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Genres et Sexualités

Stéréotypes et patriarcat

Haut-Rhin. A Dannemarie, sexisme affiché dans les rues pour « l’année de la femme »

Des pancartes en contreplaqué représentant des femmes stéréotypées – longilignes, en robe et talons aiguilles, enceintes ou dans des poses lascives – décorent les rues de la commune de Dannemarie, en Alsace, que le maire a placé sous le thème de « l’année de la femme ».

Une chose est sûre, le maire de Dannemarie (Haut-Rhin), n’est pas un grand féministe. Décrétant que 2017 serait l’année « de la femme » dans sa commune, il a mis en place des décorations plus que douteuses. Commençons par rappeler que parler de « la » femme au singulier renvoie de fait à un idéal féminin construit socialement et à une multitude de clichés, tout en masquant le fait que les femmes sont multiples et n’ont pas à correspondre aux stéréotypes qu’on leur prête. C’est ainsi qu’on parlera de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes le 8 mars, et non de la « journée de la femme ». Une subtilité qui semblait déjà avoir échappé à la municipalité il y a quelques mois…

Le programme de ladite journée laissait déjà présager le pire : « conseil en image, écrivain publique, gestion de la pensée, massages, coiffure, coupe énergétique, beauté des mains et des ongles, soins lifting manuel, photos, thés, couture, accessoires, hypnose, diététique, compléments alimentaires.… Bien-Être et Beauté : des ateliers. Conférence : Gestion de la Pensée. »

Si l’évènement n’avait alors pas fait grand bruit, c’est aujourd’hui un autre exploit de la mairie en la matière qui scandalise les internautes – à raison. Des pancartes en contreplaqué ont été installées dans les rues de Dannemarie, pour « mettre la femme à l’honneur ». Mais pas n’importe quelle femme : ultra-mince, en talons aiguilles et robe courte, cheveux longs et sacs de shopping à la main. Une vision tellement réductrice, caricaturale et stéréotypée des femmes qu’elle en deviendrait drôle si les habitantes de la commune n’y étaient pas confrontées tous les jours.

Lorsqu’on demande au maire, Paul Mumbach, de justifier ce choix de décoration douteux, il explique : « On voulait illustrer les femmes telles qu’elles sont naturellement, dans leur quotidien et dans toute leur diversité ». Tout un programme.

Et pour ce faire, les panneaux dessinent la même silhouette d’une femme objet à la taille fine. Panneaux que le maire refuse obstinément de retirer avant la fin de l’été. Parce que c’est bien connu, une femme doit être sexy, glamour et ressembler aux images photoshoppées des magazines en toutes circonstances… Et la maternité continue à être érigée comme unique moyen d’auto-réalisation.

Du côté de la créatrice de ces panneaux, les explications sont tout aussi bancales : « Tout le monde n’aime pas les œuvres de Picasso, Renoir, Van Gogh, Dali... Et on n’en fait pas un plat. Les silhouettes restent dans le cadre d’une décoration saisonnière de la ville, tout simplement. »

Le maire, quant à lui, n’est plus à une énormité près :« Mon problème maintenant, c’est de réfléchir au thème que je vais décréter pour 2018, parce que là, j’ai mis la barre haut. Peut-être l’année de l’homme !  »

Une véritable provocation alors même que des millions de femmes se battent aujourd’hui pour l’égalité salariale, contre les violences qui leur sont faites, pour le droit à disposer de leur corps, et notamment l’accès gratuit à l’IVG ou encore pour survivre, tout simplement. Autant de combats qui auraient justifié l’argent public dépensé par la municipalité de Dannemarie dans cette campagne, en cette année 2017 qui, comme les autres avant elles, est une année de lutte pour l’immense majorité des femmes.