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Politique

Grève générale

Guyane. Échec des négociations, la lutte continue !

Dimanche 2 avril à 18h30, heure locale, commençait la réunion de négociation entre le collectif Pou Lagwiyann dékolé, « pour que la Guyane décolle », et les représentants du gouvernement. 15 minutes plus tard, la ministre de l'Outre-Mer a mis fin aux négociations.

Le naufrage de l’Ericka

Le gouvernement, à travers la ministre Ericka Bareigts, a présenté son « plan d’urgence », 1,085 milliards d’euros aux représentants guyanais. Les premières revendications qui sont obtenues sont bien évidemment sur le terrain de « sécurité ». On n’en attendait pas moins de la part du gouvernement Hollande et de son état d’urgence. Il est ainsi question de la pérennisation d’un escadron de gendarmes mobiles et l’arrivée de 50 gendarmes et policiers en renfort dès 2017. Le ministre de l’Intérieur s’est aussi engagé à construire un tribunal de grande instance et une prison à Saint-Laurent-du-Maroni, pour un coût respectif de 30 et 50 millions d’euros. Le reste du plan concerne l’économie, l’agriculture, le BTP, les activités minières, les communautés amérindiennes et bushinengue (l’ensemble des peuples descendants d’esclaves), les énergies renouvelables, la pêche, les transports et le tourisme.

Tout cela n’est pas suffisant pour les représentants des collectifs qui parlent de « saupoudrage ». La ministre explique qu’elle est « allée au bout de l’expérience collective. Beaucoup de secteurs, pas seulement deux [chose reprochée par les représentants guyanais], ont fait l’objet d’avancées significatives et d’accords signés ». Elle a ensuite « souhaité » qu’aux vues des « des avancées significatives, que les écoles puissent rouvrir, que les entreprises puissent fonctionner, que l’activité reprenne. »Puis elle a tenté de mettre la pression sur le mouvement, « je fais cette demande forte par rapport à la négociation. Après, chacun devra prendre les responsabilités qui sont les siennes ».

Si les guyanais stoppent le blocage du pays, ils n’auront plus ce rapport de force avec le gouvernement qui l’a poussé à négocier. S’ils avaient accepté de stopper la grève générale, nos dirigeants auraient pris ce qui a été signé comme le seul accord valable coupant ainsi nette toute autre négociation.

On a pu le voir avec les déclarations du Premier ministre Bernard Cazeneuve qui a rejeté lundi la demande jugée « irréaliste » des guyanais de porter à 2,5 milliards d’euros le plan d’urgence du gouvernement. Il a également annoncé que le gouvernement apportera 4,5 millions d’euros d’avance à destination du Conseil Général de Guyane « pour régler les dettes aux entreprises ». Il s’agit en effet de satisfaire les revendications du patronat, qui pour le moment fait partie du mouvement, en faisant croire que le gouvernement satisfait des « revendications populaires ».

La ministre de l’Outre-Mer est veni vedi mais pas vici. Elle a ainsi conclu les négociations au bout de seulement 15 minutes, « J’ai entendu, je prends acte. Vous voulez aller vite, je suis allée très vite. Je vous remercie ». Elle estime être allée « au bout du chemin ». Pourtant, les négociations sont au point mort et le mouvement va sûrement se durcir même si, de manière totalement hypocrite, le premier ministre a appelé à « renouer les fils du dialogue » alors même que c’est le gouvernement qui a stoppé les négociations.

1 milliard ce n’est pas assez !

À la fin des négociations, les représentants guyanais se sont dirigés vers le balcon de la préfecture, au pied de laquelle s’était massées plusieurs milliers de personnes, derrière la chaîne formée par les 500 Frères, tout de noir vêtus et cagoulés. C’était une foule déterminée à poursuivre la mobilisation qui a acclamé ses représentants. Olivier Goudet, un des porte-parole de l’organisation réactionnaire des « 500 frères », a annoncé la couleur : « très bientôt, nous devrons faire une nouvelle démonstration de force. Encore une fois, l’État a décidé de nous laisser des miettes mais cette fois, avec dignité, avec solidarité, avec classe, nous leur avons dit non. On va devoir dire à la France, c’est fini, c’est fini, c’est fini. Maintenant, les Guyanais doivent avoir ce qui leur est dû. »

Lors des négociations, les représentants ont reconnu que « des accords importants ont été signés » mais que seulement « deux secteurs, la sécurité et l’économie, ont obtenu satisfaction sur l’essentiel de leurs revendications ». Ils ont insisté sur le fait que la démobilisation de la Guyane ne pouvait se faire tant que « d’autres secteurs comme la santé et l’éducation n’ont pas des moyens significatifs ». « La santé, l’éducation, l’énergie, la culture, le social sont lésés, trop de choses ne vont pas, ce n’est pas possible », estime Davy Rimane, membre du collectif Pou la Gwiyann dékolé. Les guyanais estiment que « les besoins, hors plan d’urgence et pacte d’avenir, à 2,5milliards d’euros ». « Nous nous sommes arrêtés sur un chiffre qui nous paraît réaliste. Pour nous, cette enveloppe n’est pas négociable. Ce n’est pas une base à négocier à la baisse. Nous attendons que le gouvernement se positionne sur cette enveloppe ». On peut maintenant dire que c’est chose faite avec Cazeneuve qui juge cette enveloppe « irréaliste ».

Les représentants guyanais ont démontré l’hypocrisie de l’offre du gouvernement par des exemples très concrets et surtout très parlants sur la réalité en Guyane. « La dette fournisseur de l’hôpital de Cayenne est de 39 millions d’euros mais l’État met 20 millions sur la table. Même constat pour l’éducation, le plan prévu pour la rentrée 2018 dans les collèges et lycée n’est pas financé ». « Il faut une trentaine de millions d’euros pour remettre à flot les collectivités, la commande publique c’est 60% de l’économie guyanaise ». Le gouvernement, face à cela, ne met qu’un milliard d’euros sur 10 ans, « ça fait 100 millions par an sur 10 ans pour traiter de sujets d’urgence ».

Pour continuer la lutte, un grand rassemblement est prévu ce mardi matin à Kourou, non loin de la base spatiale.

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