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Grève générale à Mayotte : les médias et le gouvernement tentent de casser la mobilisation

Syndicats, collectifs et associations sont en grève depuis une semaine à Mayotte. La mobilisation s'est amplifiée mardi 27 et mercredi 28 février. Les manifestants ont décidé d'ériger plusieurs barrages sur l'île pour protester contre le chômage et l'insécurité, reflet de l'abandon et du mépris colonial dont souffrent les habitants. Alors que la manifestation a rassemblé des centaines de personnes mardi à Mamoudzou, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin annonce un renforcement des forces de l'ordre dans l'île.

La manifestation organisée par l’intersyndicale mardi 27 février a rassemblé la population mahoraise et les travailleurs comme les enseignants ou les conducteurs de bus.

La nouvelle mobilisation que connaît l’île intervient dans un contexte d’exaspération des habitants. L’année dernière, plusieurs journées de grève générale avaient touché Mayotte pour obtenir les mêmes droits sociaux que les travailleurs de la « France métropolitaine » et obtenir des augmentations salariales. Les travailleurs en grève avaient fait face au mépris et à la répression des patrons.

Depuis le début de l’année, ce sont plusieurs situations d’insécurité qui ont conduit à une nouvelle grève. Le 19 janvier, un établissement scolaire a été attaqué par une dizaine de jeunes armées. Les personnels de trois lycées ont alors exercé leur droit de retrait. Depuis un mois, les établissements scolaires sont fermés. Depuis trois semaines, ce sont les conducteurs de bus, plusieurs fois victimes de caillassages de véhicules qui stoppent le travail.

Dès la semaine dernière, les manifestants ont fait face à la répression des forces de l’ordre. Vendredi 23 février, trois manifestants ont été placés en garde à vue.
Pendant que les manifestants sont réprimés dans la rue, dans les salons, des élus ont rédigé un appel d’urgence au gouvernement "dans lequel ils demandent notamment l’affectation de 100 postes de policiers et de gendarmes "à répartir sur le territoire". Des gendarmes mobiles sont arrivés sur l’île... pour contenir la mobilisation et écarter le spectre de la grève générale.

Ce dont les habitants de Mayotte ont besoin, ce sont des moyens, pas du mépris du gouvernement.

L’île demeure le département le plus pauvre de France et se trouve être, paradoxalement, mais en toute logique coloniale, celui dans lequel l’État investit le moins. La population de Mayotte manque de tout, les services de base sont particulièrement déficients ; l’eau, l’électricité mais aussi le système scolaire sont totalement inadéquats. Alors que les jeunes représentent plus de la moitié de la population, les écoles, collèges et lycées sont sous-dotés et sous-équipés.
A Mayotte la situation sociale est catastrophique. Le taux de chômage est de 26%, contre 9,2% au national, selon l’Insee. Sur 100 Mahorais en âge de travailler, 38 seulement ont un emploi. On note que 3 500 emplois ont été créés en un an, en majorité dans le secteur public, portant à 48 900 le nombre de Mahorais travaillant (sur une population officielle de 256 500 habitants).

Quelle est la réponse du gouvernement ? Face à cette situation, la ministre des Outre-mer annonce le renforcement "des effectifs de maintien de l’ordre à Mayotte avec l’arrivée dès cette semaine de deux pelotons de gendarmerie mobiles". "On ne peut pas tolérer les violences commises dans et aux abords des établissements scolaires, les caillassages des bus … Le gouvernement ne laissera pas un territoire s’enfoncer dans la violence et ses citoyens penser qu’on ne s’occupe pas d’eux » a déclaré la ministre d’Outre-mer.

Un renforcement de l’appareil répressif, envoyé dernièrement sur l’île pour réprimer les grévistes de Mayco Coca Cola et appuyer la répression patronale n’est en aucun cas une solution aux maux profonds de la société et des attaques anti-sociales des gouvernements successifs : précarité, chômage de masse, pauvreté, mépris des populations « d’Outre-mer ». Sous prétexte de rétablir la sécurité, celle-ci servira surtout, comme d’habitude, à rétablir l’ordre colonial sous lequel ce territoire vit. Et d’empêcher que la population et les travailleurs poursuivent la grève générale pour leurs droits, pour un travail décent et pour des infrastructures de qualité : c’est-à-dire contre les principales causes des problèmes d’insécurité.

Crédit photo : Ornella LAMBERTI / AFP




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