dépôt de carburant ou lever les barrières d’un péage ? Faut-il tous converger en manifestation le samedi ou multiplier les blocages et barrages filtrants ?

Pour un mouvement aussi spontané, le manque d’organisation au départ se comprend. La grande méfiance dans les trahisons potentielles aussi. Aujourd’hui, tout le monde voit que le mouvement entre dans une phase où il doit être plus organisé et structuré s’il veut gagner. C’est d’ailleurs dans ce sens que va la proposition de désigner des référents locaux. Comment seront-ils "désignés" ? On ne peut pas reproduire la méthode qui a été utilisée pour les 8 "porte-paroles", d’une désignation plutôt opaque pour la majorité des gilets jaunes, via des référents eux-même non-élus par tous, et donc difficilement contrôlables.

La question n’est pas de penser que chaque référent, porte-parole, coordinateurs, locaux, départementaux, etc.. soit forcément un traitre en puissance. Mais pour se prémunir de toute récupération, il faut que la "base" des gilets jaunes, la grande majorité puisse élire ces délégués, voter des revendications et des stratégies pour gagner, et puisse révoquer et remplacer un délégué qui ne suivrait plus la ligne de la majorité.

C’est le meilleur moyen d’empêcher non seulement qu’un quelconque représentant auto-proclamé puisse négocier sans disposer de mandat, mais aussi d’empêcher toute dislocation du mouvement. Cette question est d’une actualité croissante dans un contexte où le gouvernement cherche à insister sur l’hétérogénéité du mouvement et à monter certaines ailes contre les autres.

Crédit photo : XAVIER LEOTY / AFP




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