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Genres et Sexualités

« Une blacklist de députés se partage »

Harcèlement sexuel à l’Assemblée : « On savait qu’il ne fallait pas prendre l’ascenseur avec eux »

Alors qu’une vague de dénonciations de comportements sexistes et d’agressions sexuelles traverse les réseaux sociaux sous les hashstags #Balancetonporc et #MeToo, celle-ci parvient jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. Dénonçant le harcèlement sexuel dont sont victimes les assistantes parlementaires quotidiennement, la multiplication des témoignages illustrent le caractère structurel du patriarcat et la culture des agressions sexuelles, largement tolérés voir encouragés de par l’impunité qui est de mise au sein des sphères du pouvoir notamment des institutions de l’Assemblée Nationale.

Deux témoignages se complétant ont émané de la chambre parlementaire aujourd’hui. Tout d’abord celui de Colette Capdevielle, qui s’ajoute à la longue liste de femmes dénonçant les comportements sexistes de Jean Lassalle au sein de l’Assemblée Nationale : "C’était au milieu du mandat. Je suis descendue au -1, j’étais en peignoir et je cherchais une douche libre. J’ouvre une porte et je tombe sur Jean Lassalle en slip. Il n’avait pas fermé la porte, et me lance : "Viens prendre la douche avec moi !" Je suis partie aussitôt." Quelques jours plus tard, l’ancienne députée re-croiseJean Lassallequi lui lance alors : "Ah voilà ma copine de douche ! On prend la douche ensemble tous les matins !".L’on apprend par ailleurs que les douches de l’Assemblée Nationale sont mixtes…Etant donné les agressions sexuelles à répétition, le maintien de douches mixtes ne prend en aucun cas la nécessité pour les femmes de posséder leur propre douche.Le service presse de l’assemblée nationale ne dispose pas d’autre excuse qu’un problème de « configuration » du bâtiment. Un silence et une absence de réponse complices de ce qu’il se passe plus généralement dans les couloirs de l’Assemblée Nationale.

Revenons à notre second témoignage, cette fois-ci celui deMarine Tondelier, ancienne assistante parlementaire de Cecile Duflot. Pour témoigner de la portée du harcèlement sexuel au sein de la chambre législative, elle nous fait part des mécanismes de défense dont ont tenté de se doter les femmes de l’Assemblée. C’est une « blacklist »de députés qui se partage entre collègues dont elle parlait notamment à France 2 avant d’exposer la gravité des faits. "Il y a des noms de parlementaires qui circulaient entre collaboratrices, car on savait qu’il ne fallait pas prendre l’ascenseur avec eux. Il y avait un risque qu’ils vous collentune main aux fesseset qu’il y ait des histoires. [...] Il y avait une blacklist des mecs avec qui il ne fallait pas trop prendre de risques", a-t-elle révélé. L’élue d’Henin Beaumont reste dans l’idée d’un refus de la dénonciation individuelle, qui, au vu des faits, pourrait être la dénonciation d’un grand nombre d’individus, et préfère dénoncer un problème totalement institutionnalisé et tu. A partir de l’affaire Baupin, plusieurs langues se sont déliées pourdénoncerles blagues sexistes. L’ancienne élue nous explique que chaque assistante parlementaire avait une dizaine d’histoire à raconter. A croire que la même classe qui vote les lois, par exemple sur le harcèlement sexuel, ne se prive en aucun cas de la perpétuer, voire de l’encourager,témoignant par exemple de l’hypocrisie réelle du gouvernement Macron et de sa ministre de la justice Nicole Belloubet quand ceux-ci nous annonce un plan structurel contre l’oppression sexiste face à la pression des vagues de dénonciations récentes.

Si, comme nous l’avons déjà expliqué dans plusieurs de nos articles, nous n’attendons rien des institutions bourgeoises pour l’émancipation et la liberté des femmes, nous nous devons de nous approprier de cette lutte. Sans tomber dans la considération individualisée de la dénonciation, qui reste essentielle, la vague sur les réseaux sociaux du #Metoo fait preuve d’un progressisme qui démontre l’organisation, jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir, du patriarcat et du machisme.




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